Nicolas Sarkozy distribue ses étrennes selon les mérites de chacun

Dans une ploutocratie bien gérée, les puissants savent adapter les récompenses, les dons et les honneurs qu’ils distribuent auplongeondubarnum statut de ceux qui les reçoivent.

À sa femme de chambre, Madame la Comtesse offre ses vieilles godasses. Pour sa cousine la baronne, elle va chez Louboutun. Dans les deux cas, elle a la conscience tranquille: elle a fait ce qu’il fallait pour flatter chacun. Les âmes pauvres attendent moins que les autres parce qu’elles savent se satisfaire de peu et ont la reconnaissance facile. Et, mon Dieu, ce n’est pas chose simple que d’entrer dans les méandres d’âmes moins élevées -et moins riches- que la vôtre. Savoir ce qui fait plaisir aux classes inférieures, voilà la marque d’une âme bien née…

Nicolas Sarkozy, comme madame la Comtesse, n’est pas un homme avare quand il s’agir de distribuer les honneurs. Comme elle, il sait lire les affects des braves ploucos qui ne lui ressemblent pas. Comme elle, il tient un compte précis de ses largesses et sait donner à chacun ce qui saura le flatter à la mesure de son niveau social et du bon -ou mauvais- goût qui s’y trouve évidemment lié. Du beau pour les riches, des rognures pour les pauvres.

Ainsi, Nicolas Sarkozy a reçu le 1er janvier des

personnes ayant travaillé durant la nuit de la Saint-Sylvestre afin d’assurer la continuité des services essentiels à la population. À travers ces personnes, le chef de l’Etat souhaite rendre hommage à toutes celles et à tous ceux qui sont restés mobilisés durant les derniers jours de l’année et qui, par leur travail et leur dévouement, ont permis aux Français de passer de bonnes fêtes de fin d’année.

La récompense sut donner tout leur éclat aux services rendus: quelques tapes dans le dos des travailleurs dévoués et des fonctionnaires crasseux qui grèvent le budget de l’État. Honneur formidable, à la hauteur de la bassesse des individus concernés: Notre Président leur a donné la possibilité extraordinaire de toucher du doigt les ors du pouvoir et le monde des puissants, de sentir dans les couloirs de l’Elysée les effluves du parfum de Carla, d’admirer de près les tics de l’Homme qui Peut Tout se Permettre et qui, pourtant, prend la peine de les recevoir. Tout le charme de la situation est là: ces quelques minutes grapillées sur un agenda surchargé, et offertes dans l’écrin d’un bureau présidentiel.

Ils en garderont, soyons en sûrs, un souvenir ému, qu’ils chériront longtemps dans leurs masures de minables, où trônera en bonne place la photo prise pour l’occasion par le service de com elyséen.

Puis, le 2 janvier, l’Homme qui Peut Tout se Permettre est passé à la distribution des breloques destinées à honorer ceux qui comptent: ses amis.

La presse a déjà beaucoup glosé sur la liste, Zidane etc. Et une fois encore, elle a loupé l’essentiel, ce qui fait tout le prix de ces cadeaux: leur caractère autocratique, jusqu’au ridicule.

Ainsi, on pourrait passer sans s’attarder sur le cas du grand oublié de la presse, maître Herzog, qui passe du rang misérable de chevalier à celui d’officier de la Légion d’honneur. Rappelez-vous, maître Herzog, le membre de la commission de réforme du droit pénal, l’avocat des Tibéri, le sauveur de Jean Sarkozy. Un homme méritant donc, rien à redire.

Plus gênant est le cas de S. Veil, la-récente-convertie-un-peu-honteuse-quand-même-du-sarkozysme. Non qu’elle ait démérité ou qu’elle ne soit pas une grande dame de la République. Mais, voyez-vous, Mme Veil, qui n’était pas encore « légionnaire », trouvait que le grade de chevalier était indigne d’elle. Elle refusait donc la légion, sauf à se voir canardée directement à un grade supérieur, ce qui est évidemment impossible et l’a toujours été, du moins pour un Français (le passe-droit existe pour les pas Français, que fait Hortefeux!): pour être Grand Officier, il faut avoir été Officier, pour être Officier, il faut avoir été Chevalier. De tout temps et quel que soit le sens du vent, depuis 1804.

Impossible?

Mais voyons, tout est possible en Sarkozye! Et le miracle eut lieu, d’un coup de décret net et sans douleur: désormais, les amis de l’Homme qui Peut Tout se Permettre peuvent devenir Officiers, Grands Officiers et même Grands Mamamouchis Suprêmes s’il le faut, en brûlant les étapes qui ne sont bonnes que pour les ploucos. De l’art de créer des castes à l’intérieur des castes qu’on aura su ménager dans les castes…

Mme Veil a donc été directement élevée au grade de Grand Officier de la Légion d’Honneur, loin de la valetaille des Chevaliers et des Officiers vraiment trop peu fréquentables. L’histoire ne dit pas si la médaillée ressent la moindre honte face à ce passe-droit grotesque.

Mais décidément, quand il s’agit de récompenser, Nicolas Sarkozy sait toujours faire merveille et adapter les cadeaux à la hauteur et à la noblesse de ceux qui les reçoivent…

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5 Responses to “Nicolas Sarkozy distribue ses étrennes selon les mérites de chacun”

  1. farine writes:

    Il n’en demeure pas moins, cher grand barnum, que Mme Veil est une dame qui sort du lot et qui mérite toute la con-sidération, celle-ci n’étant évidemment pas accrue par la détention d’un hochet de la République, même si beaucoup y sont sensibles… Pour le reste, rappelez-vous du toucher des écrouelles, auquel était sensible le peuple du bon saint Louis.

  2. Le Juge Ti writes:

    Le secret n’est-il pas de parler à l’imagination et diminuer l’envie ? Mais je n’ose croire que Sarkozy ait lu le cardinal de Retz….

  3. Ysabeau writes:

    Elle vieillit mal Simone Veil ! Elle aurait du refuser le hochet-charité.

    Mais bon on réagit sûrement comme ça par jalousie pure et dure. Je me demande quand même quand les privilèges abolis en 1789 et non encore rétablis seront à nouveau rétablis entièrement. Pour bien faire cela devrait se faire avant 2012 avec toutes les réformes rétrogrades mises en place actuellement.

    Et enfin, je tiens à dire que les écrouelles ça ne se fait plus (on soigne mieux la tuberculose maintenant) et que dame Carla a modernisé le concept de guérison des écrouelles par son euh investissement dans la lutte contre le sida.

  4. Le Juge Ti writes:

    La nuit du 4 août n’a en fait jamais eu lieu …

  5. Aka 75 writes:

    Je n’ai jamais compris l’intérêt de se faire décorer pour léchage de fesses.

    On ne peut pas tricher avec soi même. On sait bien quand on a une médaille pour service de langue.