Les rites ancestrauxOn a eu plus d’une fois l’occasion de relever ici les nombreux travers de Dame Dati : autotélisme, incompétence et pauvreté conceptuelle, caporalisme, absence d’engagement dans les fonctions qu’elle fait mine d’occuper…

Il est temps aujourd’hui de rééquilibrer la balance, et de reconnaître à Dame Dati une qualité non négligeable : celle d’avoir parfaitement compris les règles du jeu et de les exploiter en toute connaissance de cause.

Partons du petit jeu affligeant auquel elle s’est livrée face aux jeunes (???) de l’UMP. Questions réponses, donc, où notre autotélique ministre s’est passablement embourbée, jusqu’à fournir à Libé son titre du jour par une déclaration de haute tenue précisant sa vision de la machine européenne :

L’Europe s’occupe de ce qu’on lui donne à s’occuper avec les personnes qui peuvent porter ces affaires à s’occuper.

Voilà qui nous ramènerait presque à l’ENM, quelques mois en arrière

L’enregistrement de la chose vaut la peine qu’on lui consacre quelques instants.


Européennes : Rachida Dati s’embourbe lors d’un meeting
par Europe1fr

Beaucoup ont ricané face à cette prestation qui n’est pourtant pas plus lamentable que celles dont Dame Dati nous gratifiait à ses débuts. Mais l’encens, désormais, a été remisé au placard, et il est maintenant de bon ton de critiquer celle dont on enregistrait avec vénération les moindres gargouillements gastriques il y a quelques mois. La chute est rude, et la chasse médiatique à nouveau ouverte. S’en plaindra-t-on? Non, il ne faut quand même pas trop en demander. Mais on a malgré tout du mal à applaudir un monde médiatique qui mesure la dureté de ses attaques au statut de ses victimes.

Beaucoup ont évidemment défendu la malheureuse incompétente en opposant les arguments faciles de l’atmosphère, de la détente, de l’absence de sérieux qui marquait la rencontre. Dame Dati elle-même nous explique qu’elle était là pour rigoler… La politique, « c’est aussi rire », apprend-on ainsi. Rire de ces couillons d’électeurs?

Que l’on s’afflige, que l’on apprécie, ou que l’on s’efforce (en vain) de compter à cette occasion le nombre de dents de Dame Dati, il ne faut pas longtemps pour se rendre compte que le fond du problème est tout autre. Que Dame Dati ne sache rien, qu’elle ne parvienne pas à élaborer une phrase correcte et qu’elle dispose en tout et pour tout d’une petite dizaine de concepts esseulés, qui l’ignorait encore?

Non, la nouveauté réside dans la décontraction avec laquelle Dame Dati parvient à assumer son incompétence. On lui a fabriqué des fiches, elle n’y a rien compris: elle le dit, elle en rit. Elle se présente devant les citoyens pour occuper un siège de parlementaire européen, elle ne sait à peu près rien de l’Europe: elle le dit, elle en rit. Elle  endosse comme à son habitude un rôle de petite fille charmante et espiègle, ce qui n’a évidemment pas grand chose à voir avec une fonction politique: elle le dit, elle en rit. Elle conçoit la pensée politique comme un exercice mécanique d’apprentissage (douloureux) et de régurgitation (pénible): elle le dit, elle en rit.

dents_dati

Le dire est déjà admirable: Rachida Dati exhibe les ficelles et les faux semblants qui lui ont permis d’arriver là où elle se trouve aujourd’hui. En rire est encore plus savoureux: notre autotélique ministre affirme ainsi la stabilité de sa position. Déclarant qu’elle ne sait rien, riant au nez des électeurs, elle nous fait bien comprendre de quoi il retourne: elle sera élue, quoi qu’il en coûte à l’intelligence collective, quoi qu’il en coûte à la représentation nationale, quoi qu’il en coûte à l’Europe.

On objectera qu’elle se trouvait face à un public complice. Certes, et c’est précisément cette complicité qui l’a poussée à tomber le masque: Rachida Dati se moque de ses mandats, de ceux qui les lui confient, et de ce que tout le monde peut en dire. Rachida Dati rit, se regarde, et rit encore.

Mais cette fois-ci, c’est de nous…

circus019Luc Cédelle, journaliste au Monde et spécialiste de tout ce qui touche à l’éducation, n’apprécie pas que des malotrus aient l’insigne culot de ne pas accepter sans souffler mot les reportages un rien orientés que son employeur consacre au mouvement des universitaires.

