nov
30
La jeunesse, l’inné et l’acquis dans la porcherie mentale française
Filed Under Le Barnum politique | 13 Comments
La langue française jouit d’un triste privilège, révélateur de l’état d’esprit propre à ses locuteurs. Elle est la
seule langue où l’adjectif jeune, à force de rabâchage médiatique, de populisme poisseux et d’avilissement mental, en est venu à être synonyme de délinquant.
Haïr les jeunes
La France vomit sa jeunesse, la chose n’est pas nouvelle. Elle la méprise, construisant sur son dos une dette astronomique, lui préparant un avenir professionnel d’esclavage, souhaitant pour elle des conditions de vie que jamais ses aînés n’auraient acceptées.
Une génération de septuagénaires ayant connu des possibilités dont leurs enfants et leurs petits enfants seront à jamais privés donnent à présent des leçons d’ascèse et de résignation à ceux qu’ils envoient « se former », en stages non-rémunérés bien sûr, sous la houlette de cadres dont ils sont séparés par quelques dizaines d’années de vie en moins et autant d’années d’étude en plus.
Cette haine, Nicolas Sarkozy, l’élu d’une France cacochyme et frileuse (68% des plus de 70 ans ont été séduits), a su l’utiliser avec talent, comme tant d’autres d’ailleurs. On allait vous protéger de la paresse des jeunes en mettant tous ces merdeux au boulot pour vous complaire, vous les retraités! On allait vous défendre contre leur insolence, leur incivilité, leur délinquance, leur crasse, leur rots de bière, leur shit et tout le reste (faut-il vraiment être jeune pour tout ça? Demandez à Keith Richards…).
Alors que dans toute autre langue, « jeune » résonne comme avenir, dynamisme et énergie, la pourriture mentale typiquement française est parvenu à modifier le sémantisme d’un mot pourtant simple, et à faire entendre derrière lui: musique trop forte, bière chaude, paresse, volonté de profiter, insultes, délits, crimes, viols, bandes, maltraitance des petites vieilles et des caniches sans défense, portes envoyées dans le dentier etc. Et la France s’est mise à installer des boîtiers anti-jeunes, répulsifs sonores permettant de chasser les moins de 25 ans comme des moustiques, des rongeurs ou des chiens.
La France est en passe de devenir une ploutocratie. N’oublions pas qu’elle est, depuis longtemps, une gérontocratie. Et que depuis toujours, elle a eu le réflexe, à chaque fois qu’elle se sentait menacée, ne comprenait plus rien au monde qui l’entourait et commençait à faire dans son froc, de courir se réfugier sous la barbe d’un vieillard.
Allons, allons, me dit le sarkozyste béat, Notre Président, Nicolas Sarkozy, est le plus jeune de nos présidents élus! Foutaises. C’est simplement qu’il a su se rendre vieux avant l’heure! Sarkozy, c’est un jeune qui pense, agit et réagit comme un vieux, un réactionnaire pré-pompidolien maquillé en jeune cadre et marié à une femme-enfant, les diplômes et le gras du bide en moins (quoi que, pour le gras…). D’où sa transformation en vedette d’une France intellectuellement vieillie (et souvent avant l’âge), où il peut être applaudi chaque soir par une population hypnotisée par Téléplouk et par la peur des Arabes.
nov
11
Le site web du Figaro offre de nombreux avantages.
Outre qu’il nous met en prise directe avec la propagande sarkozyste et nous fait clairement entrevoir les desiderata du gouvernement, le quotidien du très cérébral Dassault permet de prendre la mesure de la dégradation, lente mais continue, qui affecte la presse française.
Que le fait divers y tienne une place croissante, rien de bien neuf. Mais que ces faits divers y soient présentés sous des titres dignes du Petit journal, voilà une innovation intéressante.
Ce qui dote le Figaro d’un autre avantage non négligeable: il fait rire!
