avr
16
La révolte des Universités, Luc Cédelle et la pauvreté de l’amalgame
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Luc Cédelle, journaliste au Monde et spécialiste de tout ce qui touche à l’éducation, n’apprécie pas que des malotrus aient l’insigne culot de ne pas accepter sans souffler mot les reportages un rien orientés que son employeur consacre au mouvement des universitaires.
Désireux de prouver la bonne foi et l’ouverture d’esprit qui caractérisent nécessairement tous ceux qui nous font bénéficier de leurs lumières par l’intermédiaire du Monde, Luc Cédelle a jugé bon de s’en prendre au billet, fort lu au demeurant, que j’avais consacré à l’article de Christian Bonrepaux, Benoît Floc’h et Catherine Rollot, article dans lequel ces trois grands reporters démontraient, avec une objectivité sans faille, que la mobilisation des Universités était nuisible à leur « image ».
Tout à sa quête de rigueur journalistique, M. Cédelle n’hésite pas à dégainer l’arme ultime: à ses yeux, le titre de ce billet, auquel il renvoie après maints anathèmes et circonlocutions destinés à faire naître l’indignation du lecteur bénévole, dénote des orientations fascisantes! Vous ne rêvez pas, bienvenue vingt ans en arrière: le titre de mon billet, (Nicolas Sarkozy, la destruction de l’Université et le choléra mental du journal Le Monde) évoque à M. Cédelle un article de Louis Pauwels, et l’expression « sida mental » qu’il contenait. Louis Pauwels, homme de droite très à droite notoire, proche du GRECE… Excusez du peu.
Pas un mot sur le fond du billet, évidemment: quelques bons sous entendus (« Dans le champ des idées, les accidents arrivent plus vite qu’on ne croit »), un soupçon de théorie du complot (« Cette personne n’a pas l’air toute seule ») et d’appel à la délation (« quelqu’un que je n’ai pas encore (mais est-ce, après tout, nécessaire ?) identifié sous un nom »), voilà qui est bien suffisant. Et puis un titre… Un titre qui dit tout du fond fascistoïde de ceux qui osent ne pas saluer bien bas tout ce que Le Monde déballe dans ses pages. Read more
avr
1
Nicolas Sarkozy, la destruction de l’Université et le choléra mental du journal Le Monde
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Quand Nicolas Sarkozy s’est lancé dans ce qu’il est convenu d’appeler la « réforme » des Universités, il a bien évidemment choisi de reprendre la méthode qui lui était déjà familière et qui avait fait ses preuves en termes de capacité de nuisance, de négation de la démocratie et de piétinement du pacte social.
Assisté d’une Dame Pécresse que sa totale méconnaissance du monde de la recherche et de l’enseignement supérieure qualifiait plus que tout autre pour cette tâche, Notre Président n’a donc pas montré la moindre hésitation.
Pour « réformer », il fallait tout d’abord n’engager aucune consultation et s’empresser d’oublier ceux qui font tourner la boutique. Car dans ce pays, on ne « réforme » par une institution, on « réforme » contre elle.
Ensuite, il fallait désinformer. Pour salir. Salir l’institution elle-même, salir ceux qui y travaillent, salir ceux qui y étudient et s’y forment. On parviendrait ainsi à mettre en place l’unique levier de gouvernement employé dans ce pays depuis le grand malheur de mai 2007: désigner une catégorie de la population à la vindicte du bon peuple, lancer quelques sondages aux questions convenablement orientées et utiliser les beuglements des micros-trottoirs pour justifier la suppression, au choix, des archaïsmes, des privilèges, du bouclier fiscal, des rigidités, des paresses, des incompétences, des inutilités, des gaspillages…
Les chercheurs et les enseignants-chercheurs ont ainsi fourni une cible de choix. Paresseux, incompétents, semi-idiots, gauchistes, ils ne refusent évidemment la « réforme » que par pur corporatisme, par pur intérêt de classe, c’est un vrai scandale, voyez vous ça mère Michu, tout ce rebut de gauchistes pervers, qui ont le front d’être plus diplômés que vous et moi, et qu’on paie à ne rien faire…
On pouvait faire confiance au Grand Café du Commerce français pour répercuter cette vision fine et mesurée. Cracher sur les profs tout en en se tapant sur les cuisses, entre deux renvois biereux, trois invectives contre les sans-papiers et quatre déclarations définitives sur la crise et le PSG, voilà qui est plutôt en phase avec le niveau de subtilité philosophique et politique dans lequel plus d’une décennie de ramollissement chiraquien a fait tomber ce pays. Tendez le petit bout de la lorgnette à la France, elle se hâtera d’y regarder…
La où la gêne devient réelle, c’est quand un journal qui se prétend « de référence » oublie que le journalisme consiste à aller enquêter pour éclairer ses lecteurs et en vient à considérer qu’informer équivaut à étudier le réel pour y découvrir, à la surprise de tous, la confirmation de la vision officielle et gouvernementale. Read more
oct
19
Aussi floue soit-elle, la notion de sarkozysme a au moins une caractéristique ferme : son orientation
négative. Théorisé et employé par ceux qui s’opposent aux errements médiatico-ploutocratiques du gouvernement actuel, le sarkozysme désigne… tout ce qui irrite dans la politique et le comportement de Nicolas Sarkozy. De Mona Cholet à Olivier Duhamel, le sarkozysme, c’est tout ce qui fait que ça n’est pas (ou plus) possible…
Personne ne songerait à donner à ce concept mou un contenu positif, à en faire un « -isme » véritable, sur le mode du gaullisme, du communisme ou du libéralisme.
