De l’empereur Caligula comme hypostase antique du Barnum

« D’où viens-tu, Caligula ? »

Greatest Show on Earth !Garçon un rien perturbé (Suétone nous apprend qu’il torturait, comme tout dingue en puissance, les petits chats), Caligula (soit, en bon français, « vieille godasse ») répond en réalité au nom un peu plus sérieux de Caius Caesar Augustus Germanicus. Né en 12 ap. J.-C., fils de Germanicus, il devient, par le jeu d’adoptions scabreuses et compliquées, le fils adoptif de l’empereur Tibère, lui même fils adoptif de l’empereur Auguste, lui même fils adoptif du grand César (alias Le Divin Jules, pour ses amis), lui même descendant direct de Vénus (sans adoption cette fois-ci). Tout cela fait évidemment une généalogie compliquée, qui finit par taper sur le système du pauvre enfant, et qui se résume par un arbre torturé que tous les historiens de l’Antiquité prétendent connaître mais que pas un seul d’entre eux n’est, en réalité, capable de se mettre dans la tête comme on s’en aperçoit quand on gratte un peu (normal, tous ces zouaves portent le même nom).

 

Reprenons

Caligula est fils de Germanicus, brave homme très aimé du peuple, et promis au premier rang de l’Empire. L’empereur Tibère, fin politique, fait éliminer Germanicus pour protéger son magot, puis adopte Caligula qui montera sur le trône une fois le vieil empereur parti ad patres suite à une indigestion. Joie! Allégresse! Jamais empereur ne monta si haut dans les sondages lors de son accession au trône. La plèbe s’était fortement lassée du vieux Tibère, un peu cacochyme, plus très glamour, et par qui elle se croyait méprisée au prétexte qu’il était fort mauvais communiquant (puisqu’il vivait planqué sur l’île de Capri). La dite plèbe (ingrate comme toujours) se réjouissait donc de voir arriver un empereur jeune, aux idées novatrices, payant de sa personne dans les meetings, bref, prêt à tout chambouler, et on allait voir ce qu’on allait voir. D’où sacrifices, actions de grâce, fiestas à tout casser pour célébrer le nouveau patron qui rentra à Rome sous les acclamations d’une foule en délire.

Incroyable Trogne de Caligula

L’incroyable trogne de Caligula, sobre, au début de son règne

Six mois plus tard, l’ambiance était moins rose, et le peuple ingrat se prit à haïr celui qu’il avait porté aux nues. Chute libre et irréversible dans les sondages, même si, à l’époque, personne ne pouvait vraiment se plaindre en écrivant une tribune (rapport aux lions, au cirque et à un État de droit un rien chancelant…). Mais pourquoi cette soudaine colère ? Parce que Caligula avait tout simplement flanqué le barnum.

Mais, dira-t-on, le barnum, ça ne pouvait pas déplaire à la plèbe ! Du pain et des jeux, c’est précisément ça, Rome ! Certes, mais avec une nuance néanmoins. Rome veut du pain, des jeux, et une célébration collective. Caligula c’était : du pain, des jeux, et une célébration de soi. Unique en son genre, Caligula avait inauguré l’Empire Bling-Bling.

Caligula bling-bling

L’incroyable trogne de Caligula six mois plus tard, tout doré, façon bling-bling

Mais qu’est-ce que l’Empire bling-bling ?

Si Caligula passe au bling-bling, c’est parce qu’il ne cherche plus à être respecté en tant que leader politique, mais adulé pour lui-même. Avec Caligula sur le trône, l’Empire n’est plus un spectacle qui tourne autour de Rome au travers de l’empereur, mais un show entièrement centré sur l’empereur et où Rome et la collectivité disparaissent d’un seul coup.

Trois exemples :

- Caligula se fâche quand, au cirque, les bestioles dentues et griffues -ou les éventrés eux-mêmes- attirent tellement l’attention qu’on ne le regarde plus, lui. Vengeance : en plein cagnard, il fait retirer la toile qui protège l’innombrable assistance du soleil, et laisse le peuple sécher une journé entière, pendant qu’il sirote tranquillement des cervoises fraîches dans sa loge privée, en compagnie de deux douzaines de pouffes, bien fraîches elles aussi. Ceux qui essaient de sortir sont illico balancés dans l’arène. Grand principe Barnumo-bling-bling : ne jamais se faire piquer la vedette.

 

- Pour se faire bien voir, Caligula décide de monter sur le toit de la basilique julienne, et passe plusieurs jours à balancer du pognon à pleines poignées sur la foule en délire. Trois siècles plus tard, on en rêvait encore… Grand principe Barnumo-bling-bling : faire appel à la cupidité puis mettre en scène son assouvissement de la manière la plus tapageuse possible.

 

- Caligula aime manger pour cher. C’est la mode. Faisans fourrés à la murène, cochons farcis aux oursins, belettes rôties au safran etc., cf. Pétrone et le Satiricon. Mais comment manger pour plus cher que cher ? Solution : faire fondre des perles énormes à plusieurs millions de sesterces la pièce dans du vinaigre, et boire le breuvage. Grand principe Barnumo-bling-bling : claquer son fric devant tout le monde, comme un prince, mais dans des dépenses ineptes.

 

Les présentations sont faites. La semaine prochaine verra donc monter sur le ring Caligula, maître du bling-bling antique, et son nouveau rival contemporain…

 

La semaine prochaine : Caligula VS. Sarkozy : le fight ! (à lire ici)

 

 

 

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2 Responses to “De l’empereur Caligula comme hypostase antique du Barnum”

  1. Sarkozy et Caligula - bling bling antique et vulgarité contemporaine : le fight ! | Le Grand Barnum writes:

    [...] N. Sarkozy, face à la force de frappe du World Travelling Fair and Egyptian Pornodrome, Caligula, avec ses légions, tremble… Il tombe néanmoins la toge et s’équipe, corps huilé, [...]

  2. location ile de ré writes:

    location ile de ré…

    [...]De l’empereur Caligula comme hypostase antique du Barnum | Le Grand Barnum[...]…