Le délicat réconfort du féminisme sarkozyste

birthcolorQu’on se le dise, Notre Président est un homme qui n’hésite pas à attaquer frontalement l’épineux problème de la domination masculine.

Grand lecteur de Bourdieu et de Christine Delphy, admirateur de toujours des Guerilla Girls, pourfendeur des clichés machistes (l’homme fort protégeant la femme-enfant, la virilité etc.), Nicolas Sarkozy a toujours su manifester devant les manants les hautes exigences qui l’animent en matière de problématiques de genre. Bon, il y a bien eu quelques écarts, comme:

Il est sain de faire du sport même quand on a des journées très chargées comme moi et Carlita : faites du sport. On adore ça. Je fais 2 à 3 fois par semaine 58 à 62 minutes de jogging. Sauf le week-end dernier, je n’ai pas pu en faire, parce que je me suis marié et j’ai dû assurer.

Rapporté par Le Canard, 13 février 2008

ou comme, toujours à propos de sa nouvelle conquête:

Vous avez vu comme elle est belle ! Et puis, elle en a là-haut. Ca me change

Face à T. Blair, 23 janvier 2008

Mais que voulez-vous, il faut parfois flatter l’adjudant Kronenbourg, qui, même chargé à 3 grammes 5, demeure quand même un électeur…

Bref, ces incartades mises à part, Nicolas Sarkozy est un féministe véritable, version amérique des années 50. Et le grotesque raout d’il y a quinze jours lui  a donné l’occasion de le rappeler à moindres frais.

Car dans la France sarkozyste, les problèmes réels manquent cruellement. L’économie se porte comme un charme, les enseignants acceptent de se faire virer sans moufter, la justice est progressivement muselée, les Universités mises à sac et les libertés publiques piétinées pendant que le badaud applaudi. Il est donc grand temps de trouver un drame à traiter.

Plutôt que de lutter contre des inégalités qui touchent des millions de femmes, flattons donc nos bonnes consciences de Mâles Blancs en pourfendant sans relâche – et  surtout sans risque – un symbole d’oppression qui pourrit la vie de 250  d’entre elles, tout en prenant grand soin de laisser de côté les problèmes réels qui en affligent des millions d’autres. Pensez donc: jouer au féminisme tout en permettant aux Petits Blancs de gonfler leurs pectoraux chétifs et d’affirmer la supériorité de l’Occident civilisateur, voilà une occasion qui ne se présente pas tous les jours.

Car être féministe, pour Nicolas Sarkozy, se résume à une attitude simple, élégante et pratique. Non pas éviter les clichés machistes les plus gras. Non pas prendre soin de conserver des femmes dans son gouvernement lors du remaniement. Non, pensez donc. Être féministe est une chose beaucoup moins contraignante pour le jeu politique et la gestion de l’inconscient. Être féministe, c’est arracher les burqas — ardente nécessité devant laquelle il est interdit de faiblir si l’on ne veut pas que la poitrine de notre belle Marianne ne soit bientôt couverte du voile ignoble de l’oppression islamiste.

Marianne dans 10 ans si Notre Président ne nous défend pas contre l'infâme influence des salafiste déchaînés
Marianne dans 10 ans si Notre Président ne nous défend pas courageusement contre l’influence délétère des excités salafistes

Dans le pays des droits de l’homme — selon la rhétorique automatique consacrée —, comment tolérer, en effet, que le féminisme si profondément ancré dans les gênes de l’Homme Blanc puisse être bafoué par une bande de barbus crasseux décidés à entraver la totale liberté, l’absolu respect et la surprenante égalité dont jouissent sans restriction toutes les femmes vivant dans l’hexagone?

Dans un pays où, en 2003,  82% des actifs travaillant à temps partiel étaient des femmes, dans un pays où, sur  l’ensemble des femmes actives, 29,8% n’avaient pas droit à un temps complet (contre 5,4 % des hommes), comment tolérer qu’un morceau de tissu prétende proclamer aux yeux de tous une infériorité fantasmée par  l’Islam et dont l’Homme Blanc sait bien qu’elle n’existerait pas chez lui si l’homme musulman faisait un effort pour être un tout petit peu moins borné et rétrograde?

Dans un pays où 78% des emplois non-qualifiés sont occupés par des femmes, comment tolérer qu’on empêche une femme d’aller toucher son salaire de merde  au MacDo du coin en lui collant une grille devant les yeux qui la fera  se brûler avec l’huile des frites grasses et le jus d’un steak haché d’ailleurs même pas hallal?

