Nicolas Sarkozy et la régulation : révolution ou métamorphose ?

Après avoir changé en décembre 2007, puis en février 2008, puis en avril (vous savez, la flagellation cloutée devant les caméras le 24 avril au soir…), en juin, en août, nous assistons maintenant à la mue automnale du caméléon Sarkozy.

Face à la crise mondiale, Notre Président change de peau une fois encore et, oubliant toutes ses promesses de campagne – en particulier celles liées au développement, de l’hypothèque, rappelons-le une fois encore –, se met à fustiger le capitalisme, l’autorégulation des marchés et la libre circulation des capitaux.

Phormidable émerveyllement de la mutation

 

Voir Nicolas Sarkozy mordre ainsi une main invisible qui l’a pourtant si bien nourri suscite des sentiments mitigés. Tous pouvaient retourner leur veste, mais lui ! Inutile de se livrer au petit jeu des comparaisons avant-après, tout le monde a en tête la tonalité d’une campagne qui n’est après tout pas si loin. Admettons que certains propos dérangent :

La crise actuelle doit nous inciter à refonder le capitalisme sur une éthique de l’effort et du travail, à retrouver un équilibre entre la liberté et la règle, entre la responsabilité collective et la responsabilité individuelle.

Il faut un nouvel équilibre entre l’Etat et le marché, alors que partout dans le monde les pouvoirs publics sont obligés d’intervenir pour sauver le système bancaire de l’effondrement.

Un nouveau rapport doit s’instaurer entre l’économie et la politique à travers la mise en chantier de nouvelles réglementations.

L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laissez-faire, c’est fini. Le marché qui a toujours raison, c’est fini.

Il faut tirer les leçons de la crise pour qu’elle ne se reproduise pas. Nous venons de passer à deux doigts de la catastrophe, on ne peut pas prendre le risque de recommencer.

Et la presse de renchérir pour nous expliquer que Sarkozy a pris son tournant social. Et les UMPistes de tout poil de claironner que désormais, ils sont les amis des pauvres…

Certains s’y laissent prendre. Tant la pensée molle diffusée dans ce pays, où l’on sent partout monter une odeur de neurone croupi, limite les analyses des phénomènes économiques, politiques et sociaux au couple continuité / rupture. Vu comme ça, le monde est tellement facile à comprendre!

Dérégulation et régulation : un intérêt bien compris

 

Sauf que si l’on y réfléchit un peu, et que l’on refuse de s’agenouiller devant les omniscients habituels (comme le bouffon Claude Allègre, à qui son doctorat de géologie et le prix Crawford remporté par son équipe – et pas par lui tout seul, comme il l’avait toujours prétendu – confère visiblement une puissance d’analyse économique hors norme), il n’est pas difficile de se rendre compte que la révolution n’a lieu que sur les pages glacées des hebdos et que le goût du lucre s’est simplement contenté de prendre une autre saveur.

Quand le moyen de remplir les poches de l’élite économique était la dérégulation, les dirigeants libéraux prônait la dérégulation, que cela passe par la mise en coupe réglée d’une société selon le modèle Thatcher-Reagan, ou, pire encore, par la mise en place des dictatures les plus sanglantes, seules à même de déposséder le populo, à coups de gégène, de mutilations et d’enlèvements si nécessaire (voyez le formidable ouvrage de N. Klein sur le sujet).

Quand le seul moyen de ne pas laisser les poches de l’élite se vider est la régulation, on prône la régulation, quitte à vider d’autres poches pour renflouer (en vain) les banques d’affaires, à nationaliser tranquillement les pertes et à espérer très fort que les cadres de Fortis se modéreront la prochaine fois qu’on leur paiera le Louis XV ou que Daniel Bouton se fera plus discret lorsqu’il passera à nouveau à la caisse. Cela n’a rien d’un changement profond: l’opportunisme est la loi. Bien naïfs ceux qui s’imaginent que l’on en restera là, et qu’il n’y aura pas de nouveau retournement une fois que la situation sera revenue « à la normale » et qu’elle permettra à nouveau de se gorger de la façon la plus obscène en crachant sur l’État, le collectif, la régulation et les crétins qui ne croient pas à la magie du marché…

Brave électeur sarkozyste de la classe moyenne, tu te dis que ton héros vient à ton secours en garantissant tes économies de Français qui s’est levé tôt. Tu pleures de reconnaissance en voyant ton idole multiplier ses  rodomontades grotesques et étaler la faiblesse de ses compétences économiques devant tous les micros. Tu remercies la France de t’avoir donné un tel Président : Nicolas Sarkozy va sauver le petit épargnant! Le sarkozysme a enfin laissé transparaître sa nature profonde en oubliant les élites pour s’occuper (enfin!) de la « vraie France »!

Quel merveilleux cocufiage mental… Que la régulation qui se profile soit bénéfique pour la population (et que l’on reconnaisse ainsi que la dérégulation était néfaste pour elle), Nicolas Sarkozy s’en préoccupe peu. L’important est qu’elle le soit pour ceux que la dérégulation avait auparavant servis.

L’on peut se réjouir du tournant actuel dans la doctrine gouvernementale. Mais il faut rester conscient que les bienfaits que tous en retireront ne seront, malgré l’agitation frénétique de Notre Président, que des bénéfices collatéraux, et que nul n’hésitera à les remplacer par des dommages dès que l’occasion se présentera.

 

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3 Responses to “Nicolas Sarkozy et la régulation : révolution ou métamorphose ?”

  1. Le Juge Ti writes:

    La bascule sarkozyste est diablement facilitée par le traitement médiatique des phénomènes économiques et sociaux. Lorsqu’ils ne sont pas analysés par le prisme du couple continuité/rupture, on a droit à une autre figure, tout aussi simplificatrice et qui m’irrite de plus en plus : l’exemple, qui sert à tout et dans tous les cas. Aux beaux jours, lorsqu’il s’agissait de prôner la dérégulation, on choisissait un petit entrepreneur écrasé par les charges ou un cadre dynamique expatrié outre-manche ; en ce moment la mode est plutôt au jeune couple sympathique qui n’obtiendra pas son crédit ou la veuve éplorée de l’employé de banque acculé au suicide.
    Quant à la conclusion du Grand Barnum, j’y souscris d’autant plus volontiers qu’on doit s’attendre à voir revenir avec encore plus de force une rengaine sarkozyste : l’hymne à la réforme. Eh oui, profitons de la crise pour faire les réformes nécessaires, devenues inéluctables.

  2. Aka 75 writes:

    Je crois que le sommet du fouttage de gueule est atteint.

    Et les gens le savent. Il peut parler, c’est trop tard.

  3. Paso Doble n°93 : La Divine SubCrise | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !” writes:

    [...] va évidemment plus loin, même si sur ce point je fais une analyse diamétralement opposée à certains de mes amis. Au-delà d’initiatives parfois dangereuses ou criticables que j’ai pu [...]