Le Figaro, la caténaire, la peur et le ridicule
Mardi, 11 novembre 2008
Le site web du Figaro offre de nombreux avantages.
Outre qu’il nous met en prise directe avec la propagande sarkozyste et nous fait clairement entrevoir les desiderata du gouvernement, le quotidien du très cérébral Dassault permet de prendre la mesure de la dégradation, lente mais continue, qui affecte la presse française.
Que le fait divers y tienne une place croissante, rien de bien neuf. Mais que ces faits divers y soient présentés sous des titres dignes du Petit journal, voilà une innovation intéressante.
Ce qui dote le Figaro d’un autre avantage non négligeable: il fait rire!
Ainsi, par l’intermédiaire de son torchon ultraréactionnaire et bien pensant, le Figaro magazine (le seul hebdo à grand tirage où l’on peut encore lire dans le courrier des lecteurs des appels au rétablissement de la peine de mort lancés par des rombières à serre-tête), notre Pravda française a décidé de nous donner des frissons. Après Le Petit journal et « Les Apaches sont la plaie de Paris » en 1907 (voir l’image ci-dessus), le Figaro invente, sans craindre le ridicule ou certaines réminiscences lexicales, la caténaire de la peur:
Sans doute, reprendre sans la moindre distance le communiqué officiel du ministère de l’intérieur, tirades sur « l’ultra-gauche » comprises, et faire peur au bourgeois en lui dépeignant un anarchiste cruel, bave aux lèvres et couteau entre les dents, ne suffisait pas.
Il fallait en rajouter. Faire dans le lyrique, le stylistique et l’emphatique, ce qui est toujours fort périlleux quand le talent fait défaut.
On attend à présent la suite : « La micheline fantôme », « Les bogies de la terreur », « Le tender de la mort », « Le ballast infernal », « La longrine des morts-vivants », « La draisine hantée », « Le sémaphore de l’angoisse »…
Le pire, c’est que les plumitifs qui défèquent ce genre de billets grotesques doivent s’imaginer en Albert Londres et rêver au prix du même nom.
« Porter la plume dans la plaie », comme il disait.
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No. 1 — novembre 11th, 2008 at 18:22
La caténaire de la peur…difficile en effet de ne pas se gausser de la grandiloquence de ce titre, qui pousse le sensationnel jusqu’à la caricature. Mais enfin…cette critique amène malgré tout un sourire un rien ironique à mes lèvres…vu que la raison d’être de ce blog est un antisarkozysme pavlovien et systématique, tout aussi grandiloquent et caricatural dans son expression que le titre racoleur du FigMag… il semblerait donc que ce qui est ridicule d’un côté devient légitime de l’autre
No. 2 — novembre 11th, 2008 at 18:35
Ah non non non, je récuse tout à fait l’assimilation fond/forme! La grandiloquence du fond (la raison d’être du blog donc) est tout à fait légitime. Le seul problème est bien celui de la forme. Et j’ai la faiblesse de croire que j’ai réussi à m’abstenir, malgré toute ma véhémence, d’une dérapage lexical de ce genre…
Quant à me comparer au Figaro, c’est vraiment très très insultant…
No. 3 — novembre 12th, 2008 at 23:16
J’ai fait un tour aujourd’hui sur quelques blogs qui évoquaient cette question. Quelle déception ! Le courant ne passait pas ! Je suis heureux de trouver ici un billet potable sur le sujet.
Et vlam, faut qu’un coïtus interrompus le gâche.
J’adore le fait d’avoir à prouver que je suis une personne humaine surtout en tapant « Bruni ». J’ai essayé avec « sarko » mais ça marche pas. Maintenant, je dois tenter de trouver mon humanité avec « cecilia »… T’es super Barnum, un vrai clown au yeux des amateurs de jeux du cirque, un vrai talent pour ceux qui voudraient ne pas se contenter du spectacle.
No. 4 — novembre 27th, 2008 at 15:54
Le caténerve ?
Et où es tu passé Grand Barnoum ?
No. 5 — novembre 30th, 2008 at 11:30
Non, non, je n’ai pas disparu. Juste un peu débordé…
Me voilà de retour!
Merci, en tout cas, de t’être inquiété, cher Toréador.