La prochaine robe de Carla Bruni si la France faiblit sur les expulsions
La prochaine robe de Carla Bruni à la Garden Party du 14 juillet si la France commet l’erreur fatale de faiblir sur les expulsions

Dans un pays où « tous temps de travail confondus, les salaires des femmes équivalent en moyenne à 73 % de celui des hommes, selon les données 2006 publiées par le ministère du travail » (cf. l’Observatoire des inégalités), et où « Les femmes touchent donc 27 % de moins que les hommes ou, vu autrement, les hommes touchent 37 % de plus », comment tolérer qu’on impose une ponction de salaire supplémentaire aux malheureuses créatures contraintes de prélever sur leur maigre écot de quoi se payer le voile pudique qui doit recouvrir leurs chaleurs interdites?

Dans un pays où la domination s’exerce à triple ressort – la race, le genre, la classe sociale -, et où une femme pauvre et noire se retrouve donc nécessairement au bas de l’échelle (discriminée comme noire, méprisée comme pauvre et dominée comme femme), comment tolérer en effet qu’on porte atteinte à la formidable égalité que garantit le gros Darcos et son risible ministère?

La prochaine élection de Miss France si on laisse faire les barbus
La prochaine élection de Miss France si on laisse faire les barbus

Eh bien c’est simple : on ne peut pas le tolérer! Construisons nos moulins, enfourchons nos Rossinantes et chargeons sabre au clair pour défendre le féminisme  présidentiel! Reconstruisons le réel et affrontons les menaces qu’il nous promet derrière le voile épais des burqas propagandistes! Excitons les peurs et les indignations soldées en faisant hurler sur la même gamme Minute, Le Monde et Marianne!

On sera sûr, de surcroît, que la presse battra des mains, que les carpettes journalistiques applaudiront aux deux ou trois gros concepts martelés jour après jour, que les intellectuels médiatiques se sentiront investis d’une mission civilisatrice essentielle et, s’ils prennent la peine de déféquer un petit essai vite écrit par un autre, lucrative.

Le tour de France bientôt bousillé par la propagande des talibans

Le tour de France bientôt bousillé par la propagande des talibans

Mais ce qui ne fait pas l’ombre d’un doute, c’est que le bon peuple pourra à nouveau se dresser sur ses ergots, ce qui ne fait jamais de mal pour alimenter une propagande en sérieuse perte de vitesse.

Allons, tous fiers d’être  Français, séducteurs, couillus, experts en techniques pelviennes comme Notre Président et, bien sûr, amis des femmes!

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6 Responses to “Le délicat réconfort du féminisme sarkozyste”

  1. Javi writes:

    Aaaah! Enfin de quoi rigoler un bon coup. Merci pour ce billet, et sus aux Burqa qui infestent le 7ème arrondissement parisien.

  2. môssieu loyal writes:

    je vous trouve fort injuste, Monsieur Barnum. Même que, dans sa générosité qui ne date pas d’hier, Sarkozy de Nagy-Bouglione ne voit pas d’inconvénient à ce que les femmes fassent du shoping. Et, s’exprimant à propos du travail dominical, il a eu cet accès d’indignation, émouvant :

    « Est-il normal, que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir? »
    (Le Monde, 7 juillet)

  3. Seb writes:

    LGB, vous n’avez rien compris. Lorsque Nicolas Sarkozy affirmait n’avoir pas pu faire de sport le week-end dernier parce qu’il était marié, il ne sous-entendait pas ce vous sous-entendiez : simplement, comme dans n’importe quel couple moderne, il se devait d’assumer son tour de rôle des taches ménagères ! Et cela prend du temps ! Avouez que votre persiflage ne résiste pas à mon raisonnement, n’est-ce pas ?

  4. pièce détachée writes:

    L’irrésistible raisonnement de Seb est confirmé par la remarque de Sarkozy : Carla, «elle en a là-haut».

    «Là-haut», c’est bien évidemment dans le cervelet, voyons.

  5. Paul Laurendeau writes:

    Il est de plus en plus observable qu’il existe un féminisme de droite

    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/10/15/sur-le-feminisme-de-droite/

    Nier cette sorte de « consécration » sociale du féminisme, c’est quand même un peu se mentir…
    Paul Laurendeau

  6. LGB writes:

    Un féminisme de droite, pourquoi pas. Disons simplement que Nicolas Sarkozy ne le représente pas particulièrement bien…