Désireux de prouver la bonne foi et l’ouverture d’esprit qui caractérisent nécessairement tous ceux qui nous font bénéficier de leurs lumières par l’intermédiaire du Monde, Luc Cédelle a jugé bon de s’en prendre au billet, fort lu au demeurant, que j’avais consacré à l’article de Christian Bonrepaux, Benoît Floc’h et Catherine Rollot, article dans lequel ces trois grands reporters démontraient, avec une objectivité sans faille, que la mobilisation des Universités était nuisible à leur « image ».

Tout à sa quête de rigueur journalistique, M. Cédelle n’hésite pas à dégainer l’arme ultime: à ses yeux, le titre de ce billet, auquel il renvoie après maints anathèmes et circonlocutions destinés à faire naître l’indignation du lecteur bénévole, dénote des orientations fascisantes! Vous ne rêvez pas, bienvenue vingt ans en arrière: le titre de mon billet,  (Nicolas Sarkozy, la destruction de l’Université et le choléra mental du journal Le Monde) évoque à M. Cédelle un article de Louis Pauwels, et l’expression « sida mental » qu’il contenait. Louis Pauwels, homme de droite très à droite notoire, proche du GRECE… Excusez du peu.

Pas un mot sur le fond du billet, évidemment: quelques bons sous entendus (« Dans le champ des idées, les accidents arrivent plus vite qu’on ne croit »), un soupçon de théorie du complot (« Cette personne n’a pas l’air toute seule ») et d’appel à la délation (« quelqu’un que je n’ai pas encore (mais est-ce, après tout, nécessaire ?) identifié sous un nom »), voilà qui est bien suffisant. Et puis un titre… Un titre qui dit tout du fond fascistoïde de ceux qui osent  ne pas saluer bien bas tout ce que Le Monde déballe dans ses pages. Read more

big-bingoQuand on dérape, on cherche ensuite à s’en sortir. Comme on peut. C’est une entreprise périlleuse, dont le succès est directement corrélé à:

1. La taille de la bourde de départ
2. La qualité de la myéline dont Dame Nature a doté l’individu concerné

Hélas, trois fois hélas, ces deux critères jouent pleinement en la défaveur d’Alain Destrem qui éprouve visiblement des difficultés infinies à s’extraire du bourbier dans lequel il s’est joyeusement fourré.

Le pauvre homme s’est en effet fendu d’une nouvelle déclaration, histoire d’enfoncer le clou de justifier son dérapage:

« Devant la multiplication des réactions aux propos que j’ai tenus sur Madame Ségolène Royal lors du Conseil de Paris du 6 avril, je tiens à préciser que mon attitude n’a été que la manifestation de mon indignation face aux déclarations irresponsables de Madame Royal, demandant  » pardon  » aux Africains pour le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007. Sans parler de la photo de Madame Royal, publiée le meme jour dans Le Parisien, la montrant coiffée d’un boubou… Tout ceci m’est apparu bien éloigné de l’image que l’on peut avoir d’une femme politique d’envergure, au demeurant ancienne candidate à la Présidence de la République. Face à une polémique qui semble naitre, je retire mes propos. »

Non, non, vous n’avez pas rêvé: le pauvre homme en rajoute. Relisons:

Sans parler de la photo de Madame Royal, publiée le meme jour dans Le Parisien, la montrant coiffée d’un boubou… Tout ceci m’est apparu bien éloigné de l’image que l’on peut avoir d’une femme politique d’envergure

Pensez-donc, une femme en boubou faire de la politique! Vous n’y pensez pas? Pourquoi pas une noire pendant qu’on y est? Ou une arabe? Ou une chinoise? Baaaah! Vous imaginez? Ce serait vraiment à se tordre de rire! Et puis une femme, hein, faire de la politique, quand même…

Ce qui est fascinant, c’est que le pauvre homme ne parvient pas à saisir  l’obscénité de ses propos. L’assurance pesante de la droite satisfaite et décomplexée, comme me l’écrivait Monsieur R. hier soir…

ellen_johnson_sirleaf_unityparty

Mais pourquoi cette femme de ménage pose-t-elle devant des drapeaux, hein? Il faudrait quand même dire à Ellen Johnson-Sirleaf, présidente du Libéria, qu’elle devrait enlever tous ces chiffons (bleus en plus, ridicule comme Ségo!!!), parce qu’elle n’est franchement pas crédible. Femme, noire et en boubou bleu, elle devrait  consulter de vrais hommes politiques, comme Alain Destrem, dont les électeurs auront au moins entendu parler à cette occasion, peut-être la seule en 26 ans de mandat. Quelle tristesse! On imagine, à partir de cet échantillon, combien les saillies quotidiennes du pauvre homme doivent être truculentes, et ce qu’a perdu le génie français en les ignorant jusqu’à ce jour…

Malheureux habitants du 15e arrondissement parisien! Leurs impôts locaux servent à payer les émoluments de cette caricature d’homme politique flaubertien.

