Rachida Dati mange son chapeau : open season au Barnum

Ainsi, la grande palinodie a bien eu lieu, et Rachida Dati a fait volte-face. Après avoir défendu la décision du TGI de Lille concernant l’annulation des fameuses noces, voilà que notre Garde des sceaux impose au parquet de faire appel, en invoquant pauvrement l’émotion suscitée par le jugement. En cela, Rachida Dati reste bien sarkozyste, puisque c’est l’émotion publique et le pathos qui la poussent à agir. Mais cette fidélité aux grands principes du Barnum n’y change rien : Dame Dati a bien mangé son chapeau! Et ça n’a pas dû être simple, car il était très très gros et pas très beau, son chapeau.

Par la même occasion -et c’est, de mon point de vue, le plus grave-, notre autotélique Garde des sceaux a donné tort au Grand Barnum qui était bien persuadé, il y a encore quelques jours, que Dame Dati resterait droite dans ses bottes fuselées. Mais je ne porte que de vrais panamas en paille ; ils sont comestibles, c’est l’avantage.

Erreur de jugement de notre part ? Non : j’avais mal perçu l’atmosphère qui règne dans le Barnum sarkozyste. Dame Dati n’a plus la cote, et certains entendent bien lui faire la peau.

3 juin 2008 : chasse ouverte

Loin de moi l’idée de défendre cette pseudo-ministre autoritaire, brutale, ultra-répressive et à la compétence sans cesse chancelante. Une ministre qui, de surcroît, a encore donné des marques de son insupportable autotélisme avant-hier à l’assemblée. Pourquoi défendre une décision de justice (on croit rêver d’ailleurs : débattre à l’Assemblée d’une décision de justice. Montesquieu doit se retourner dans sa tombe) avec des arguments juridiques quand on peut invoquer sa propre annulation de mariage, sa réussite sociale, sa life et ses tripes. Et de lancer aux socialistes :

Vous pouvez m’attaquer car j’ai échappé à votre politique qui a suscité le repli identitaire.

Ce qui, en effet, ne nous éloigne pas du sujet et élève une fois encore le niveau du débat parlementaire. Et pourtant. On peut être ulcéré par cette incapacité à sortir de soi et à bâtir un argumentaire un tant soit peu serré. On peut être révolté par cette présence médiatique limitée au seul signe de la réussite sociale et au culte du sac à main. Et l’on peut néanmoins être dégoûté par la curée barnumesque que Dame Dati doit subir depuis quelques jours. Tant est pénible l’impression que produisent ces pourfendeurs qui, hier encore, léchaient les talons de ses bottes de cuir et se pendaient à ses robes Dior pour avoir une chance d’être sur la photo. J’étais donc dégoûté, mardi matin sur France Culture, par la petite moue audible de l’ancienne garde des sceaux E. Guigou, qui évaluait les qualités et les défauts de Dame Dati. Mais pour quel autre ministre se permettrait-on ce genre de posture méprisante ? Dégoûté une fois de plus, mercredi soir, à la lecture d’un article de Marianne 2, où N. Domenach débute son article par la description suivante :

Il fallait voir cette femme en noir, toute en noir Jaguar, des cheveux jusqu’au bout des bottes en passant par les yeux et jusqu’aux cils, avec juste la pointe blanche du « top », à la place du cœur, sous la veste sombre.

Manière de nous faire comprendre que Dame Dati « sort ses griffes ». L’image n’est pas trop difficile à piger pour le beauf moyen, et la thématique chasseresse bien en place. Qu’est-ce qu’on rigole ! Mais, voyez-vous, les comparaisons bien sexistes et bien colonialistes de ce type, ça me donne des hauts le coeur irrépressibles. Imagineriez-vous ce genre de propos (« jaguar », les yeux, les cils…) appliqué à un homme ? à une grande blonde d’origine suédoise ? Amusant comme le lexique travaille, hein ? Amusant cette tendance qu’a le sarkozysme à libérer la parole et les imaginaires, et à se reprendre en pleine figure le blanc-seing symbolique qu’il a donné à certains. Amusant, mais aussi écœurant… Enfin, je fus surpris, ce matin même, à la lecture du long et pénible article (pénible parce que pauvre et, en bonne tradition française, 100% de seconde main) que l’Express consacre aux « caprices de Rachida Dati« . Le signal est bien donné ; chasse ouverte sur les jaguars à partir de maintenant. Mais les choses ne s’arrêtent pas là, et les plus hautes sphères du Barnum ne se privent pas pour distribuer les cartouches, du bon gros .12, et pourquoi pas de fournir les fusils. Dame Dati est greenlit, comme on dit dans les films de gangsters: tout le monde peut la prendre dans son viseur.

