Business class : du Barnum comme triomphe des apparences

Le retour du Barnum sarkozyste dans une phase d’activité frénétique et efficacement secondée par La Présidente (alias Dame Carla) a deux conséquences immédiates:

1. Elle donne du grain à moudre à ceux qui cherchent à analyser le phénomène médiatique unique qu’est le sarkozysme.

2. Elle épuise ceux qui cherchent à analyser le phénomène médiatique unique qu’est le sarkozysme.

Que faire quand La Présidente couvre à peu près les couvertures de toute la presse sérieuse (le bac français battant son plein je crois, signalons à nos lecteurs les plus jeunes ce bel exemple d’oxymore) ? Que Notre Président s’agite sur tous les fronts et lance une nouvelle offensive sur un nouveau front à chaque demi-journée ?

Peut-on analyser dans la tourmente ? N’est-ce pas, précisément, céder au sarkozysme que d’essayer de le suivre dans toutes ses manifestations ? N’est-ce pas, de ce fait, entrer dans le jeu même du Barnum et de l’épate qui impose précisément de jeter sans répit des nouveautés à la figure des spectateurs ?

Face à Notre Président derechef métamorphosé (phase 4 du sarkozysme ?) en Jack in the Box, marquons un temps d’arrêt. S’extraire de la temporalité sarkozyste était, rappelons le, l’un des principaux projets de ce blog.

Réfléchissons un instant à cette suractivité précisément conçue pour nous noyer. Ainsi, Notre Président a accru les dépenses de l’Elysée parce qu’il travaille plus (il faut dire qu’il gagne déjà plus). Ainsi, se montrer partout, parler à tort et à travers, réagir au quart de tour, voilà ce que Notre Président appelle travailler. Voilà qui doit plaire à Christine Lagarde : assurément, Notre Président réfléchit moins et s’agite plus, ce qui correspond très précisément au mode de vie préconisé par notre ministre du travail.

Pendant que d’autres travaillent pour de bon, Notre Président travaille à faire croire qu’il travaille. Et c’est tout un travail.

Voilà qui évoque un ouvrage qui avait fait scandale en son temps : Bonjour paresse : De l’art et de la nécessité d’en faire le moins possible en entreprise, publié en 2004 par Corinne Maier, cadre sup chez EDF. Ce petit livre amusant, quoique fort mal écrit, lui valut d’être virée du fleuron national. Elle y expliquait en effet que, pour réussir dans une entreprise du type EDF, il ne fallait surtout pas travailler, mais s’efforcer de donner l’impression que l’on travaillait. En donnant sa vision du fameux monde de l’entreprise dans sa version la plus dégradée, Corinne Maier décrivait, avant l’heure, le monde sarkozyste.

Maximes sarkozystes : 1. l’apparence vaut pour l’acte. 2. Le signe vaut pour le réel. 3. Le mot vaut pour le fait.

Ces trois maximes nous amènent à une publication récente qui a tout à voir avec le fond du problème, mais y ajoute la qualité littéraire qui fait les grandes critiques : Business Class, de Martin Suter, auteur suisse-allemand nouvellement traduit chez Christian Bourgois.

En 61 pages de virtuosité littéraire et de clairvoyance sociale, Suter nous décrit le même monde de l’entreprise devenu fou (et donc le monde sarkozyste) dans toute son hypocrisie et ses faux semblants, à travers le culte qu’il voue aux signes (du travail, de la productivité…) plutôt qu’à ce qu’ils représentent, exception faite pour le fric, vénéré à la fois comme signe et dans sa matérialité.

14 portraits et saynètes de quelques pages dénudent le faux travailleur acharné, le faux mari débordé, le faux recruteur intéressé dans une prose sans fioriture et à hurler de rire.

Martin Suter ou le sarkozysme à poil. Notre Président est nu, et ça n’est pas beau à voir.

LGB vous souhaite une très bonne lecture à tous.

Clystère du Barnum

Similar Posts:

  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • Furl
  • Technorati
  • Wikio FR

Comments are closed.