La révolte des Universités, Luc Cédelle et la pauvreté de l’amalgame

circus019Luc Cédelle, journaliste au Monde et spécialiste de tout ce qui touche à l’éducation, n’apprécie pas que des malotrus aient l’insigne culot de ne pas accepter sans souffler mot les reportages un rien orientés que son employeur consacre au mouvement des universitaires.

Désireux de prouver la bonne foi et l’ouverture d’esprit qui caractérisent nécessairement tous ceux qui nous font bénéficier de leurs lumières par l’intermédiaire du Monde, Luc Cédelle a jugé bon de s’en prendre au billet, fort lu au demeurant, que j’avais consacré à l’article de Christian Bonrepaux, Benoît Floc’h et Catherine Rollot, article dans lequel ces trois grands reporters démontraient, avec une objectivité sans faille, que la mobilisation des Universités était nuisible à leur « image ».

Tout à sa quête de rigueur journalistique, M. Cédelle n’hésite pas à dégainer l’arme ultime: à ses yeux, le titre de ce billet, auquel il renvoie après maints anathèmes et circonlocutions destinés à faire naître l’indignation du lecteur bénévole, dénote des orientations fascisantes! Vous ne rêvez pas, bienvenue vingt ans en arrière: le titre de mon billet,  (Nicolas Sarkozy, la destruction de l’Université et le choléra mental du journal Le Monde) évoque à M. Cédelle un article de Louis Pauwels, et l’expression « sida mental » qu’il contenait. Louis Pauwels, homme de droite très à droite notoire, proche du GRECE… Excusez du peu.

Pas un mot sur le fond du billet, évidemment: quelques bons sous entendus (« Dans le champ des idées, les accidents arrivent plus vite qu’on ne croit »), un soupçon de théorie du complot (« Cette personne n’a pas l’air toute seule ») et d’appel à la délation (« quelqu’un que je n’ai pas encore (mais est-ce, après tout, nécessaire ?) identifié sous un nom »), voilà qui est bien suffisant. Et puis un titre… Un titre qui dit tout du fond fascistoïde de ceux qui osent  ne pas saluer bien bas tout ce que Le Monde déballe dans ses pages.

Cher monsieur Cédelle, hélas pour vous, derrière ce titre et ce que vous en faites, il y a un billet, dont n’importe quel lecteur comprendra qu’il n’a pas grand chose à voir avec Pauwels, qui encombre visiblement davantage vos neurones que les miens. Il faut d’ailleurs une bonne dose de perversion pour comparer un billet critiquant ceux qui traitent avec mépris le mouvement des universitaires à un article vomissant ceux qui descendaient dans la rue contre Devaquet. Bref, quand la réalité dérange, on se raccroche au lexique, quitte à le tordre un peu, quitte à faire mentir le texte… Voilà qui redore votre blason aux yeux de tous, soyez en sûr.

Et puisqu’il est question de « culture », décidément mise à toutes les sauces, vous apprendrez qu’autrefois, il y a bien longtemps, lorsque Le Monde n’éclairait pas encore la terre obscure de son fanal, on considérait que le choléra venait de la bile, et n’avait rien à voir avec Pauwels et son « sida mental » que vous avez cru judicieux d’exhumer. Que voulez-vous, en tant que journaliste, votre univers intellectuel vous pousse à faire des liens d’un article de presse à l’autre.  Pour nous autres, manants, le monde, le vrai, est fait de liens un tantinet plus divers…

La bile, mais pourquoi donc? Allons, vous le savez bien, il s’agit de celle que l’on distille, jour après jour, dans les colonnes de votre journal dès qu’il s’agit de traiter du mouvement des universitaires. Cette bile que le lecteur moyen que je suis ne parvient plus à supporter.

Vous voilà donc cultivé pour de bon, cher monsieur Cédelle, et rassuré j’en suis sûr, quant au sens de ce titre. Pour nourrir votre blog certifié sans fautes d’orthographes, vous pouvez maintenant parcourir le mien pour y retrouver d’autres usages obscènes de l’adjectif « mental ». Que direz-vous, par exemple, de « porcherie mentale« ? Quel est le nazillon qui vous permettra de dresser à nouveau une comparaison éclairante?