Ainsi, par l’intermédiaire de son torchon ultraréactionnaire et bien pensant, le Figaro magazine (le seul hebdo à grand tirage où l’on peut encore lire dans le courrier des lecteurs des appels au rétablissement de la peine de mort lancés par des rombières à serre-tête), notre Pravda française a décidé de nous donner des frissons. Après Le Petit journal et « Les Apaches sont la plaie de Paris » en 1907 (voir l’image ci-dessus), le Figaro invente, sans craindre le ridicule ou certaines réminiscences lexicales, la caténaire de la peur:
Sans doute, reprendre sans la moindre distance le communiqué officiel du ministère de l’intérieur, tirades sur « l’ultra-gauche » comprises, et faire peur au bourgeois en lui dépeignant un anarchiste cruel, bave aux lèvres et couteau entre les dents, ne suffisait pas.
Il fallait en rajouter. Faire dans le lyrique, le stylistique et l’emphatique, ce qui est toujours fort périlleux quand le talent fait défaut.
On attend à présent la suite : « La micheline fantôme », « Les bogies de la terreur », « Le tender de la mort », « Le ballast infernal », « La longrine des morts-vivants », « La draisine hantée », « Le sémaphore de l’angoisse »…
Le pire, c’est que les plumitifs qui défèquent ce genre de billets grotesques doivent s’imaginer en Albert Londres et rêver au prix du même nom.
« Porter la plume dans la plaie », comme il disait.
nov
9
Il y a chez Brice Hortefeux quelque chose de rassurant. De stable. Quelle que soit l’occasion, quel que soit le
sujet, on sait que son intervention ne nous déroutera pas. Qu’elle nous permettra de retrouver nos marques. Qu’elle nous offrira un nouveau témoignage de ce que peut être le tour d’esprit propre à la propagande sarkozyste.
Interrogé sur BFM, dans une interview qui, hélas pour lui, a été intégralement retranscrite, Brice Hortefeux livre son sentiment sur l’élection d’Obama.
il y a un côté symbolique, puisque Barack Obama est d’une famille issue de l’immigration, c’est le témoignage que le défi de l’intégration peut être relevé.
Rappelons quand même qu’Obama est américain de naissance par sa mère (donc qu’il n’a pas eu à immigrer ou à s’intégrer). Donc, comme la chose a déjà été notée par certains, pour M. Hortefeux, être Noir, c’est être immigré.
Amusant? Pas tant que cela, dans un pays où les représentants du gouvernement vous parlent sans broncher « d’immigrés de la seconde génération« , et en tartinent des pages dans des rapports ministériels. Un pays, donc, où tu n’es pas immigré (puisque tu es né là) mais où tu es quand même une sorte d’immigré. Un descendant d’immigré. Un citoyen « immigré de seconde génération »…
La chose a au moins le mérite d’être claire: l’immigré, c’est le Noir, l’Arabe, le Chinois… Rarement l’euphémisation, qui sert de bouclier à nos dirigeants et d’arôme de synthèse aux racistes de tout poil, n’aura craqué aussi violemment.
Derrière les grands discours sur « l’intégration », on voit donc apparaître le fond de ce qui tient lieu de pensée à notre Ministre de l’Identité Nationale (je rougis de honte à chaque fois que je lis cet intitulé) : il y a les allogènes, les « autres », et qui le resteront pour toujours, et les comme-il-faut, les « intégrés ».
Et, en bonne logique, si les « immigrés », ce sont les Noirs, les Arabes etc. indépendamment de leur citoyenneté et de leur lieu de naissance (c’est bien ce que suggère M. Hortefeux à propos d’Obama), alors c’est que le critère de la citoyenneté et du fameux « droit du sol » ne compte pas. Donc « les « intégrés », ce ne sont pas les citoyens, « ceux qui sont nés là ». Ce sont des gens qui sont l’inverse des « immigrés ». Soit les pas-Noirs, les pas-Jaunes, les pas-Arabes.
Qu’ils soient nés là, que leurs parents soient nés là n’a aucune importance. Selon les déclarations de notre penseur de l’Identité, l’équation est simple:
- intégré = Blanc
- immigré = pas Blanc (soit plus ou moins noir ou tirant sur le jaune).
Donc un immigré blanc n’est pas un immigré. Mais un Noir né citoyen (donc pas immigré) reste un immigré. Donc l’immigré ce n’est pas le mec qui vient de l’extérieur pour s’installer à l’intérieur, c’est le mec qui, même s’il est né à l’intérieur, va rester toute sa vie un mec de l’extérieur… Vous suivez?
