sept
28
Eric Woerth : la pensée économe (ou comment économiser ses neurones)
Filed Under Grenier du Barnum, Soutiers du Barnum | 7 Comments
L’une des grandes forces du sarkozysme, et l’une de ses chances, repose dans ce que l’on pourrait appeler,
avec la pédanterie qui s’impose en période de rentrée universitaire, la labilité médiatique.
Organisée selon une structure de glissement perpétuel, la sphère médiatique permet aux soutiers du Barnum sarkozyste de se rouler dans le grotesque le plus absolu sans courir grand risque: un clou chasse l’autre, les données se dissolvent, les stupidités proférées se vaporisent dans l’accumulation incessante des dépêches. Une doxa générale s’établit (untel est nul, untel est fort), mais le maelstöm soigneusement entretenu rend difficile une critique précise et garantit ainsi une certaine forme d’impunité à la médiocrité de ceux qui nous gouvernent.
Mais grâce à son Grenier bien fourni, Le Grand Barnum entend contribuer à remettre au jour les déclarations honteuses des uns et des autres, et à bâtir une galerie de portraits non plus visuels, mais, si l’on peut dire, intellectuels.
Eric Woerth, phormidable soutier du barnum sarkozyste, s’offre comme un sujet de choix!
Car dans un univers sarkozyste et enchanté, où la crise mondiale —telle un nuage nucléaire bien connu— contourne une France que sa gestion impeccable met à l’abri de tout soubresaut, il vaut la peine de s’interroger sur les capacités intellectuelles véritables des soutiers qui prétendent diriger le bateau ivre de l’économie nationale…
Précisons d’emblée que toutes les citations présentes dans cet article sont malheureusement authentiques.
J’ai en effet profité des vacances pour réécouter un certain nombre de podcasts stockés pour la bonne bouche au cours de l’année. Le 24 juin dernier, Eric Woerth, ministre du budget, était interviewé pendant une heure et demi à la matinale de France Culture. Il y donnait toute la mesure de son talent et de sa personnalité vraiment très attachante.
Eric Woerth, bourgeois athlétique, uvéisé et fier de la place qu’il occupe dans le monde, est un homme qui exprime des idées moyennes à l’aide d’un vocabulaire plutôt pauvre, d’une gouaille de café du commerce et d’une syntaxe proche de celle d’un étudiant Erasmus chinois en première année de français-langue étrangère (FLE, pour les ignorants).
Fier d’appartenir au parti d’un président qui a les deux pieds dans le réel et, par conséquent, ne « s’enferme pas dans sa tour de Pise » (qui est en ivoire, comme chacun sait), M. Woerth a parfois un peu de mal à saisir le sens des questions retorses qui lui sont posées par Olivier Duhamel. Mais il sait mettre de l’ironie dans son discours et, en orateur hors pair, donner à sa voix un ton rieur lorsqu’il reconnaît, triomphant, “je suis un peu difficile de comprendre les choses”.
Passons sur les silences gênés de ses interlocuteurs, auxquels il faut reconnaître une élégance véritable (que je ne revendique pas pour ma part), celle qui consiste à ne pas appuyer là où ça fait (trop) mal. Et venons en au coeur de l’interview : la question du pouvoir d’achat, et celle du budget. Read more
sept
21
Le Carlabrunisme est-il un Evaperonisme ?
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Lorsqu’elle fit son entrée dans le Barnum sarkozyste, Carla Bruni endossa un rôle relativement simple et
plutôt adapté à son ancien emploi, celui de faire valoir pour beauf machiste. Femme objet, elle permettait de redorer le blason écorné de son Président abandonné par sa femme et piétiné par son copain Khadafi. Dotée de valeurs féminines traditionnelles (beauté, douceur, soumission, nombril à l’air, air évaporé, rire de fillette), elle validait le sex-appeal de notre Président et contribuait à le « rassurer », à le « calmer », à le « cadrer ». Épouse proprette, elle donnait, d’après Libé, une nouvelle orientation à la communication sarkozyste, qui enchantait la rombière conservatrice lectrice de Gala (et la Bridget Jones de base attendant son Prince) tout en excitant la France façon calendrier Pirelli.
