Le Grand Barnum est en vacances jusqu’à l’année prochaine!goliath

La période est donc idéale pour livrer à votre sagacité une petite réflexion glanée la semaine dernière au cours d’une lecture:

« Au fond, ce qu’on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, c’est qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême. »

F. Nietzsche, Aurore, § 173

Bonnes vacances et bonne méditation à tous.

Le rapport qu’entretient Nicolas Sarkozy à la justice a toujours laissé filtrer quelques relents obsessionnels. L’ancien avocat qui transforme jour après jour ce pays en bateau ivre et en Barnum populiste n’aime pas l’institution judiciaire. Il entend donc la punir.

La première punition qu’il lui aura infligée aura été Dadame Dati: la punition par l’incompétence, la vulgarité, le mépris, l’obscénité, le gâchis budgétaire, le rabaissement symbolique et l’autotélisme. Seconde punition : la réforme de la carte judiciaire.

Mais le meilleur est toujours pour la fin: la troisième punition devrait se faire par la mise au pas de l’instruction, dans l’indifférence (ou l’approbation) générale, ce qui rend évidemment la chose plus jouissive encore.

En octobre dernier, Dadame Dati a donc rassemblé une commission appelée à plancher sur la procédure pénale et le procès criminel, soit deux piliers du fonctionnement judiciaire sur lesquels la clique sarkozyste n’a cessé de s’acharner.

La composition même de cette commission montrait que l’on allait, une fois encore, faire sonner haut le clairon de l’indépendance par rapport au pouvoir politique. Et que les débats ne seraient pas orientés. Parmi de hauts magistrats et deux ou trois universitaires, on trouve en effet quelques figures moins attendues. L’éminent maître Herzog, par exemple, fin connaisseur de la procédure pénale dans sa version « défense des politiques », qui sut sortir les Tiberi d’affaire à maintes reprises, obtenir la relaxe du malheureux Jean Sarkozy dans sa glorieuse affaire de délit de fuite, et assister Notre Président dans la trouble carambouille Clearstream. Ou le très-éminent maître Portejoie, qui s’est occupé de poids encore plus lourds, lui qui a défendu Mellick et Tapie (et même Mazarine!).

La commission intègre donc des hommes qui ont beaucoup oeuvré pour la sauvegarde de l’honneur politique français face aux juges d’instruction dont chacun sait combien ils sont agressifs et mal intentionnés dès qu’il s’agit de nos malheureux élus… Quelle peut donc être la position de ces fins connaisseurs du droit, de ces pourfendeurs de l’injustice amoureux des grands principes? Viennent-ils expliquer combien la machine judiciaire française est agressive à l’égard des puissants, elle qui devrait, en bonne doctrine sarkozyste, laisser tranquilles les gens de bien et se concentrer exclusivement sur ceux qui méritent d’être punis, les faibles, les pauvres et les délinquants innés? Envisagerait-on, en parallèle à la dépénalisation du droit des affaires, de donner l’immunité totale à tous les nobles élus de la République? Read more

Le monde sarkozyste est un monde de vitesse. Le rythme y sert de postiche. Il masque commodément l’absence de pensée.

Car penser n’est possible qu’à la condition expresse de prendre le temps nécessaire: envisager les enjeux, développer les problèmes et les solutions, puis les objections que l’on pourrait soulever face à ces dernières, cela nécessite stabilité, échange, et réflexion. Donc du temps.

Pierre Bourdieu, il y a douze ans, dénonçait la télévision comme un espace où il est impossible de penser faute de temps. Les questions devant succéder aux interrogations, la réponse – et le travail qu’elle suppose – n’a plus de place. Avant lui, Périclès avait expliqué – du moins d’après Thucydide – ce qui faisait la spécificité de la démocratie athénienne: elle représentait le seul régime politique de son époque où il était possible de prendre le temps de la discussion et de la réflexion avant de se lancer dans l’action. Tout autre type de fonctionnement relevait, d’après Périclès, de l’exercice irréfléchi du pouvoir, et représentait par conséquent une tyrannie où la sagesse collective ne pouvait plus se faire entendre. Read more

On raconte que, depuis l’élection d’Obama, Carla Bruni ne va pas bien.

Qu’elle a l’impression que, sur la scène internationale, elle va se faire voler la vedette… par la célèbre Michelle. Pas de doute: entre une diplômée de Harvard devenue célèbre pour ses compétences juridiques et son engagement (réel, pas seulement sur les photos) dans le monde associatif et une milliardaire ayant fait la une des journaux en dévoilant son intimité, le choix est vite fait. Quoi que… Si l’on mesurait le développement mental d’une population à l’aune de ses admirations, la France serait mal partie.

Donc, Dadame Carla est inquiète pour sa popularité. Il faut dire qu’une fois de plus, la cellule de com sarkozyste a décidé de modifier l’image de la VFP (Vrai Femme de Président) en lui faisant délaisser la presse écrite et envahir les plateaux télé. Téléplouk et l’ORTF sont ainsi devenus les écrins délicats permettant à la VFP de donner, environ un jour sur deux, toute la mesure de son talent.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Il fut un temps où la presse écrite couchée « sérieuse » faisait ses chous gras de la nouvelle reine. Et où même Libé, qui n’avait pas encore été violenté par la police et n’hésitait pas à faire la carpette devant l’Elysée, offrait à Dadame Carla de diriger l’un de ses numéros.

Si ladite presse sérieuse se pince aujourd’hui le nez devant les nouveaux déballages médiatico-obscènes du couple présidentiel, et laisse à la tévé le soin de continuer l’entreprise de décervelage, c’est qu’il est grand temps d’aller fouiller dans ses tiroirs et d’exploiter le célèbre Grenier du Barnum pour ressortir les petites lâchetés dont elle s’est rendue coupable dans la célébration de Dadame Carla.

La question étant : comment la presse avait-elle pu tomber aussi bas.

La réponse est assez simple: Carla B. avait cela de pratique qu’elle rentrait bien dans les cases. Read more

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