Jean Sarkozy renonce à l’EPAD: démocratie sauvée ou népotisme dénudé?

0000-1321-4barnum-and-bailey-cleopatra-postersUne grande flatulence de soulagement secoue les tripes du pays tout entier. Le scandale s’achève. Dans sa grande sagesse, Jean Sarkozy renonce à briguer la présidence de l’EPAD et démontre au peuple abasourdi qu’il a vraiment la carrure d’un grand: lucide, ouvert, clairvoyant et pondéré.

Sonnez trompettes! Chantez, thuriféraires! Tombez, culottes! Circulez, discours tout préparés et confiés à chaque membre du gouvernement pour être régurgités sur les ondes et dans les oreilles rétives des malheureux citoyens!

Le fils du Grand Homme est un Grand Homme! Son népotisme écœurant, sa morgue ridicule, ses prétentions démesurées, son mépris du principe d’égalité qui devrait présider au fonctionnement de l’État, son parcours universitaire misérable, tout cela est oublié, puisqu’il a renoncé! Nouveau Cincinnatus, il quitte le pouvoir et ses jouissances pour retrouver son existence modeste – mais quand même menée aux frais du contribuable.

Quel homme! Quel Dauphin! Quel avenir radieux pour la France! Libé nous fournit un petit florilège laxatif des éructations élogieuses qui fleurissent un peu partout. Isabelle Balkany, fanal du génie français, regrette ce beau jeune homme qui aurait fait un sacré président! D’ailleurs,

il a administré la preuve de la force de ses convictions, de son talent et de sa maturité.

Vraiment, il aurait pu, il aurait dû être président. Pas question de lâcher un centimètre! Lefebvre dans le texte maintenant:

Je crois que les millions de Français qui l’ont écouté aujourd’hui ont compris ce soir pour quelle raison la majorité UMP-Nouveau centre du département était derrière lui et considère qu’il a parfaitement la légitimité, la maturité, il en a fait la preuve ce soir, pour être candidat.

Son adjoint au cirage mouille aussi la chemise et se crache dans les mains pour que le moindre bouton de manchette brille de tous ses éclats:

Je suis convaincu que les Français qui doutaient de sa valeur personnelle ont pu vérifier ce soir à travers ses propos son sens de l’intérêt général, sa stature et son talent.

Apparu, maintenant, approximations linguistiques comprises (pauvre homme, pauvre langue!):

C’est une décision courageuse qui fait preuve d’une grande maturité politique.

Et pour Hortefeux, parrain du petit et homme de goût, la prestation du jeune Césarion,

c’est un moment qui suscite le respect.

Peuple imbécile, tu ne sais pas voir ton propre intérêt: le jeune homme était mature, il en a donné la preuve, il a beaucoup de talent. Mais il a écouté tes plaintes, et a préféré céder devant ton refus obstiné et ta connerie crasse.

Car comme son papa, Jean a tendu l’oreille vers la plèbe, et il a compris. Comme son papa, Jean a changé pour devenir un autre homme, celui que les Français attendent. Comme son papa, Jean a sorti son martinet et s’en est fouetté en cadence, car des erreurs comme celle-là, il n’en commettra plus jamais jamais:

Moi j’ai beaucoup écouté, j’ai beaucoup réfléchi, et je ne veux pas d’une victoire qui porte le poids d’un tel soupçon.

Et comme son Papa, Jean emploie le brave Guaino pour envoyer dans les dents du téléspectateur de belles formules bien balancées qui feront grogner de joie l’UMPiste de base, amoureux qu’il est du bon français. Le brave téléspectateur mesurera, au rythme des cadences et au son des polyptotes tout droit sortis du second Empire, la température de la flamme qui brûle en ce brave garçon:

Ma passion pour l’engagement politique est inaltérée parce que, David Pujadas, elle est inaltérable.

La presse est elle aussi rassurée. Contrainte par les évènements à critiquer Notre Président, elle va pouvoir cesser de tremper son bénard, retrouver son calme habituel et ressortir son instrument de prédilection: la brosse à reluire. Tendez l’oreille: le bruissement râpeux des langues s’agitant frénétiquement sur les souliers du pouvoir se fait déjà entendre. Le Prince Jean a entendu nos critiques! Comme nous sommes puissants, nous les courageux plumitifs, nous avons fait changer de cap à la locomotive du pouvoir! Et comme les Sarkozy sont démocrates! Ils écoutent leur peuple et font tout pour le contenter…

Quant aux motivés ahuris et mobilisés de toute sorte, ils s’applaudissent eux-mêmes, parce que bien sûr, ils ont gagné! La mobilisation citoyenne, ça marche, nous disent-ils en s’admirant dans la glace et en appelant leurs potes pour s’auto-congratuler.

