Nicolas Sarkozy et le modèle dynastique

Nicolas Sarkozy Notre Cher LeaderMalheureux lecteur du Grand Barnum, comme je te plains. À force d’entendre résonner partout les grognements satisfaits de tes dirigeants, à force d’être écœuré par les bruits mous des groins fouillant la vase pour y découvrir de nouvelles aberrations politiques, tu te disais que ton pays ne pouvait pas descendre plus bas.  Que la porcherie française en avait eu son content et que ses pulsions morbides de dégradation avaient atteint le stade le plus avancé, dignes des pires dérives autrefois décrites par Michel Tournier.

Tu te trompais. Dans la France sarkozyste, le ravin est sans fond, et la chute va toujours plus loin.

Le concert des louanges a commencé. Les vertèbres ont craqué à mesure que les barons du sarkozysme se sont couchés un à un pour servir de carpette au Prince et justifier le népotisme croissant du système. Jean Sarkozy, fils de Notre Cher Leader tout juste échappé d’une soirée de rallye du 16e arrondissement parisien, va désormais faire briller son talent à la tête de l’EPAD, cette belle pompe à fric au débit annuel d’un milliard d’euros, du haut de ses 23 ans et de sa première année de droit à peine achevée. Il est évidemment l’homme de la situation,  l’homme qu’il nous faut pour diriger une telle structure. Évidemment, après cela, il sera difficile de répondre à un jeune en entretien d’embauche 1. qu’il manque de diplômes 2. qu’il manque d’expérience. Difficile aussi aux enseignants du supérieur de pousser leurs étudiants à continuer leurs efforts en arguant que pour exercer un emploi, il faut s’y être formé. Bref, comme le disait Phenyx dans Le Post, tout cela est désormais affaire de génétique: Jean Sarkozy est génétiquement compétent. De quoi réveiller la HALDE…

Jean Sarkozy aimablement entouré du Conseil général des Hauts de Seine

Jean Sarkozy aimablement entouré du Conseil général des Hauts de Seine

Comme Nicolas Sarkozy n’était pas encore au pouvoir quand nous mêmes étions sur les bancs de l’école, nous avons encore la capacité de nous tourner vers le passé, ou vers le modèle que nous offrent d’autres contrées, pour tenter de dépasser le choc primordial et nous essayer à penser ce qui est en train de nous arriver.

Comme l’a fait François Bayrou, on peut vouloir comparer la France sarkozyste à l’Empire romain:

Voyez ce qui vient de se passer en quelques jours. [...] le fils du président de la République se voit installé (à 23 ans et sans aucune compétence particulière) à la tête de l’établissement public d’aménagement du quartier de La Défense, un des intervenants les plus puissants dans l’aménagement au niveau européen. Tous les piliers solides sur lesquels notre pays s’était construit, en termes de principes, de décence, de raison, chancellent et s’effritent. Cela rappelle l’Empire romain.

Mais il n’est pas certain que la comparaison soit si bien choisie. Quel Empereur romain a réussi à placer son fils sur le trône? L’empereur Claude, peut-être? Ça ne compte pas: Néron était simplement son fils adoptif, et il n’a pas été, à proprement parler, placé sur le trône puisqu’il a pris la place du malheureux en le faisant – c’est selon – étouffer sous un cousin ou assassiner à coups de champignons vénéneux. Marc-Aurèle? Ah, oui, c’est vrai, Commode, l’Empereur suivant, était bien son fils. Mais franchement, Marc-Aurèle étant le seul empereur romain à pouvoir être véritablement considéré comme un intellectuel, le parallèle avec le malheureux Nicolas Sarkozy n’est pas  tenable. Restent, me direz-vous, Vespasien et ses deux fils, Titus (celui de Racine) et Domitien qui prirent successivement sa suite. Mais là encore, la comparaison est bancale, puisque Notre Président n’a finalement qu’un fils à faire adouber, le second étant rappeur et le troisième, P’tit-Louis-bonne-chance-mon-papa, passant son temps à jouer dans les jardins de l’Elysée avec le rejeton de Carlita. Rien à voir donc. Enfin, nous dira-t-on, il y a la dynastie des Sévères, depuis Septime jusqu’à Sévère Alexandre, et l’on serait bien tenté de comparer Jean Sarkozy à l’empereur Héliogabale. Mais l’on n’ose pas, ce serait un manque de respect caractérisé: le pauvre homme était parfaitement désaxé…

Jean Sarkozy inaugurant les dernières constructions ordonnées par notre Cher Leader à La Défense

