L’ego sarkozyste et la justice: la minute lexicale du barnum

Les Oies du Barnum !Notre Président a prononcé un bien beau discours, le 7 janvier dernier, sous les ors de la Cour de Cassation. Un bien beau monologue, que Le Grand Barnum vous propose de décortiquer sous vos yeux ébahis, en quelques coups de lexicométrie, histoire de rire un peu.

Ce bien beau discours, digne de passer à la postérité, contient 3666 mots, qui représentent 1066 formes lexicales différentes.

Sur ces 3666 mots, le pronom « je » apparaît 44 fois, le pronom « j’ » apparaît 15 fois, le pronom « me » apparaît 8 fois. 67 occurrences au total.

Et alors, me direz-vous? Eh bien, on peut rapporter tout cela au reste du discours. Et figurez-vous qu’il n’y a que trois mots qui soient davantage employés que l’expression du sujet dans ce texte.

Sans surprise, le mot de loin le plus employé est la préposition « de » : 187 occurrences. Puis viennent « la » (124), à (74), « le » (72). Autant d’occurrences non signifiantes donc, purement grammaticales. C’est le cas dans tous les textes.

Si on cherche le premier mot signifiant qui, dans ce beau discours, approche de « je » en nombre d’occurrences, on tombe sur « justice ». Ah, me direz-vous, Notre Président parle donc bien de la justice dans ce discours! Certes: 24 occurrences du terme. Comme pour nous faire comprendre que le sujet est moins la justice que l’ego de Nicolas Sarkozy face à la justice. On retrouvera ensuite des termes comme « juge d’instruction » (6 fois), « parquet » (2 fois) ou « police » (1 fois). Une misère.

Petits passages typiques:

J’ai réellement confiance dans la justice. Au risque d’être mal compris, je dirai que j’ai confiance en elle car je n’en ai pas peur. A chaque fois que j’ai eu à constater un dysfonctionnement, je l’ai dénoncé non pas pour stigmatiser l’institution judiciaire mais pour qu’elle trouve en elle-même les moyens de le résoudre. Qui niera que j’ai été le plus souvent entendu ?

Nul ne pourra contester non plus que lorsque dans ma vie privée ou publique j’ai été l’objet d’accusations fallacieuses ou d’instrumentalisations intéressées, c’est à la justice que j’ai demandé protection et réparation. Comme tous les Français, je veux quand il est mis en cause, que mon bon droit soit reconnu.

Même au moment d’annoncer une réforme aussi énorme que scandaleuse, pas moyen d’effacer son moi, et tout ce qu’il trimballe: je n’ai pas peur de vous, j’ai souffert, j’ai dénoncé, j’ai confiance (mais vraiment, hein), j’ai été entendu, je suis gai, je suis triste, j’ai mal au crâne, j’ai une vie formidable, je veux, je veux, je veux, je veux…

Voilà pour le moins un discours hyperembrayé, où le locuteur déborde de partout. On l’aura compris, la justice, c’est son affaire, la réforme, c’est la sienne, la politique, c’est la sienne, sa parole, c’est la sienne…

D’ailleurs, figurez vous que Nicolas Sarkozy, dans son discours, est toujours un sujet. Je m’explique: lorsque le pronom objet « me » est employé, il apparaît 6 fois sur 8 dans une structure réfléchie, sur le mode:

Je me garderai bien d’une telle affirmation.
Il n’était pas conforme à l’idée que je me fais de l’équilibre de nos institutions
C’est pourquoi, je me réjouis que le Parlement ait compris
les quelques excès contre lesquels je me suis élevé quand c’était nécessaire, ce

Tout comme le roi n’était pas un sujet, Nicolas Sarkozy n’est pas un objet. Pas de « me » sans « je »! Notre Président occupe dans son discours la place qui est la sienne: jamais il n’apprend ou ne reçoit quelque chose, jamais il ne se trouve dans une position autre que celle de sujet.

C’est qu’il est le chef, et qu’on n’a pas intérêt à l’oublier!

Similar Posts:

  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • Furl
  • Technorati
  • Wikio FR

4 Responses to “L’ego sarkozyste et la justice: la minute lexicale du barnum”

  1. Le Juge Ti writes:

    … et nécessaire.

    La démonstration est magistrale.

  2. Ysabeau writes:

    Il est le chef, mais pas très royal. A quand un « nous » de majesté, si tant est qu’il sache ce que c’est évidemment.

  3. Luc Nemeth writes:

    les scatologues, pardon je voulais dire les sarkologues, auront aussi relevé dans ce bien beau discours un propos qui trahit chez le locuteur une plaie jamais refermée : à un endroit il est question de critiques qui « trouvent leur origine dans un syndrome syndical né de l’après 68″ (sic).

  4. Le Juge Ti writes:

    Grâce au Grand Barnum, c’est avec une oreille désormais aiguisée que j’ai écouté la suite des vœux présidentiels. Autant dire que l’analyse vaut aussi pour les discours au « monde de l’éducation » ou au « monde de la culture », comme on dit. Avec Sarkozy, le sens du mot « florilège » perd son sens, il faudrait tout citer ; mais cette phrase, à propos de la pub sur le service public, a retenu mon attention : « et je voudrais vous dire combien je suis heureux de la capacité d’adaptation de l’audiovisuel public, et voyez-vous, cela restera certainement, chère Christine Albanel, comme une des grandes réformes de mon quinquennat ».
    Où l’on voir que même lorsqu’il s’adresse à l’une de ses ministres, il part de lui pour revenir à lui. La phrase rend dès lors un son pour le moins curieux.

    Euh, doit-on conclure que la culture, c’est aussi son affaire ?