P. T. Barnum, modèle politique

« À chaque seconde, il y a un nouveau pigeon qui voit le jour. »

P. T. Barnum, l’auteur putatif de cette phrase, était un génie. Lorsqu’il fit l’acquisition, en 1841, du Scudder’s American Museum à l’angle de Broadway et d’Ann Street à New-York, il était bien décidé à ne laisser aucune chance à la concurrence.

Barnum&Bailey

Le musée, rebaptisé Barnum’s American Museum, changea de physionomie. Fanions, peintures géantes, calicots, jardins suspendus et montgolfières, tout était fait pour attirer le badaud à qui l’on offrait, au choix, nains, géants, femmes à barbes, sirènes empaillées, modèles réduits, bestioles exotiques, « indigènes » variés.

 

Visite au musée Quelques principes simples permettaient d’attirer le chaland, puis de conserver le public de gogos ainsi acquis :

1. Publicité continue. Le public une fois charmé par les merveilles du musée devait trouver des raisons de revenir aussi souvent que possible. Des annonces à succession rapide permettaient de faire connaître à la population les nouveautés passionnantes qui enrichissaient le musée : 1843, des danseurs peaux-rouges; 1844, Tom Thumb, cavalier nain et pétomane de renommée mondiale (il déplut fort à la reine Victoria); 1845, des automates russes aux postures lascives… 400 000 visiteurs par an en 1846.Barnum&Bailey

2. Hoaxes. Raconter n’importe quoi sur n’importe quoi, le but unique étant simplement de mettre le nom « Barnum » sur toutes les lèvres. Monstres amphibies, femmes à deux têtes, nouveautés techniques…

3. Plumer les pigeons. Leur offrir les merveilles de l’Univers, mais sans les laisser y regarder de trop près. Évidemment, l’Amazing Mermaid était un singe empaillé…

4. Évoluer et prendre le public de vitesse en osant tout. Quitte à changer totalement d’organisation et à transformer son entreprise en cirque, en 1871. Le P.T. Barnum’s Travelling World’s Fair, Great Roman Hippodrome and Greatest Show On Earth donna à Barnum sa dimension mondiale. Il lui offrit la caisse de résonance dont il avait besoin pour faire partager à tous ce qui devait devenir, à la faveur d’un brutal développement des médias, une technologie politique à part entière: utilisation de la crédulité du public, usage intensif de la publicité pour devancer les désirs des spectateurs et annihiler leur sens critique, escamotage et chute du rideau dès que le trucage risque d’apparaître trop crûment.

À tous points de vue, Barnum est un maître.

 

À lire également : Du Sarkozysme comme barnumisation de la politique

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