Jean Sarkozy inaugurant les dernières constructions ordonnées par notre Dirigeant Éternel à La Défense

Exit, donc, l’Empire romain. Comme chacun sait, c’est l’empereur Caligula qui sert de modèle à Nicolas Sarkozy, et Caligula ne connut pas les joies de la paternité. Il n’en eut pas le temps…

Faisons donc comme l’ami Racine, et remplaçons l’éloignement dans le temps par la distance géographique. Car le temps présent tient sous nos yeux les exemples, parfois encore bien vivants, qui ont su éclairer et affiner le sens politique de Notre Cher Dirigeant. Tant de beaux pays,  à la culture démocratique en béton armé, illustrent à merveille les principes du sarkozysme!

Pour rendre compte de  l’état de dégradation de notre beau pays, il faut procéder en deux étapes. C’est qu’il s’agit d’être scientfique, le Pr. Gonzo nous l’a suffisamment rappelé!

Injectons d’abord avec une bonne dose de structuralisme. La formule régissant aujourd’hui la porcherie française peut ainsi être formalisée au moyen du modèle suivant:

  • un père démagogue
  • un fils flambeur aux dents longues
  • un entourage politique servile dont les sphincters fragiles lâchent au moindre froncement de sourcil du Grand Chef
  • un bon gros et gras gâteau à partager
  • une nomination éhontée du fils au poste de gestionnaire du gros et gras gâteau…

Puis, on effectuera un passage efficace et documenté de la structure ainsi mise en place aux cas pratiques – qui sont au nombre de six – classés par degré de dégradation croissante:

Cas n°1 George Herbert Bush – George Walker Bush

Cas n°2 Hafez El-Assad – Bachar El-Assad

Cas n°3 Omar Bongo – Ali Bongo

Cas n°4 Laurent-Désiré Kabila – Joseph Kabila

Cas n°5  Muamar Kadhafi – Hannibal Kadhafi

Cas n°6 Kim Il-Sung – Kim Jong-Il

On remarquera en premier lieu que, à l’exception des États-Unis, tous ces modèles suscitent chez nous des railleries et des éclats de rire sans fin: pays de sauvages, républiques bananières, bouffons, arriérés… Le parallèle est d’emblée instructif. On remarquera ensuite que, au delà des railleries, la sarkozye se sent souvent proche de ces beaux exemples. L’amour furieux de Nicolas Sarkozy pour le désopilant Kadhafi n’est plus à prouver: rappelez-vous la venue du cirque kadhafien et de ses tentes, du 10 au 15 décembre 2007…

Et on remarquera enfin que le parallèle, à une exception près, n’est finalement pas pertinent. Car tous ces fils à papa sont diplômés, contrairement à notre césarion national!!! G. W. Bush, le crétin planétaire tant méprisé chez nous pour son inculture, avait quand même obtenu son diplôme de Bachelor of Arts en histoire, à Yale. Bachar El Assad est ophtalmo, et il avait fait de vraies études pour cela. Ali Bongo a fini son cursus de droit à Paris 1. Joseph Kabila est lui aussi Bachelor of Arts en sciences politiques. Hannibal Kadhafi est médecin, spécialisé dans les contusions, les coups et les maltraitances conjugales…

Jean Sarkozy déployant ses extraordinaires compétences de gestionnaire à la tête de l'EPAC

Jean Sarkozy déployant ses extraordinaires compétences de gestionnaire à la tête de l'EPAD

Il n’en reste donc qu’un. Kim Jong-Il. Ah, lui aussi est diplômé: il est docteur en physique nucléaire, en proctologie, en philosophie, en riziculture, en composition symphonique, en linguistique et en communisme galactique. Mais il y a un problème. Ces phormidables diplômes lui ont tous été délivrés par… l’université Kim Il-Sung. De là à dire que leur authenticité est discutable…

Quand on y réfléchit, le parallèle entre la dynastie sarkozyste et celle des tyrans coréens est frappant. Même outrecuidance, même absence de complexe, même culte de la jouissance individuelle construite sur la domination d’une population moutonnière.

Et, surtout, même aveuglement de la population. À quoi vous font donc penser les hymnes de Corée du Nord, sinon à des chansons scandées dans les meetings UMP? Cette traduction fidèle du deuxième couplet de l’hymne coréen pourra, cher lecteur, éclairer ta lanterne:

L’esprit du sarkozysme nous anime autant que l’amour du travail,
Par la justice rendue au nom du gouvernement nous voulons marcher à la tête du monde,
Peuple débordant d’énergie qui a édifié son pays grâce au travail dominical,
Que chacun  fasse à jamais  honneur à notre Grand Leader éclairé!

