La palme de la servilité…

Ou comment le journalisme français touche le fond…

Avoir la première page du Figaro sous les yeux suscite toujours chez moi, depuis le triomphe du barnum sarkozyste, un amusement un rien agacé. Car, pour parer à toute éventualité, le canard de la maison Dassault ne laisse pas d’arborer cette belle citation tirée de Beaumarchais :

Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur.

Histoire de nous expliquer qu’au Figaro, ça ne rigole pas, et qu’on a la dent dure, surtout contre les puissants. Que l’on est sans concession face au gouvernement. Que l’on informera à tout prix.

Les Français qui ont encore le courage – ou la naïveté – de croire à l’indépendance d’esprit ou de plume de cette véritable Pravda nationale ont dû avoir un coup au coeur le 27 mai dernier, en consultant leur site web préféré qui, il est vrai, passe la belle maxime sous silence.

L’éloge flatteur en a pris un coup dans l’aile. Car sans la liberté d’être servile, il n’est point de contrat militaire prometteur…

Ainsi, la petite pantalonnade de Rungis n’était pas assez grotesque à elle toute seule. Ainsi, il fallait encore célébrer, « en images« ,

Carla Sarkozy au marché de Rungis

Dans ce communiqué promotionnel financé par l’industrie du Botox®, on apprend que :

Pour la première fois, le femme du président de la République a accompagné son époux pour une sortie officielle en France. Direction les Halles de Rungis, pour un marché très matinal.

Et le lecteur effaré de découvrir une série de photographies légendées avec une indépendance d’esprit si affolante qu’elle mériterait de figurer au programme de toutes les écoles de journalisme du monde.

Il y a quelques jours, le Courrier du Vietnam célébrait l’anniversaire du Général Giap dans un bel article. C’était échevelé d’indépendance. Mais tout le monde n’a pas le privilège d’écrire sous une dictature communiste…

Cette fois-ci, c’est sûr, on y est. Notre Président dirige le pays comme un camelot vend ses casseroles. La presse « sérieuse » lui répond sur le même modèle.

Mais bon, il faut croire qu’il y en a qui aiment, ainsi que le prouvent certains commentaires laissés sur le site (les commentaires des lecteurs du Figaro sont toujours un nectar pour les neurones, et ceux du FigMag de la pure ambroisie) :

28/05/2008 16:56
Babette : Bravo
Bravo à Nicolas et Carla SARKOZY, ils forment un merveilleux couple et qu’ils en profitent. Rien à voir avec Cécilia qui n’avait aucun charme, elle était froide et beaucoup mois belle que Carla. Leurs présence en duo montrent que sa jolie femme aime son mari, rien ne l’obligeait à se lever tôt. Bravo Carla restez comme vous êtes, simple gracieuse et surtout très belle.

Attendez-vous à pire encore quand la promotion du livre de Dame Carla battra vraiment son plein. Là, Le Figaro et Babette vont vraiment se déchaîner…

Pitié pour nous.

Similar Posts:

  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • Furl
  • Technorati
  • Wikio FR

3 Responses to “La palme de la servilité…”

  1. Rébus writes:

    le Figaro, faut le prendre au secon degré et c’est à se tordre de rire tellement ce journal est grotesque et de parti pris

  2. LGB writes:

    Entièrement d’accord.

    Détente perverse, mais détente quand même que de boire son café en ouvrant des yeux ronds sur la page du Figaro. Franchement, comme je le disais, ça ne tient pas la comparaison avec le Courrier du Vietnam…

  3. La presse écrite, la servilité et l’existence lexicale de Carla Bruni | Le Grand Barnum writes:

    [...] n’en a pas toujours été ainsi. Il fut un temps où la presse écrite couchée “sérieuse” faisait ses chous gras de la nouvelle reine. Et où même Libération, qui [...]