Bref, on l’aura maintenant compris: 1. un grand dirigeant nous est né ; 2. la démocratie est bel et bien sauvée.

Et voilà comment un gommeux – en situation d’échec universitaire (qui prouve ainsi la complète inutilité du grotesque Plan réussite en licence mis en place par Pécresse pour aider les malheureux étudiants qui loupent leurs partiels), sans la moindre expérience et possédant pour toute légitimité un mandat obtenu dans le fief même que son père aura personnellement dirigé de son entrée en politique jusqu’à son élection à la présidence de la République – va se retrouver administrateur de la plus grande structure d’aménagement du pays sous les applaudissements convulsifs d’un peuple leurré qui portera aux nues sa « modération ».

Car certes, le Prince Jean ne sera pas président de l’EPAD. Mais il sera malgré tout administrateur. Une nomination – maquillée sous le nom grotesque d’élection alors même que ce sont ses pairs umpistes, dont l’avenir est suspendu au bon plaisir de Papa, qui vont lui offrir ce poste et les émoluments qui l’accompagnent – qui, il y a quinze jours, aurait suscité un gigantesque tollé. Mais il y a eu pire, depuis, bien pire, puisque l’héritier a brigué la présidence. Voilà qu’il se contente de la place du dessous: c’est qu’il est modeste, et respectueux des institutions! On le trouverait presque timide…

La vieille technique sarkozyste de la porte-au-nez fonctionne une fois encore à plein: proposer quelque chose d’énorme, et calmer les braillements de la populace en allant un peu moins loin que prévu. Aussitôt satisfaite, ladite populace défile au son du tambour en savourant sa victoire. Parce que, voyez-vous, un poste d’administrateur de l’EPAD, ça n’est normalement pas plus accessible à un redoublant prenant racine en licence 2 (à l’âge où d’autres commencent leur doctorat)  que ne l’est le poste de président. Simple administrateur ou président, le problème est exactement le même, et en guise de reculade et de respect des institutions, on assiste tout simplement à un affinement du népotisme. Applaudissons, il ne sera pas président! Applaudissons, il sera quand même dans la place!

Ou comment le sarkozysme parvient à retourner un scandale politique et une obscénité dynastique en démonstration d’intégrité.

Comme pour l’affaire Hortefeux et tous les scandales précédents, il n’y a donc plus qu’à fermer le ban. Il n’y a plus de scandale. Il n’y en a d’ailleurs jamais eu.

Il y a seulement du talent, de la maturité et de l’énergie. Et aussi beaucoup de vertu.

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5 Responses to “Jean Sarkozy renonce à l’EPAD: démocratie sauvée ou népotisme dénudé?”

  1. Twitted by Blogs_Kiwis writes:

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  2. Le Juge Ti writes:

    Si je comprends bien, tout le monde est content : les sectateurs de Jean Sarkozy, qui y voient une confirmation des éminentes qualités du jeune homme, mais aussi les opposants, satisfaits de ce qu’ils nomment « victoire », terme parfaitement incongru ici, comme vous le montrez brillamment, cher Grand Barnum.
    En les écoutant, je me surprends à être d’accord avec Jules Renard quand il écrit : « Il faut avoir de grosses illusions bien grasses : on a moins de peine à les nourrir »

  3. Dartagnons writes:

    Lzq

  4. Esprit Critique writes:

    Et je pense que je jeune homme va encore gagner des galons de maturité quand va naître son divin enfant dans quelques semaines…
    On n’a pas fini d’en entendre parler…

  5. môssieu Loyal writes:

    j’ai du mal à vous suivre, Monsieur Barnum, là où vous parlez de « la vieille technique sarkozyste » qui consiste à « proposer quelque chose d’énorme, et calmer les braillements de la populace en allant un peu moins loin que prévu » : cette technique était déjà parfaitement rôdée, du temps du célèbre escroc Jacques C. ! Je vous en conjure, Monsieur Barnum : ne faites pas au petit-merdeux (je parle ici bien sûr au nom du Père, et non du Fils) l’inespéré cadeau, de laisser croire que la putréfaction a commencé d’exister avec lui !