Du sarkozysme comme éthique de la traîtrise

Trained pigsL’arrivée de M. Besson au ministère de l’Identité nationale (pseudo-concept sur lequel nous reviendrons très bientôt) nous offre l’occasion idéale de revenir sur un phénomène qui, après avoir fait couler beaucoup d’encre est désormais tombé dans l’oubli: les trahisons en chaîne, pudiquement qualifiées de « ralliements » et « d’ouverture », qui ont marqué le début du règne de Notre Président.

M. Besson, ancien préposé socialiste à la propagande anti-Sarkozy, auteur d’un truculent rapport sur les dangers du sarkozysme, a cru bon de déclarer

qu’il respecterait lui aussi « scrupuleusement » les engagements pris par le président de la République.

Et donc qu’il appliquerait strictement sa politique de « gestion » de l’Identité nationale et des l’immigration, avec laquelle il est, par conséquent, pleinement en accord.

M. Besson est donc un homme qui change vite d’avis, lui qui, dans son phormidable pamphlet (téléchargeable ici), affirmait:

C’est une évidence. Nicolas Sarkozy ne croit pas au « modèle républicain » d’intégration. De ses lacunes ou de ses échecs –malheureusement incontestables – il veut profiter pour non pas réformer ce « modèle », pour le rendre plus efficace, mais pour le démanteler. [...] Le modèle que le patron de l’UMP a en tête est communautariste et confessionnel.

La condamnation d’autrefois a été remisée au placard, et M. Besson joue à présent son rôle de traître joufflu sans le moindre état d’âme. Les charters vrombissent, les menottes claquent: si Nicolas Sarkozy ne croit pas au modèle républicain, M. Besson croit au modèle sens du vent.

Ainsi, dans la porcherie mentale française, le sarkozysme a réussi à installer un nouveau modèle de traîtrise, et à en faire une philosophie prête à l’emploi.

La traîtrise est en soi un comportement politique anodin. Ce qui l’est moins est la manière dont elle est exploitée, présentée et utilisée par le pouvoir en place et ses affidés.

Tout bonne traîtrise correctement menée à bien comprend normalement trois coordonnées:

  • Le traître
  • Le malheureux trahi
  • Le rallié

Dans une société humaine normale, comportant un taux de pudeur à peu près équilibré, un degré d’obscénité modéré, un développement moral correct et un niveau culturel acceptable, la configuration qui s’établit entre ces trois pôles est normalement fort simple: le traître est honni, le trahi hurle à la trahison, le rallié en profite, mais sans trop la ramener.

Dans la dite société normale, le traître et le rallié font profil bas, le trahi reçoit la compassion des autres, parfois même celle du rallié.

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Prenons le cas du malheureux Nisus, roi de Mégare. Il était attaqué par Minos, le beau-papa du fameux minotaure, qui assiégeait sa bonne ville. Bonne ville qui résistait grâce au cheveu magique du roi Nisus, cheveu de pourpre ou d’or, c’est selon, dont la présence sur le crâne royal garantissait la solidité des remparts. Tout allait bien, donc, tant que Nisus ne projetait pas d’aller chez son coiffeur.

Mais c’était compter sans sa salope de fille, Scylla, qui, du haut des remparts, avait avisé Minos et en avait conçu de coupables et concupiscents désirs. Elle coupa donc le cheveu du paternel avec des ciseaux Fiskars, et courut l’apporter à Minos en espérant obtenir la partie de jambes en l’air tant espérée.

Quelle erreur! Minos prit le cheveu et la ville, mais pas la fille! Une traîtresse, quoi de plus répugnant… C’est d’ailleurs ce qu’il lui dit en la laissant toute seule dans sa ville dévastée, du moins dans la version d’Ovide:

« Fille dénaturée, opprobre de notre âge, que les dieux te rejettent de ce monde, ouvrage de leurs mains ! que la terre, que la mer te refuse un asile ! Fuis ! La présence d’un monstre tel que toi ne souillera jamais l’île qui est mon empire, et qui fut le berceau de Jupiter ». Il dit : et maître de la ville, lorsqu’il a donné de sages lois aux Mégariens soumis, il ordonne à sa flotte de lever l’ancre, aux rameurs de sillonner les flots.

Ajoutons que le brave Minos ne profita pas longtemps de la victoire, puisqu’Ariane, sa fille à lui, n’allait pas tarder à le trahir lui aussi, et une fois encore pour un bellâtre, Thésée. Qui l’abandonnerait bientôt et ainsi de suite…

Bref, il était un temps où la traîtrise avait quelque chose de sale, et où l’on préférait perdre des batailles plutôt que de les remporter grâce à des transfuges. Quel antique Romain ne se serait pas senti souillé par la présence d’un traître à ses côtés?

Mais les temps changent. Il est maintenant des traîtres fiers de leur traîtrise, et des ralliés fiers de présenter ce genre de bonshommes à leur côté. Dans le monde de Nicolas Sarkozy, on affiche les traîtres comme on expose les médailles. Car le traître est la confirmation du pouvoir d’attractivité de Notre Président. D’autres se seraient crus salis. Lui s’en croit grandi.

Le « traître heureux », comme l’appelle François Hollande, aura trouvé le moyen de régler la névrose qui transpirait à chaque ligne de son pathétique et psychanalytique torchon Qui connaît madame Royal?: il a enfin rencontré quelqu’un à admirer, quelqu’un qui le rassure en lui montrant qu’il est son chef. Cela lui manquait visiblement tant.

Le fier rallié, lui, aura trouvé le moyen de trouver une sorte de Carla au masculin, un nouveau titre de gloire anciennement de gauche à exhiber sous les yeux du bon peuple pour lui prouver combien il est irrésistible.

Quant à se dire que l’un éprouve un malin plaisir à voir son traître favori abdiquer toute dignité en récupérant un ministère déjà parfaitement honteux pour un homme très à droite, et que le traître favori frétille d’aise à l’idée de se faire ainsi publiquement humilier, certes non.

Car cela voudrait dire que l’exercice du pouvoir tel qu’il est aujourd’hui pratiqué est une véritable perversion.

Et cela, c’est tout simplement impensable.

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3 Responses to “Du sarkozysme comme éthique de la traîtrise”

  1. Le Juge Ti writes:

    Et n’oublions pas le brillant parcours de Sarko lui-même en matière de trahison. Il a donc pu admirer en connaisseur le cas Besson.

  2. Cocoricooo writes:

    Sarkozy est traître à notre belle langue. Dans la locution qu\’il a popularisé, \ »les étrangers ont vocation à quitter le territoire\ », le mot \ »vocation\ » est utilisé dans un contre-sens que j\’ai retrouvé… dans un document informatique du ministère de l\’Intérieur! Il y était écrit que tels \ »fichiers ont vocation à…\ » Les gens l\’emploie désormais dans le sens de \ »vouer\ », parfois synonyme de condamner, ce qui donne le vrai sens de la formule sarkozienne : les étrangers sont condamnés à quitter le territoire.

  3. môssieu Loyal writes:

    pas d’accord avec vous, monsieur Barnum. Il y a longtemps, que les saucialistes à la française n’ont plus rien à trahir. Celui-là n’est donc même pas un traître, mais tout simplement : un vendu.