Concluons en notant que si les « reportages » consacrés aux universités et aux enseignants-chercheurs sont aussi léchés que vos billets d’humeur, les lecteurs du Monde, dont je ne suis plus, en ont vraiment pour leur argent…

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10 Responses to “La révolte des Universités, Luc Cédelle et la pauvreté de l’amalgame”

  1. Crapaud Rouge writes:

    C’est le propre des images (mentales!) de s’appuyer sur des signifiants concrets, sinon images il n’y a point. « sida mental » et « choléra mental » ne sont pas des formules choquantes, sauf à les amalgamer au « sidaïque » de Le Pen. Parler de « choléra mental » à propos du Monde est d’autant plus naturel que ce journal est effectivement atteint du « bacille du libéralisme », lequel affecte la façon de penser et de considérer la réalité.

    Notons que la comparaison de Pauwels, dans l’extrait cité par Cédelle, est plutôt maladroite : « C’est une jeunesse atteinte d’un sida mental. Elle a perdu ses immunités naturelles ; tous les virus décomposants l’atteignent. » : l’immunité, on l’a ou on ne l’a pas, elle n’est pas plurielle; et les virus ne sont pas « décomposants », il confond avec les bactéries.

  2. LGB writes:

    Le Juge Ti me signale à l’instant que M. Cédelle devrait aussi s’en prendre à l’auteur de l’article « Affaire Dreyfus : chasser les miasmes » publié dans Libé en 2006, qui, lui aussi, parlait de « choléra mental » à propos de l’antidreyfusisme: à lire ici

    M. Cédelle, il va falloir vous trouver d’autres références…

  3. Le Juge Ti writes:

    Amalgame et théorie du complot, voilà qui est tout à fait nauséabond. Ce billet est affligeant, dans ses procédés comme dans son contenu. On est consterné qu’une explication de texte soit nécessaire. Pour enfoncer le clou, je citerai seulement l’un de vos commentaires, auquel je souscris : « Heureusement que le sens des mots ne sort pas tout habillé du dictionnaire! »

  4. Blero writes:

    Ça fait bien longtemps que je ne considère plus le Monde comme un journal de référence (auto proclamé?), et ce que je lis ici me le confirme…
    D’un autre côté, je trouve ça rassurant, cette disparition de cette « pseudo » référence journalistique. Je préfère un article honnête et documenté, même s’il ne va pas dans mon sens, à toute logorrhée partisane. A chacun ensuite de réfléchir à ce qu’on apprend…
    Mais je suis peut-être trop utopique…

    En tout cas, merci pour cet espace, môssieur (?) LGB

  5. TRANIER Jacques writes:

    Il y a longtemps que « Le Monde » a perdu sa prétention à être « un journal de référence ». Quelle que soit l’issue de la partie de bras de fer engagée par nombre d’universitaires avec un gouvernement de ministres obtus, incompétents et arrogants, guidés uniquement par une foi aveugle dans les vertus du néo-libéralisme (que le journal semble partager, apparemment), un des grands perdants sera … »Le Monde »
    Jacques Tranier, Maître de conférences (anglais)

  6. narvic writes:

    Je ne parviens pas à me souvenir du nom de ce dessinateur de presse facétieux, qui avait répondu de manière assassine à Pauwels et son sida mental, en dessinant un homme gisant à terre, qui s’était recouvert la tête d’un préservatif. La légende disait quelque chose du genre : Pauwels meurt asphyxié en tentant de se protéger du sida mental…

    Cela dit, et quoi que je pense par ailleurs du sujete intial, ce choléra mental me fait moi-aussi penser au sida mental. L’un se transmet par l’eau, l’autre par le sang et le sperme. Sur le net, l’information elle-aussi n’est-elle pas devenue liquide ?