La correspondance est frappante! Il ne reste plus qu’à fonder l’Université  Paris XIV-Nicolas Sarkozy et à diplômer notre bel héritier

Allons, applaudissons en chœur la nomination de Notre Cher Leader!

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8 Responses to “Nicolas Sarkozy et le modèle dynastique”

  1. Ysabeau writes:

    Le moins que l’on puisse dire est que le jeune homme en question n’est pas très précoce d’un point de vue strictement universitaire et scolaire. Certains pensent qu’il saura s’entourer. Personnellement j’ai tendance à penser que quelqu’un capable de s’entourer de conseillers compétents doit être capable de reconnaître qu’il n’est probablement la personne la mieux qualifiée pour une tâche aussi importante.

    PS : soit dit en passant, si Louis XIV n’était pas plus grand que l’actuel président français, il avait au moins plus de classe et de culture. Parce que bon, je veux bien passer pour snob, mais entre Lully, Rameau, Molière et Johnny Hallyday, Mireille Mathieu, Bigard il y a tout de même de subtiles différences qui ne devraient pas échapper au commun des mortels (enfin j’espère)…

  2. Esprit Critique writes:

    La presse se déchaîne, Twitter est en transe, les blogs s’agitent…
    Une seule interrogation : mais que font les Fatals Flatteurs ?

  3. farine writes:

    Et si le précoce jeune homme était un Néron?

  4. Javi writes:

    Il y a un bon article par un anglais correspondant du Times à Paris sur le sujet (vu grâce au « Monde »…):
    http://www.typepad.com/services/trackback/6a00d83451d14e69e20120a5d8dfc8970b

  5. Seb writes:

    Concernant sa candidature à la tête de l’EPAD, Jean Sarkozy répond à ses détracteurs : « Je trace ma route. »

    Il faut bien sûr comprendre la « route de papa »… Quelle vie aventureuse sur un sentier sauvage !

  6. Miguel Enfoiros writes:

    Pendant que le Petit Prince Blond de Neuilly « trace sa route » en scooter, la polémique enfle.

    Ce matin, la Droite Dramatiquement Décomplexée enfonce le clou.

    Les ténors de l’UMP se sont tous levés, comme un seul homme (ce bel ensemble est de plus en plus spontané et immédiat, on sent que la majorité progresse, tout comme la démocratie en France) :

    - Patrick Balkany (l’oncle raciste),
    - Frédéric Lefebvre (Médor donne la papatte),
    - Patrick Devedjian (le marquis obligé),
    - Hervé Novelli (corsica connection),
    - Xavier Bertrand,
    - Julien Dray (et oui),
    - Henri Guaino (Mazarin),
    - Luc Chatel (Mégaphone),
    - Valérie Pécresse (qui parle de « candidat naturel », elle eût pu rajouter « de droit divin »),
    - sans oublier François Fillon (l’oncle effacé) sont tous montés au créneau pour soutenir le Petit Prince Blond de Neuilly.

    Ne manquent à l’appel que son parrain Brice Hortefeux (mais quand on voit son propre CV, on comprend sa discrétion) et le grand-frère Jean-François Copé (peut-être un peu jalouse).

    Selon tous ces gens, qui manifestent leur indignation aussi spontanément qu’ils sortent d’un Conseil des Ministres en montrant le dernier CD de Carla Jaunie, il n’y a aucun népotisme à nommer un cancre qui retape sa 2e année de droit et qui n’a aucun poil au menton à la tête du plus grand quartier d’affaires d’Europe.

    Même pas de DEUG et aucune expérience professionnelle. Pas la moindre (le mariage avec des héritières ne constituant une expérience professionelle que sous l’Ancien Régime). Avec un CV pareil, on n’a en principe AUCUNE chance de trouver même un stage.

    Le Prince Jean, lui, trouve un job à l’EPAD. En moyenne, il faut un diplôme d’ingénieur, une double compétence et 4 ou 5 ans d’expérience professionnelle.

    Ce qui n’empêche absolument pas les ténors du sarkozysme d’expliquer qu’étant élu dans les Hauts-de-Seine, le petit garçon a toutes les compétences et toute la légitimité requise (on croirait entendre Maxime Gremetz voulant échapper aux convocations des juges sous prétexte qu’il est l’élu de la nation).