Si le « ségolénisme » était revendiqué par certains, l’UMP, même en pleine campagne, n’avait jamais eu l’idée saugrenue de nous vendre le « sarkozysme ».
Mais la force de l’habitude qui émousse le sens critique le plus affuté, l’accumulation du grotesque, la servilité de certains courtisans ministres, et l’extension sûre et tranquille d’une certaine forme d’avilissement mental est finalement venu à bout de ce reste de pudeur. Et le sarkozysme en est venu à être consacré pour de bon comme une notion politique valable, défendable, pleinement conceptualisable. Un jour, elle passera dans les livres de classes (la plupart étant aux mains d’éditeurs sarkozystes).
L’acte de naissance du concept de sarkozysme positivement conçu porte la date du 17 juillet 2008. Cet acte se résume à un article assez pauvre -et plein de cette indignation qui finit par être fatigante à force d’être jouée- publié par Xavier Darcos dans le Monde, et intitulé « Le sarkozysme est l’allié de l’école« .
Voilà. Le sarkozysme doit désormais s’entendre comme l’ensemble doctrinal formé par les actions et la pensée de Nicolas Sarkozy. Et il aura fallu que cette consécration conceptuelle fût menée à bien par un type qui se pique d’écrire sur Tacite, l’auteur latin qui, plus que tout autre, avait consacré sa vie à pourfendre la servilité crasseuse des valets du pouvoir impérial. On voit mal comment l’on pourrait se courber davantage pour lancer une flatterie qu’en faisant du nom du puissant du jour un mode d’être et de pensée.
J’ai beau parcourir Saint-Simon, personne n’avait osé conceptualiser le louisquatorzisme ou de louiquinzisme. Et pourtant, la cour versaillaise en connaissait un rayon, en matière de courbettes. Monsieur Darcos, lui, nous explique que:
Au fond, en dépit des caricatures entretenues par une minorité marginale, la France commence à comprendre que le sarkozysme est le meilleur allié de la cause de l’école.
Une fois passée la surprise ressentie face à cette affirmation un tantinet optimiste, jetons donc un coup d’oeil à l’article rédigé par le fabricant de concepts de la rue de Grenelle et essayons de nous instruire en comprenant ce qu’est, pour monsieur Darcos, le sarkozysme.
La chose n’est pas facile, tant l’article est embrouillé. Mais l’on peut penser que le sarkozysme, dans cet
article, correspond aux options politiques directement attribuées à Nicolas Sarkozy par notre brillant ministre.
L’article mentionne à trois reprises de façon directe la Pensée de Notre Président :
1. Le monde enseignant est militant, facilement réactif, mais c’est lui qui conjure la fatalité sociale. Le projet éducatif de Nicolas Sarkozy a la même ambition. En affirmant la nécessité de donner plus à ceux qui ont moins, en n’hésitant pas à rompre avec des principes et des pratiques obsolètes, en rétablissant les valeurs du travail, de l’effort et du mérite, le président a réconcilié le projet politique et le projet scolaire autour d’une même vision du progrès partagé.
2. Aussi la personnalisation de l’enseignement voulue par Nicolas Sarkozy est une véritable révolution pédagogique et sociale, puisqu’elle permet de donner plus à ceux qui ont moins.
3. En rappelant que le vrai progrès social est celui qui assure la réussite de tous sans exception, Nicolas Sarkozy a levé le tabou d’une école qui a trop longtemps fermé les yeux sur ses échecs.
En bonne logique, on arrive aux conclusions suivantes. Le sarkozysme, selon M. Darcos, c’est :
- donner plus à ceux qui ont moins
- rompre avec des pratiques obsolètes
- personnaliser
- assurer la réussite de tous
- lever les tabous
Intéressante synthèse, qui mériterait d’infinies discussions, mais qui se résume finalement aux mots d’ordre mille fois assénés durant la campagne par à peu près tous les partisans UMP.
Était-ce vraiment la peine d’en faire tout un plat, et de prétendre transformer tout cela en corps de doctrine?
Décidément, le sarkozysme positif n’est pas encore un concept.
Tout juste un slogan…








