Vivement dimanche! Ou comment Nicolas Sarkozy entend pourvoir aux loisirs des Français

Barnum&BaileyMarceline Michu a toujours adoré le mois de juillet. C’est le mois des vacances, où elle peut s’évader à la plage alors que la racaille reste claquemurée dans ses T2 pourris. C’est le mois où la presse people bruisse des destinations de rêve choisies par les stars, et qui bientôt dévoilera la villégiature élue par Notre Président et Dadame Carla (« une femme vraiment bien », comme le dit Marceline).

Mais, surtout, c’est le mois du Tour de France, le seul événement sportif qui ait jamais suscité l’enthousiasme de Marceline: pensez-donc, une compétition remplie de beaux athlètes où pas un seul Noir, pas un seul Arabe ne vient gâcher le plaisir! Ah, c’est autre chose que l’athlétisme, voilà un sport tout blanc! tout propre! Une fête sportive comme dans les années 50, celles de l’avant-immigration, 100% white, 100% mâle, et d’ailleurs sponsorisée par l’ami Ricorée, grand pourvoyeur de clichés publicitaires aux relents campagnards les plus suggestifs. Elle ne manque pas une miette de ce retour à la France d’avant, Marceline, bien qu’elle ait consciencieusement voté, on s’en doute, pour la France d’après.

Mais juillet 2009 a offert à Marceline Michu un délice supplémentaire. Ce mois-là, Marcelline s’en souviendra à jamais avec une insondable émotion. Juillet 2009 est le mois où Nicolas Sarkozy a enfin fait ce qu’il devait faire, le mois où il a répondu aux attentes de la France laborieuse, le mois où il aura enfin autorisé le travail dominical.

C’est que, retraitée depuis bientôt cinq ans, Marceline Michu, ne supportait plus de voir ainsi limitée sa liberté de consommer. Comment de jeunes gens en bonne santé peuvent-ils refuser de gagner plus en travaillant le dimanche à passer à la caisse enregistreuse les achats (litière féline, boîtes pleines de bons OGM, menus objets technologiques…) que Marceline entend faire librement et sans contrainte, quitte, s’il le faut, à leur laisser quelques centimes d’euro en pourboire?  Est-ce qu’elle avait jamais refusé des heures supplémentaires, elle, au cours de sa dure vie de labeur où elle a bien mérité de la patrie? Après tant d’années de cotisation, on voulait lui enlever son plaisir, celui de pousser mollement son charriot de ses gros bras flasques dans les rayons écrasés par les néons du Carrouf local, quand ça lui chante? « Tout ça pour qu’ils continuent à toucher leur érémi à rien faire? », comme elle le souligne avec justesse?

Ah, bien sûr, il y a trente ans, Marcelline Michu était bonne catholique: jamais elle n’aurait toléré qu’un dimanche, on se permette quoi que ce soit d’autre que d’aller à la messe! Mais comme elle a peu à peu troqué la religion du Bon Dieu pour celle du pognon, des soldes, des bons de réduction et des promotions permanentes, et comme l’Eglise, maintenant, tout le monde s’en fout, le travail du dimanche lui semble une bonne affaire. Parce que voyez-vous, le dimanche, on s’ennuie.

Marceline Michu fait donc partie des 42% d’enthousiastes qui appellent de leurs voeux la légalisation du travail dominical. Pour les autres, bien sûr, pas pour eux, il ne faut quand même pas plaisanter! 42% de Français, donc, qui bon camarades, veulent voir bosser leurs voisins. Les plus pauvres qu’eux généralement, ceux qui ne peuvent pas dire non, vigiles, caissières, petites mains de la machine à enrichir plus gros qu’eux. 42% à trouver, comme Xavier Bertand, que ces crevards seront mieux au boulot qu’à perdre leur temps dans leur « club d’échecs local, <leur> club de natation ou d’arts martiaux« . 42% à vouloir qu’on enrichisse un peu plus les filières de la distribution, quitte à enchaîner encore davantage les malheureux qu’on exploite déjà avec un raffinement fédoal. 42% à jouir d’un plaisir sans pareil à voir supprimer un acquis social datant de 1906: celui d’avoir au moins un jour dans sa semaine qui ne soit pas consacré à la broyeuse économique.