Ajoutons à cela le processus d’intégration. Puisque Obama a réussi, il s’est « intégré ». Logique. S’il avait été Blanc, il aurait simplement réussi. Mais comme il est un mec de l’intérieur qui en fait reste un mec de l’extérieur, en réussissant, il se rapproche du mec de l’intérieur qui est vraiment de l’intérieur, même si, en fait, il est de l’extérieur. Qui a jamais dit que Schwarzenegger s’était « intégré », alors qu’il était un immigré et un « modèle d’intégration » pour de vrai?
Donc, alors même qu’il est un citoyen américain qui se fait élire, Obama devient un symbole d’intégration. Difficile de faire mieux sentir que, aux yeux du Ministre de l’Identité, le Noir est un mec de l’extérieur qui doit toujours prouver qu’il veut vraiment être de l’intérieur. Être intégré… Vous suivez? 
Bref, aussi flamboyantes que soient les déclarations de notre brillant ministre, le monde de monsieur Hortefeux reste un monde où seule compte la couleur. Être non immigré, donc être intégré, donc, pour ce côté de l’Atlantique (puisque nous ne sommes pas américains, rappelons-le), être français, c’est être d’une certaine couleur. Au moins, c’est simple.
« Fier d’être français« , qu’ils disaient. Mince. Cela va être dur, si être français, cela veut simplement dire être blanc. Ou tout rose avec des plaques rouges…
nov
5
Il faut avoir le courage de le dire, même au risque de troubler la liesse générale. 
Je n’ai pas voté Barack Obama.
Et je n’ai pas voté Barack Obama parce que je ne suis pas citoyen américain.
Et comme je ne cherche pas à faire semblant d’être citoyen américain et registered democrat, guess what : je n’ai pas arboré de T-shirt « Vote Obama » comme un certain nombre de moronic frenchies que je croise régulièrement dans les rues, de Paris à Plouc-sur-Loire, frenchies incapables de construire une phrase décente en anglais, mais bien persuadés qu’ils doivent s’engager pour « leur candidat », et que leurs vociférations grotesques vont changer quelque chose.
Bref, je n’ai pas cédé à la barackobamamania dont la France, ses médias comme sa population, est saisie.
La France, nous dit-on, voterait à 93 % pour Barack Obama. La France qui a voté Sarkozy comme un seul homme, pour un type qui s’est empressé de faire des cadeaux fiscaux aux plus riches (Obama veut revenir sur les réformes fiscales républicaines), qui a mis en place, séance tenante, un ministère de l’identité nationale, qui laisse se tenir à Vichy des assises de l’intégration, qui expulse à tour de bras (alors que Bush lui-même régularisait), à qui la division et la désignation de boucs émissaires tient lieu de politique, qui gère les problèmes sociaux en flanquant les plus pauvres en prison, qui nomme ministre des sports un type qui pense qu’il ne faut plus jouer au foot contre les pays du Maghreb…
On parle de la même France ? De la France ouverte, pas raciste, prête à voter pour un noir et à aider les pauvres ?
Ou alors de celle qui manifestait unanimement sa colère quand Jörg Haider est entré au gouvernement autrichien en 2000, et qui nous a ensuite envoyé Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002 ?
La France a, décidément, deux grandes spécialités : battre sa coulpe sur la poitrine du voisin (Autrichiens, sale fachos!), et être progressiste quand ça ne se passe pas chez elle (les USA, c’est trop bien, ils votent pour un noir!).
Alors on peut être en liesse. On peut nous saouler du matin au soir en scandant le nom d’Obama. Cela n’en fait pas moins de la France un pays émasculé politiquement, qui se fait des frissons en songeant au changement qui survient chez les autres et au merveilleux programme social qui se concocte aux USA, mais qui, chez elle, se roule dans la réaction, la haine de la différence et la destruction de tout ce que des décennies de luttes sociales ont réussi à mettre en place
Les Américains ont voté Obama, et c’est formidable pour eux et pour les équilibres internationaux. Mais nous n’y sommes pour rien, et ici, ne l’oublions pas, on a voté Sarkozy…
Fucking morons.