Cacophonie du Barnum

Passons sur les détails et allons à l’essentiel. Le comble de l’immonde est atteint, comme souvent, par la première Dadame de France. Du moins, d’après ce que l’Obs en rapporte. Soyons prudents, donc, puisqu’il est désormais avéré que l’Obs peut, sans prévenir, se mettre à raconter à peu près n’importe quoi. Dans les « bonnes feuilles » du livre que Dame Carla s’apprête à publier (là encore, une femme de président qui publie des mémoires six mois après son mariage et un an après l’élection du Digne époux, voilà du Barnum tout pur, mais nous y reviendrons), on peut ainsi lire diverses gracieusetés sur Dame Dati, à connotations évidemment grivoises, y a que ça qui plaît. Ainsi:

Le livre assure au passage que Carla Bruni et la ministre de la Justice Rachida Dati ne sont plus amies depuis que la première a dit à la seconde, alors que toutes deux passaient devant un lit des appartements privés de l’Elysée : « Tu aurais bien aimé l’occuper, n’est-ce pas ? ».

Et l’Express de renchérir dans la même veine :

L’histoire a fait le tour de l’Elysée. Rachida Dati, qui avait pris l’habitude d’appeler le président au petit matin pour solliciter son avis, a été reçue fraîchement par Carla Bruni. « Maintenant, Nicolas est marié, il ne faut pas lui téléphoner si tôt », a expliqué, gentiment mais fermement, son épouse.

Triomphe de l’élégance… C’est l’un des (nombreux) inconvénients du Barnum sarkozyste : il redonne toute leur énergie aux pulsions machistes françaises (qu’il n’est pas nécessaire d’aller chercher bien loin, j’en conviens). Second retour de bâton symbolique. Et pourtant, Notre Président a, paraît-il, lancé un vibrant plaidoyer en faveur de sa garde des sceaux en conseil des ministres. Soit il est très très hypocrite. Soit il ne tient plus ses troupes, et le cirque sarkozyste est en train de craquer de toute part. De l’inconvénient de bâtir une politique sur des apparences et des signes creux… Certes, on pourra m’opposer que je ne suis jamais content. qu’après avoir hurlé à la mort à chacune des déclarations de Dame Dati, voilà que je proteste quand elle est attaquée… Mais c’est là le paradoxe que suscitent ceux qui, comme Dame Dati, atteignent trop tôt leur seuil d’incompétence : ils irritent au plus au point, mais suscitent la pitié une fois que la meute les déchire. Quand, bonne fille, la dite meute a finalement reçu l’ordre de mise à mort et l’applique, on s’en doute, avec conscience. LGB vous souhaite bon courage à tous.

Petite revue de blogs : allez voir l’article de Sarkofrance sur le sujet, qui prend une vue panoramique sur la situation actuelle de Dame Dati et les posts de Sarkobasta et de Plume de presse sur la disgrâce en cours…

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6 Responses to “Rachida Dati mange son chapeau : open season au Barnum”

  1. Olivier B. writes:

    Merci :)

  2. Rébus writes:

    Rachida a été tellement malmenée que le; grand (oui, ça fait bizarre) chef a été obligé de lui apporter un soutien contre les autres. Comme celui de la corde et du pendu.
    J’ai lu un titre récemment, faut que je retrouve l’article et le lise qui faisait déclarer à Rachida « carla m’a tuer ».
    le pouvoir se résoudrait à de simples crêpages de chignons ? Si c’es t le cas, et c’est loin d’être impossible, c’est encore plus grave qu’on ne le pensait.
    Pendant ce temps, en vdouce, on nous prépare doucemennt un filtrage de masse de l’internet avec purge des infos de plus de 3 mois apparemment.(voir sur PCinpact)

    Va falloir stocker les blogs et les sources

  3. LGB writes:

    Je suis preneur de l’article sur « Carla m’a tuer »… Truculence, toujours.
    J’ai bien trouvé le projet monstrueux sur PC INpact, mais pas les infos sur la purge….

  4. Juan writes:

    mille mercis

  5. Seb writes:

    Rachida Dati : « Carla m’a tuer »

    http://www.bakchich.info/article4018.html

    sur Bakchich

  6. LGB writes:

    Merci Seb, c’est sanglant. Extrait :

    Guest star hier des voyages officiels, Rachida joue désormais les chaisières aux côtés de son patron lors d’un debriefing « off » de Sarkozy devant les journalistes à l’ambassade de France, à New Delhi. « La pauvre en était à regarder l’heure, les yeux dans le vague », rapporte sans pitié un envoyé spécial.

    Le 30 janvier 2008, Carla Bruni organise une soirée surprise pour l’anniversaire de Nicolas. Une soirée qui marque la descente aux enfers de Rachida Dati. Comme seul l’avait signalé Bakchich à l’époque, Rachida est accueillie par Carla Bruni par un : « j’ai hésité à t’inviter mais finalement je l’ai fait ». Dati découvre alors les happy fews conviés à la soirée et surtout la présence en force des membres de « la Firme ». Tous bannis durant l’ère Cécilia. Tous ennemis mortels de Rachida Dati.