Certes, on n’y est pas encore tout à fait. Ce qui sera voté mercredi à l’Assemblée n’est qu’un début: des dérogations propres à certaines zones du territoire. Mais c’est déjà une belle chose, que de permettre de mettre au boulot ce tas de feignasses lors d’un jour de repos sans avoir à les payer en heures supplémentaires!

Encore un effort, et la France cacochyme qui a élu Sarkozy (68% des plus de 70 ans ont voté pour le grand homme) pourra se réjouir de voir bosser partout chaque dimanche les plus précaires des précaires: jeunes écrasés par leur employeur, femmes à temps partiel, troupe victime d’un impératif économique fabriqué de toutes pièces pour complaire à la France marchande. C’est un beau projet de société qui arrive maintenant à maturité: la transformation autoritaire du temps libre, autrefois bêtement gâché -voire utilisé, horreur, dans des entreprises de contestation- en temps efficace pour la distribution, la consommation, l’exploitation et l’abrutissement. Laissez une seconde de liberté et de repos aux serfs, et ils trouvent le moyen de l’utiliser pour vous emmerder…

Et nous sommes le 11 juillet! Lisez les journaux, écoutez attentivement la radio durant les vacances  : si ce genre d’horreur passe aujourd’hui, attendez vous au pire pour le 15 août

Similar Posts:

  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • Furl
  • Technorati
  • Wikio FR

6 Responses to “Vivement dimanche! Ou comment Nicolas Sarkozy entend pourvoir aux loisirs des Français”

  1. Citoyen writes:

    Félicitations, un article drôlement « troussé », réaliste, et avec l’humour « noir », approprié à la situation…

    Il ne faut pas s’y tromper, si la loi Richard Maillé, qui concerne le travail le dimanche, sujet sur lequel j’ai beaucoup écrit (A), est votée, à terme, après plusieurs étapes, les salariés concernés , travailleront « gratos » le dimanche…

    Première étape :

    Le patron = Si vous ne voulez pas travailler le dimanche, il y a une foule dehors, qui ne demande qu’à travailler, y compris le dimanche…

    L’employé pour ne pas perdre son job = bon ben d’accord alors, mais payé double…

    Deuxième étape :

    Le patron = Je ne m’en sors plus, il faut accepter de travailler le dimanche sans supplément de salaire, au même tarif que la semaine, si vous n’êtes pas d’accord, vous savez ceux qui attendent dehors d’avoir du travail, eux seraient d’accord …

    L’employé pour ne pas perdre son job = bon ben d’accord, mais ce n’est pas juste, ce à quoi le patron en rigolant rétorque : peut être bien, mais faudra être moins con à l’avenir, faudra pas que « vous » votiez Sarkozy…

    Troisième étape :

    Le patron = Je ne m’en sors plus, je sais que ce n’est pas légal, mais je m’en fous, avec « Sarko » il n’y a plus de loi, c’est la loi du plus fort, celles des patrons, alors, je ne te le demanderai pas deux fois, j’ai pléthore de candidats pour te remplacer, es tu d’accord de travailler le dimanche gratuitement, et pendant que l’on y est, le samedi aussi, c’est oui ou non, tout de suite, si c’est non, tu passes immédiatement prendre ton compte…

    L’employé pour ne pas perdre son job = Patron c’est dégueulasse ce que vous faites, mais vous savez bien, que j’ai femme et enfants à nourrir, qu’il n’y a pas de travail, que je ne peux pas refuser, bon ben c’est d’accord…

    Et on dit merci qui ???