Mais de changement de communication, point. Notre Président continua à exploiter la veine qui était la sienne. Le grand chambardement était pour plus tard. Pour l’été en fait.
Car voilà quelques mois que l’on assiste à une rupture franche dans la stratégie sarkozyste. Au Président, le régalien. À Dadame Carla, le pipole.
Dadame Carla est partout : Elle (où elle parle « librement »), Vanity Fair, tévé (la véritable aventure de Carla B.): une véritable invasion de l’espace public. C’est que désormais, Madame Sarkozy-Bruni est chargée de contrebalancer, par les moyens les plus démagogiques possibles, les mauvais sondages de Monsieur Sarkozy tout court. Exit la potiche, la Vrai Femme de Président (VFP) entre en scène: les communicants sarkoyzstes ont fabriqué Carla Bruni 2.0.
Dadame Carla adopte alors un comportement très strictement défini, stable mais parfaitement incohérent: amie des pauvres, de gauche, catholique, femme de désir, femme-enfant amoureuse de son mari, artiste glamour, intellectuelle niveau milieu de terminale…
Le Carlabrunisme est né. Toute la question est dorénavant de savoir où il plonge ses racines. Read more
sept
18
Carla Bruni et le petit peuple des spectateurs
Filed Under Brèves de Barnum, Le Barnum médiatique | 4 Comments
Toujours prête à payer de sa personne et à occuper l’espace médiatique, Dadame Carla s’est payé le luxe d’une apparition à la BBC mardi 16 septembre.
En compagnie de Metallica et de Kings of Leon, Dadame Carla a pu à son tour écorcher le chat et offrir à la malheureuse Angleterre toute la mesure de son absence de talent. Si le coeur vous en dit, la vidéo est là.
Las, si elle se contentait de chanter et de ne pas vendre son album! Mais Dadame Carla ne peut s’empêcher de parler. Et d’étaler sa vie privée. Pas une interview sans son petit détail intimiste obscène, sans son petit débalage du quotidien présidentiel dont on aurait préféré qu’il restât caché parce qu’il ne regarde personne.
Vous apprendrez ainsi que, livrée tout entière à son art, Dadame Carla réveille Notre Président la nuit :
I play it at home and I disturb him with it in the middle of the night, » the 40-year-old former model said.
Heureusement, Notre Président est très gentil, très doux, très compréhensif et très aimant:
Mrs Bruni-Sarkozy told the host her husband was « very kind » about her music
It’s just a very different world for him, » she said. « But he’s very kind and he listens to all my doubts.
Merveille du Barnum qui fera plaisir à tous ceux qui en prennent plein la tête suite à la transformation de ce pays en bateau ivre: Nicolas Sarkozy écoute gentiment Carla quand elle lui explique ses doutes. À coup sûr, voilà qui réchauffera le coeur de plus d’un expulsé! Read more
sept
14
Pavlov et les médias français : le Pape est vraiment super méchant!
Filed Under Le Barnum médiatique, Le Barnum politique | 3 Comments
Au mois de juillet dernier, au Festival d’Avignon, le spectateur qui flânait le nez au vent entre deux
représentations pouvait croiser deux étranges cortèges de comédiens faisant de la retape pour leur spectacle, comme le veut la tradition.
Les premiers étaient habillés en petits BCBG du 16e, et parodiaient les Lequesnoy en reprenant « Jésus revient… » Leur spectacle était une satire des catholiques et du catholicisme. Il se voulait désopilant.
Les seconds étaient demi-nus, dotés d’ailes d’ange dans le dos, et déversaient à coups de porte-voix des insanités sur le pape et la supposée connerie catholique. Leur spectacle était également une satire des catholiques et du catholicisme. Et il se voulait lui-aussi désopilant.