    En bref, trahir Martinon et se faire pousser par la vieille garde mafieuse des Hauts-de-Seine suffit pour garnir un CV de « compétences ». Ou comment en cette époque 2.0, le réseau social remplace toutes les réalisations…

    (La politique se rapproche de plus en plus de Loftstory, mais c’est depuis que Nicolas Sarkozy a confié sa communication à Franck Louvrier).

    Et puis ce matin, lors de la présentation de sa réforme des lycées, c’est Monsieur Papa qui en rajoute une couche, et pas la moindre. Le gros ripolinage en forme de bras d’honneur :

    Il a rappelé que « la création du lycée par Napoléon 1er « est un geste qui signifiait, très concrètement, la fin des privilèges de la naissance. Cela voulait dire : désormais ce qui compte en France pour réussir ce n’est plus d’être « bien né », c’est d’avoir travaillé dur et d’avoir fait la preuve, par ses études de la valeur ».

    Le Petit Timonier de l’Elysée a ajouté qu’il s’agit là d’un : « principe de justice, mais aussi, en même temps, principe d’efficacité : car quel meilleur critère que celui du savoir et de la compétence pour désigner ceux qui doivent exercer des responsabilités ».

    On en reste pantois.

    C’est surréaliste…

    Surréaliste, vraiment : comment diable les gauchistes, les étudiants, les chômeurs et quelques républicains outrés peuvent encore oser critiquer la (future) élection de Jean Sarkozy à l’EPAD, devant une telle détermination ?

    Que de mauvaise foi !!

    Encore une fois, le bon sens réformateur triomphe dans la parole de notre Lider Minimo. Aucun népotisme, aucun cynisme, aucun mépris, non non non.

    D’ailleurs, comme a ironisé le Cheftain de l’Etat, « tout cela est très élégant ».

    Bien.

    Comme l’affaire du Ministre Hortefeux et celle du Ministre Mitterrand, l’on doit donc considérer que l’affaire est close.

    Puisqu’on vous le dit à l’UMP.

  7. Miguel Enfoiros writes:

    *** Dernière minute : Louis Sarkozy, 12 ans, nommé à la tête de l’ACFCI ! ***

    Nous apprenons avec joie que Louis Sarkozy, 12 ans, est pressenti pour prendre la tête de l’Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI).

    L’ACFCI est la chambre consulaire nationale fédératrice et animatrice des Chambres de commerce et d’industrie françaises. Elle a pour mission de représenter et défendre les intérêts des 1 800 000 entreprises ressortissantes auprès des pouvoirs publics français et européens, des instances internationales et des grands partenaires publics et privés. Elle dispose d’une Direction des Affaires européennes (DAE) à Bruxelles, en liaison avec Eurochambres, l’Association européenne des chambres de commerce et d’industrie et entretient des liens étroits avec les Chambres de commerce et d’industrie françaises à l’étranger (CCIFE).

    Son Président, désigné par les présidents des CCI du territoire, doit bientôt être renouvelé. Nos contacts au sein de l’Association ont indiqué qu’aucun candidat ne s’étant présenté à la succession de l’artuel Président, Monsieur Jean-François Bernardin, plusieurs CCI ainsi que leurs correspondants au sein du Ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, ont suggéré le nom du fils du Président, qui paraît parfaitement qualifié pour le poste.

    Louis Sarkozy devrait donc bientôt entrer en fonction, et assurer personnellement les responsabilités de l’ACFCI, qui consistent notamment à formuler des avis et propositions sur le développement des activités économiques, l’aménagement et le développement du territoire, l’environnement, les transports, le tourisme, la formation et l’emploi, l’urbanisme, le commerce, le commerce international, la mise en sécurité des sites économiques, l’action internationale.

    Nos plus chaleureuses félicitations au futur président de l’Association.

    Ajoutons qu’il convient que le jeune Louis évite soigneusement la rue de Valois en ce moment, jusqu’à l’adoption de la Loi LOPPSI et la mise en place des caméras de vidéosurveillance et des nouveaux fichiers de délinquants sexuels et politiques annoncés par Brice Hortefeux, (lui-même gros fan de caméras).

  8. môssieu Loyal writes:

    bon d’accord, on va pas bouder notre plaisir, à l’heure où c’est jusqu’aux Chinois qui se bidonnent… Mais entre nous, Monsieur Enfoiros : serions-nous donc plus avancés si c’était un petit copain (au lieu du fiston), qui était à la tête de cette pompe-à-fric ? Non croyez-moi, Monsieur Enfoiros, le mieux, c’est de tous les laisser s’enfiler en couronne. Et même, en Petite Couronne.