  7. Michel R. writes:

    Les spécialistes de l’Education au journal Le Monde ont une longue tradition d’hostilité aux profs derrière eux, surtout aux profs qui se réclament d’une certaine tradition républicaine et positiviste. Du temps de Gérard Courtois et de Jean-Philippe Dumay, cette attitude systématique frisait la pure et simple mauvaise foi. Mais à l’époque peu se souciaient de cette malhonnêteté chronique sur un sujet sociétal de seconde zone où on se contentait de faire la peau des profs du secondaire. Le Monde a sonné l’hallali contre eux pendant plus de trente ans tout en vantant la marchandise avariée de tous les camelots de la pédagogie rénovée et du modernisme cognitif. Je passe sous silence la ligne éditoriale constante du Monde de l’Education, magazine stupide qui a servi la soupe à tous les docteurs Folamour des Sciences de l’Education. L’existence de la ridicule 70 ème section du CNU doit beaucoup à cette propagande dont on cherche toujours, et en vain, les motivations exactes. Pourquoi Philippe Meirieu et François Dubet, penseurs creux s’il en est, ont-ils toujours eu leur rond de serviette dans les chroniques du Monde ? Mystère.
    Que ce soit désormais le tour des enseignants du Supérieur est dans la continuité logique des supérieur et cela ne consolera personne. Cela dit les enseignants du supérieur paient aujourd’hui leur indifférence un peu méprisante à l’égard de leurs confrères du secondaire et du sort qui leur était fait et à l’égard d’un second cycle qui par tradition était le socle de notre système scolaire.

  8. Michel R. writes:

    Les spécialistes de l’Education au journal Le Monde ont une longue tradition d’hostilité aux profs derrière eux, surtout aux profs qui se réclament d’une certaine tradition républicaine et positiviste. Du temps de Gérard Courtois et de Jean-Philippe Dumay, cette attitude systématique frisait la pure et simple mauvaise foi. Mais à l’époque peu se souciaient de cette malhonnêteté chronique sur un sujet sociétal de seconde zone où on se contentait de faire la peau des profs du secondaire. Le Monde a sonné l’hallali contre eux pendant plus de trente ans tout en vantant la marchandise avariée de tous les camelots de la pédagogie rénovée et du modernisme cognitif. Je passe sous silence la ligne éditoriale constante du Monde de l’Education, magazine stupide qui a servi la soupe à tous les docteurs Folamour des Sciences de l’Education. L’existence de la ridicule 70 ème section du CNU doit beaucoup à cette propagande dont on cherche toujours, et en vain, les motivations exactes. Pourquoi Philippe Meirieu et François Dubet, penseurs creux s’il en est, ont-ils toujours eu leur rond de serviette dans les chroniques du Monde ? Mystère.
    Que ce soit désormais le tour des enseignants du Supérieur est dans la continuité logique des choses et cela ne consolera personne. Cela dit les enseignants du supérieur paient aujourd’hui leur indifférence un peu méprisante à l’égard de leurs confrères du secondaire et du sort qui leur était fait et à l’égard d’un second cycle qui par tradition était le socle de notre système scolaire.

  9. môssieu Loyal writes:

    Monsieur Barnum je vous signale une petite erreur dans l’article paru en 2006 dans Libé (et qu’en son temps un élément de notre petite troupe avait signalée à Germain Latour, qui lui a gentiment répondu) : « Le 31 janvier 1994, dans une publication de l’armée, le Sirpa Actualités, sous la signature et la responsabilité du colonel Paul Gaujac paraissait un article mettant sérieusement en doute l’innocence de Dreyfus. Certes, le ministre de la Défense de l’époque mit immédiatement fin aux fonctions du colonel ». Vous aurez sans doute rectifié vous-même, Monsieur Barnum : en France, on ne révoque pas un colonel ! Tout cela n’était que cinéma et publicité du nommé François Léotard, qui à l’heure où Mitterrand était en partance cherchait à récupérer les voix des éléments les plus crédules de la « communauté juive » pour le compte de la droite. Mais il va de soi que ce licenciement était cosmétique et que depuis longtemps le colonel G. (dont je me refuse à citer le nom, puisque même si elle fut bidon c’est quand même une « sanction annulée » !) a retrouvé son poste, et ne se cache d’ailleurs de rien…

  10. luc nemeth writes:

    … il en faudrait plus toutefois pour décourager le dreyfusologue-de-service des Ed. Larousse, qui dans la nouvelle édition du livre paru sous le titre « L’affaire Dreyfus » continue de propager imperturbablement (p. 218 et p. 236) ce bobard de la révocation du colonel !