À les voir et à les entendre, on ressentait une certain gêne. Et il faut bien dire que, tout autour, les badauds réagissaient à peu près tous de la même manière: ils étaient atterrés.
Du rire pavlovien
Il m’a fallu quelques temps pour comprendre les raisons de cette gêne et pour analyser ce qui, précisément, n’allait pas dans ces défilés. Et je suis arrivé à une conclusion simple: elles révélaient une conception pavlovienne de l’humour et du rire.
Rire d’un sujet implique que celui-ci soit un tant soit peu d’actualité. Si tout le monde regardait ces pauvres énergumènes d’un oeil rond, c’est que la dénonciation des méfaits du catholicisme et de ceux qui le pratiquent n’apparaît plus comme une urgence à grand monde. Les barjos millénaristes du midwest, on comprend le danger, mais les arriérés du serre-tête et des jupes plissés, c’est quand même moins net…
Et l’on s’imagine que ces pauvres comédiens s’étaient réunis autour d’une table pour se trouver un sujet qui ferait rire tout le monde. « Et si on racontait des histoires de Toto, hein, ça serait pas une super idée? » « Non, on va plutôt faire un sketch sur les paysans qui viennent à la ville. » « Ou alors un truc sur les Belges qui sont super-bêtes? » « Ou alors les blondes, hein, parce qu’elles sont trop connes les blondes! » « Et pouquoi pas un trucs sur les cathos? » « Ouais, ouais, ça sera super, complètement hilarant! »
Rire des cathos caricaturaux, c’est comme rire des ploucs qui montent à Paris en sabot avec des lapins cachés sous leur manteau: cela revient à s’en prendre à des figures qui n’existent plus, ou qui existent de façon tellement marginale qu’il n’y a vraiment pas de quoi en faire un plat. Conséquence: ça ne fait rire personne. Car l’idée pavlovienne « un sujet = un éclat de rire » fonctionne malgré tout assez mal.
Ce réflexe pavlovien se retrouve néanmoins partout dans la presse nationale, et sur un sujet similaire: la venue du Pape en France, c’est mal. Read more
sept
10
L’Université d’été du PS a été, la semaine dernière, le théâtre d’une petite révolte au sujet du cumul des mandats.
Le militant trouve que les hiérarques en font un peu trop, et certains, comme de juste, voudraient bien voir le gâteau électoral un peu plus largement partagé. On les comprend, hein…
La question du cumul des mandats est souvent rapportée à une autre, évidemment essentielle: celle de la capacité, pour un élu, à assumer les charges liées à chacun des mandats dont il est investi. L’idée étant qu’au delà d’un certain seuil, il ne peut plus faire correctement son travail d’élu.
Certains disent qu’au delà de quatre mandats, l’élu se moque du monde. D’autres fixent la limite à trois, à deux ou, tout simplement à un mandat unique, en arguant qu’un travail politique bien fait exige une attention de tous les instants.
Mais il est inutile de raisonner abstraitement. Tout dépend de la compétence de l’élu concerné, de sa vitesse de travail, de sa faculté de concentration. La véritable question à poser est la suivante : à partir de combien de mandat l’élu concerné atteint-il son seuil d’incompétence?
Evidemment, si l’on aborde le problème de la sorte, on en vient à constater que, pour certains élus, le cumul des mandats commence… dès le premier. Hélas, c’est un fait, certains ne parviennent même pas à supporter la charge de travail que leur impose l’unique mandat qu’ils détiennent.
C’est le cas de notre malheureuse et autotélique ministre de la Justice, celle qui « s’éclate au Pénal » (qui prend plaisir à durcir la législation?) et qui est enceinte-c’est-génial et organise un plan com autour de sa vie privée qu’elle ne veut pas dévoiler, mais qui a décidément beaucoup de mal à faire le boulot d’élu qui lui incombe au Conseil de Paris.
