De la performativité sarkozyste
Samedi, 2 août 2008
Voir Nicolas Sarkozy en vidéo m’angoisse chaque fois davantage. Toujours plus de mouvements de tête (qu’est-ce qu’il dodeline, mon Dieu !), toujours plus de roulements d’épaule, de clignements d’yeux et de grimaces… On y était habitué, mais là, on est en dérapage totalement incontrôlé.
Pour preuve, une vidéo fournie par Les bas-fonds de Sarkofrance qui doit retenir l’attention tant pour la forme que pour le fond.
On y retrouve en effet, mais de façon plus effarante que d’habitude, le stéréotype sarkozyste devenu un véritable mantra depuis l’arrivée de Dadame Carla : « on est comme tout le monde », « on se repose, on fait comme tout le monde » !
Personne ne réagit. « Comme tout le monde », cela devient évident. C’est une affirmation performative : il suffit de dire que l’on est comme tout le monde pour être comme tout le monde. Tant pis si les dernières mesures gouvernementales ont pour conséquence (parmi d’autres) que les Français ne partent plus en vacances, faute de moyens. Parce que tout le monde n’est pas tout le monde en fait…
La méthode est éprouvée : « je vais faire monter le pouvoir d’achat ». Affirmation performative : le dire suffit à le faire. Et le pouvoir d’achat a monté… pour certains ! Tout le monde n’est pas tout le monde, enfin !
De la même manière, Notre Président pourrait perpétuer cette belle tactique par quelques déclarations subtiles:
- Je suis efficace.
- Je suis aimé des Français.
- Je suis bénéfique pour la France.
Certains vous diront que c’est l’exacte vérité, il dit ce qu’il fait, il fait ce qu’il dit, parce que pour lui, dire c’est faire.
En somme, Sarkozy est une curiosité linguistique. Il a inventé la parole performative limitée.
Non pas un performatif limité intellectuellment ou destiné à des auditeurs intellectuellement limités.
Un performatif limité à ceux qui y croient…
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No. 1 — août 2nd, 2008 at 21:23
Voici donc le retour du jogging médiatique. Cette simplicité tapageuse est obscène. Le spectacle de ce type suant, au sourire crispé, ne constitue pas un plaidoyer pour les vertus physiques et morales du sport. À moins que M. Sarkozy ne veuille illustrer à sa manière l’adage mens sana in copore sano. « On se baigne, on court » : soit. « On lit » : en profiterait-t-il pour relire la Princesse de Clèves ?
Je me demande si la syntaxe approximative et le vocabulaire limité du Président ne concourent pas également à l’efficacité de la technique. Car la technique semble hélas efficace à en juger par le nombre de reportages hagiographiques (ou quasi) dont ces vacances débutantes ont fait l’objet.
No. 2 — août 3rd, 2008 at 20:00
Entièrement d’accord mais je le crois quand même limité intelelctuelement
No. 3 — août 4th, 2008 at 16:18
Et paf, je veux faire un commentaire je me fait traiter d’inculte (magie des machins anti-spam). A moins qu’il ne concerne le président qui est comme tout le monde…
Je suis perpétuellement étonnée qu’il y ait encore des gens qui croient en ce bonhomme, et des gens qui ne font pas partie de ses potes riches pour le pouvoir d’achat desquels monsieur le président a fait beaucoup, beaucoup, bien que les caisses soient vides.
Faut pourtant pas creuser beaucoup pour voir et démontrer que, question efficacité, euh on peut repasser. Tiens par exemple les droits de l’homme.
No. 4 — août 5th, 2008 at 0:34
Il n’empêche que le RESF a tout faux :
http://herbedeprovence.over-blog.com/article-21736347.html
No. 5 — août 11th, 2008 at 10:59
@Ysabeau
Non non, vous ne vous faites pas traiter d’inculte. Les petits mots magiques qui apparaissent ne concernent que Notre Président et son grotesque entourage. Et ils changent à chaque fois…
Entièrement d’accord quant aux droits de l’homme.
No. 6 — août 15th, 2008 at 19:45
Repris sur Betapolitique :
http://www.betapolitique.fr/De-la-performativite-sarkozyste-09641.html
Et aimablement plagié par un site ségoléniste qui, visiblement, pratique le couper-coller à très grande échelle:
http://desirdavenirlacanau.over-blog.net/article-21797114-6.html
Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir…
No. 7 — janvier 29th, 2009 at 17:16
Bonjour,
je viens de lire votre article un peu sur le tard et bien que n’étant pas un spécialiste de John Austin, il me semble que vous vous trompez dans l’utilisation du terme « performatif ». Le petit Robert nous indique PERFORMATIF : Énoncé qui constitue simultanément l’acte auquel il se réfère. Un énoncé performatif change donc réellement l’état du monde après avoir été prononcé et pas uniquement sa perception comme vous semblez le suggérez dans votre article.
Par exemple, l’énoncé « Je déclare cette réunion ouverte » est performatif car effectivement après l’énonciation la réunion est réellemtn ouverte par contre l’énoncé « Je suis bénéfique pour la France. » ne le sera jamais car Sarkozy ne l’est pas, ni avant, ni après l’énonciation.
Bien cordialement,
hatori.
No. 8 — janvier 29th, 2009 at 23:30
Bonsoir,
Vous mettez le doigt sur le problème fondamental du sarkozysme: Notre Président crée un monde virtuel qu’il plaque sur le réel. Quand je parle de « performativité sarkozyste », je triche un peu sur le sens: il s’agit de performativité telle que NS l’interprète. Dans un monde où la communication vaut pour l’action, et le virtuel pour le réel, alors, oui, les affirmations de NS sont bien performatives. Mais elles relèvent d’un performatif dégradé. Ou d’un austinisme pourri. Au choix…
Merci, en tout cas, pour votre réaction.