    Je suis de ceux qui sont, maintenant, convaincu, que cette crise n’est pas arrivée par hasard, cette crise permet avec à propos, de tirer le salariat vers le bas, ce n’est pas un phénomène exclusivement Français, rappelons nous que British Airways, a déjà ouvert le bal du cynisme, dans le domaine du travail gratuit…

    Malheureusement, les gens qui mettent un bulletin dans l’urne, bien souvent, n’en mesurent pas les conséquences, au lendemain de sa « victoire » des européennes, Sarkozy a annoncé, qu’il n’y aurait pas de coup de pouce pour le Smic, ni pour le traitement des fonctionnaires (alors que le budget de l’Elysée, a fait un bon de 18,5% : Nicolas et Carla, et les autres, peuvent « péter dans la soie », grâce aux denier publics, mais les Smicards, les fonctionnaires, et les autres, doivent se serrer toujours plus la ceinture), il aurait bien tort, cela fait deux ans qu’il nous matraque, et il se trouve encore des ouvriers et des cadres moyens, assez bête pour voter pour « lui »…

    Il faut que les gens ordinaires, cessent de voter contre leur intérêt, et celui de leurs enfants : ils ont encore le droit de voter, ils ont aussi la possibilité de Boycotter, tous ceux qui crachent dans la soupe de notre pouvoir d’achat, en soutenant la calamité qu’est Sarkozy, la balle est encore dans notre camp…

    Antidote Démocratique Antisarkozy, c’est facile à trouver sur Google, ailleurs, c’est repris par Wikio, Cozop, Digg-France, c’est là :

    http://rpubliquejetaime.typepad.fr/

    (A) Travail le Dimanche : avec le soutien de certains élus de la majorité, « l’Opposition », inflige un camouflet, à Sarkozy, et à son gouvernement !!!

    http://rpubliquejetaime.typepad.fr/antidote_dmocratique_anti/2008/12/travail-le-dimanche-avec-le-soutien-de-certains-%25C3%25A9lus-de-la-majorit%25C3%25A9-lopposition-inflige-un-camouflet-%25C3%25A0-sarko.html

  2. Le Juge Ti writes:

    La grande force de l’UMP c’est de faire passer toute une panoplie de mesures scandaleuses pour des mesures de bon sens, d’ailleurs réclamées par ceux qui en deviendront les victimes.
    Par exemple sur le site de la pétition pour le travail du dimanche, subtilement intitulé « Travailler le dimanche, c’est mon choix », on peut écouter le témoignage d’une de ces victimes consentantes, une jeune mère célibataire ravie de travailler le dimanche. Certes, ça débute par une note (involontairement ?) en demi-teinte puisqu’elle déclare que le travail le dimanche lui permet de « sortir la tête de l’eau » (tiens, tiens, le problème serait-il ailleurs ?) ; mais ça finit en fanfare : la clientèle du dimanche (Marceline Michu, donc) est plus sympathique que celle de la semaine.
    C’est lugubre.
    J’y reviens toujours : il existe quelque chose qui s’appelle l’augmentation de salaire. Mais il est vrai que cela paraît incongru d’en parler aujourd’hui.

  3. Eglantine writes:

    Bonjour

    vous écrivez tellement bien c’est vrai, mais pourquoi vous trouvez normal,pour ceux qui travaillent déjà le dimanche ?
    si le travail du dimanche vous scandalise alors battez vous pour que plus personne ne travaille ce jour là, battez vous pour les dérogations à venir mais aussi celles passées

    P.S ça ne remplira pas les églises le dimanche matin et les toutes les familles ne seront pas plus heureuses je vous le dis et c’est une mere-grand qui vous aprle

  4. LGB writes:

    @ Eglantine

    Je suis d’accord avec vous : le refus des dérogations à l’interdiction du travail dominical doit aussi inclure la lutte contre les dérogations passées. Loin de moi l’idée de les considérer comme normales. Mais mon billet se voulait une réaction à un scandale de plus, pas une validation tacite d’un état de fait.

    Merci, en tout cas, pour votre réaction.

  5. LGB writes:

    Article repris sur Betapolitique

  6. location ile de ré writes:

    location ile de ré…

    [...]Vivement dimanche! Ou comment Nicolas Sarkozy entend pourvoir aux loisirs des Français | Le Grand Barnum[...]…