Cela semble évident: il faut interdire le cumul des mandats!
sept
7
Des jardins comme espaces politiques
Filed Under Le Barnum politique | 1 Comment
L’affaire Clavier remporte incontestablement la palme de l’événement le plus grotesque de la rentrée.
Heuseusement, certains élus UMP gardent la tête froide et parviennent à livrer une analyse dépassionnée et objective de la situation. Ainsi, Camille de Rocca-Serra, Président de l’Assemblée de Corse qui répond aux journalistes et publie la chose sur son magnifique site web:
Pour ma part, je regrette de ne pas avoir été prévenu. Si j’avais en effet été informé, je serai (sic) resté sur place et j’aurai (re-sic) agi politiquement. N’oublions pas que cette affaire est le fruit d’une orchestration savamment calculée dans l’unique but de réaliser un coup médiatique. Tout cela en dévoyant un débat qui normalement doit se tenir dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse ou dans le cadre de discussions publiques qui de toutes les manières sont prévues. Je n’ai jamais refusé le dialogue à condition que l’on respecte les lois de la République, la démocratie et nos institutions. Le jardin de Christian Clavier n’est certainement pas le lieu de ce débat.
Camille de Rocca-Serra, CRS pour les intimes, nous livre une belle leçon de politique en nous expliquant que les revendications des nationalistes auraient dû suivre le canal habituel (sans mauvais jeu de mot) et déboucher sur un débat à l’Assemblée de Corse. Aka 75 nous rappelle la teneur de ces revendications : les nationalistes refusent le bétonnage de la Corse et la transformation de l’île en un ghetto pour vacanciers milliardaires fermé onze mois sur douze.
Mais grâce à la lecture de Corse Matin, Aka nous livre une autre information que je me permets de lui reprendre: CRS est le promoteur du lotissement où a eu lieu la pantalonnade! Read more
sept
4
Retour de vacances. Désespoir.
Comment ne pas constater que (comme à chaque retour de vacances), le sarkozysme n’a fait que croître et embellir, et qu’il est de plus en plus difficile de suivre. Comme si la sphère sarkozyste luttait contre les critiques en accumulant les excès pour que les critiques cèdent, épuisés par le rythme qui leur est imposé…
Alors que la personnalisation du pouvoir s’est définitivement imposée (Dadame Carla est partout, donne des interviews de cinq pages dans Elle, pose pour Vanity Fair sur les toits de l’Elysée, et crie à tue-tête son désir d’enfant présidentiel pour bien nous préparer à la déferlante médiatique qui nous guette si le désir en question devient réalité), que le pouvoir intervient directement pour enrichir, aux frais du contribuable, celui qui fut l’incarnation même des dérapages financiers des années 80, que le spinning prend ses aises comme jamais et que l’on s’apprête à mettre au pas la magistrature… on est lâchement saisi par 1. une envie de tranquillité, 2. un doute.
Oublier Sarkozy ?
Pourquoi ne pas envoyer tout par dessus bord, tout débrancher, et vivre sans entretenir le moindre contact avec le déferlement tantôt acide, tantôt sirupeux, du Barnum sarkozyste? Comme le suggérait Léon Werth dans ses mémoires, penser contre la médiocrité de ceux qui nous gouvernent, n’est-ce pas, d’une certaine manière, limiter ses propres perspectives ?
Il y a quelque chose d’antique dans cette tentation récurrente. Portique ou jardin, à vous de voir, mais se couper du monde (médiatique) pour vivre loin de cette agression permanente peut avoir quelque chose de réconfortant.
Le problème, c’est que le versant sombre de cette attitude de retrait existe aussi. Il revient à cultiver l’indifférence… dans la mesure où le sarkozysme ne vous touche pas directement. Mais si certains (dont je suis, je le reconnais) pourraient à la rigueur oublier (de façon certes factice, mais efficace quand même) le sarkozysme parce qu’ils peuvent aménager leur existence et éviter d’en subir les foudres, d’autres se le prennent en pleine poire. Read more