Franchement, sans même savoir ce qu’il touche, on subodore que cela fait cher du neurone.

paradeHanif Kureishi, auteur anglo-pakistanais renommé, remarque dans son texte Le signe de l’arc-en-ciel qu’à la fin des années 1960, les humoristes anglais avaient réduit « la haine raciale à des blagues »: le racisme s’exprimait par le biais de « l’humour » et devenait ainsi d’autant plus difficile à combattre.

À l’UMP, on fait mieux: on réduit l’humour au racisme, au mépris social et au sexisme… Témoin, Alain Destrem, conseiller municipal parisien arrosé par le contribuable pour exercer ses talents, jusqu’ici ignorés de tous, depuis 1983.

Voyant Ségolène Royal vêtue d’un boubou lors de son voyage au Sénégal, le brave élu républicain nous livre le fond de sa pensée d’un air gourmand: Ségolène Royal lui rappelle « sa femme de ménage ». Read more

yap-yapHier soir, après de longues hésitations et des menaces maintes fois formulées par mail, forums, commentaires, j’ai pris la décision de  me venger des avanies intellectuelles, de la désinformation et de l’infâme brouet  doctrinal que nous sert quotidiennement le Monde, et que par un atavisme datant de l’adolescence, je continue habituellement à avaler, si révoltant soit-il.

Mais par une expérience mentale surprenante, on découvre qu’il y a parfois des limites qui s’imposent d’elles-mêmes, sans crier gare et sans qu’on puisse les repousser. Le dernier article consacré au mouvement universitaire était celui de trop.

Le mouvement de mobilisation universitaire a déjà lancé les représailles en élaborant une « charte de bonne conduite vis à vis du journal le Monde« , discuté et expliqué sur le site SLRU, et que je reproduis ici: Read more

En route pour le Japon !

Quand Nicolas Sarkozy s’est lancé dans ce qu’il est convenu d’appeler la « réforme » des Universités, il a bien évidemment choisi de reprendre la méthode qui lui était déjà familière et qui avait fait ses preuves en termes de capacité de nuisance, de négation de la démocratie et de piétinement du pacte social.

Assisté d’une Dame Pécresse que sa totale méconnaissance du monde de la recherche et de l’enseignement supérieure qualifiait plus que tout autre pour cette tâche, Notre Président n’a donc pas montré la moindre hésitation.

Pour « réformer », il fallait tout d’abord n’engager aucune consultation et s’empresser d’oublier ceux qui font tourner la boutique. Car dans ce pays, on ne « réforme » par une institution, on « réforme » contre elle.

Ensuite, il fallait désinformer. Pour salir. Salir l’institution elle-même, salir ceux qui y travaillent, salir ceux qui y étudient et s’y forment. On parviendrait ainsi à mettre en place l’unique levier de gouvernement employé dans ce pays depuis le grand malheur de mai 2007: désigner une catégorie de la population à la vindicte du bon peuple, lancer quelques sondages aux questions convenablement orientées et utiliser les beuglements des micros-trottoirs pour justifier la suppression, au choix, des archaïsmes, des privilèges, du bouclier fiscal, des rigidités, des paresses, des incompétences, des inutilités, des gaspillages…

Les chercheurs et les enseignants-chercheurs ont ainsi fourni une cible de choix. Paresseux, incompétents, semi-idiots, gauchistes, ils ne refusent évidemment la « réforme » que par pur corporatisme, par pur intérêt de classe, c’est un vrai scandale, voyez vous ça mère Michu, tout ce rebut de gauchistes pervers, qui ont le front d’être plus diplômés que vous et moi, et qu’on paie à ne rien faire…

On pouvait faire confiance au Grand Café du Commerce français pour répercuter cette vision fine et mesurée. Cracher sur les profs tout en en se tapant sur les cuisses, entre deux renvois biereux, trois invectives contre  les sans-papiers et quatre déclarations définitives sur la crise et le PSG, voilà qui est plutôt en phase avec le niveau de subtilité philosophique et politique dans lequel plus d’une décennie de ramollissement chiraquien a fait tomber ce pays. Tendez le petit bout de la lorgnette à la France, elle se hâtera d’y regarder

La où la gêne devient réelle, c’est quand un journal qui se prétend « de référence » oublie que le journalisme consiste à aller enquêter pour éclairer ses lecteurs et en vient à considérer qu’informer équivaut à étudier le réel pour y découvrir, à la surprise de tous, la confirmation de la vision officielle et gouvernementale. Read more

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