nov
2
L’identité nationale, prurit d’un pays malade
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On nous l’avait annoncé dès la campagne: une fois Sarkozy élu il s’agirait de changer d’attitude et d’aimer la Patrie! Marseillaise à la bouche, t-shirt de foot sur le dos et litron au poing, on serait fier d’être français!
Tout le monde est donc très très fier. Mais comme nous le remarquions il y a peu, la fierté devient rapidement un peu imbécile quand elle porte non sur un acte, une production, une réussite, mais sur un état de fait. Fier d’être quelque chose, voilà qui revient peu ou prou à être… content de soi, à roter d’aise en jouissant de sa propre satisfaction en bon bourgeois flaubertien.
Bref, qu’à cela ne tienne, la France est fière, et les Français avec elle. Fière d’être elle-même, fiers d’être ce qu’ils sont. Mais comme cette France sarkozyste se pique de philosophie, et que Notre Président se trimballe actuellement avec des livres sous le bras pour faire croire qu’il connait ses classiques, il ne s’agit plus d’être bêtement fiers, mais de l’être de manière réflexive. Fiers, d’accord, mais maintenant, il va falloir comprendre de quoi!
Eric Besson, ancien pourfendeur des dérives identitaires du sarkozysme, s’est donc mis à l’œuvre depuis son ministère des expulsions et du rejet de l’autre. Et a accouché du projet dont notre fier pays, néanmoins en perte de repères, avait de toute urgence besoin: l’organisation d’une grande réflexion nationale sur l’identité française! Après avoir batifolé dans la fierté, les Français vont devoir se creuser la tête pour expliquer, chacun dans son dialecte, ce qui les rend si fiers d’eux-mêmes!
Merveille de la démocratie! Nicolas Sarkozy fait confiance au peuple pour s’autodéfinir! Quelques rudiments de philo, quelques heures de Jean-Pierre Pornaud, quelques articles du Parisien et hop, des milliers de Bergson à Kronenbourg vont nous expliquer la France! C’est simple comme un catéchisme républicain de 1873, galvanisant comme un discours de Doriot, historique comme un communiqué de généraux putschistes! Read more
avr
8
L’UMP, promoteur de la bêtise ordinaire: le cas Destrem
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Hanif Kureishi, auteur anglo-pakistanais renommé, remarque dans son texte Le signe de l’arc-en-ciel qu’à la fin des années 1960, les humoristes anglais avaient réduit « la haine raciale à des blagues »: le racisme s’exprimait par le biais de « l’humour » et devenait ainsi d’autant plus difficile à combattre.
À l’UMP, on fait mieux: on réduit l’humour au racisme, au mépris social et au sexisme… Témoin, Alain Destrem, conseiller municipal parisien arrosé par le contribuable pour exercer ses talents, jusqu’ici ignorés de tous, depuis 1983.
Voyant Ségolène Royal vêtue d’un boubou lors de son voyage au Sénégal, le brave élu républicain nous livre le fond de sa pensée d’un air gourmand: Ségolène Royal lui rappelle « sa femme de ménage ». Read more
jan
18
Démocratie chronométrée et démocratie méprisée: le franc-parler de M. Lefebvre
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Le projet de loi sur la limitation du temps de parole à l’Assemblée, dénoncé en ces lieux le 10 décembre dernier, est actuellement imposé au Parlement avec toute la violence de rigueur.
Juan a diffusé une intéressante vidéo où l’on assiste à une algarade opposant M. Lefebvre, le porte parole de Sarkozy, à quelques députés socialistes. Dans ce pur morceau d’anthologie, on y voit cet extraordinaire député non-élu affirmer, face à des socialistes lui reprochant de fuir l’hémicycle, que la loi ne se fait pas au parlement et qu’il a bien d’autres choses à faire que d’assister aux séances.
- Je vais vous dire une chose (notez la locution typiquement sarkozyste). Je ne vais certainement pas passer toutes mes journées en séance parce que je fais d’autres choses.
- Mais vous êtes député! Vous avez été élu pour faire la loi.
- Justement, la loi, elle ne se fait pas que dans l’hémicycle…
M. Lefebvre a bien raison: la loi se fait à l’Elysée. Au parlement, on se contente de la parapher.
sept
28
Eric Woerth : la pensée économe (ou comment économiser ses neurones)
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L’une des grandes forces du sarkozysme, et l’une de ses chances, repose dans ce que l’on pourrait appeler,
avec la pédanterie qui s’impose en période de rentrée universitaire, la labilité médiatique.
Organisée selon une structure de glissement perpétuel, la sphère médiatique permet aux soutiers du Barnum sarkozyste de se rouler dans le grotesque le plus absolu sans courir grand risque: un clou chasse l’autre, les données se dissolvent, les stupidités proférées se vaporisent dans l’accumulation incessante des dépêches. Une doxa générale s’établit (untel est nul, untel est fort), mais le maelstöm soigneusement entretenu rend difficile une critique précise et garantit ainsi une certaine forme d’impunité à la médiocrité de ceux qui nous gouvernent.
Mais grâce à son Grenier bien fourni, Le Grand Barnum entend contribuer à remettre au jour les déclarations honteuses des uns et des autres, et à bâtir une galerie de portraits non plus visuels, mais, si l’on peut dire, intellectuels.
Eric Woerth, phormidable soutier du barnum sarkozyste, s’offre comme un sujet de choix!
Car dans un univers sarkozyste et enchanté, où la crise mondiale —telle un nuage nucléaire bien connu— contourne une France que sa gestion impeccable met à l’abri de tout soubresaut, il vaut la peine de s’interroger sur les capacités intellectuelles véritables des soutiers qui prétendent diriger le bateau ivre de l’économie nationale…
Précisons d’emblée que toutes les citations présentes dans cet article sont malheureusement authentiques.
J’ai en effet profité des vacances pour réécouter un certain nombre de podcasts stockés pour la bonne bouche au cours de l’année. Le 24 juin dernier, Eric Woerth, ministre du budget, était interviewé pendant une heure et demi à la matinale de France Culture. Il y donnait toute la mesure de son talent et de sa personnalité vraiment très attachante.
Eric Woerth, bourgeois athlétique, uvéisé et fier de la place qu’il occupe dans le monde, est un homme qui exprime des idées moyennes à l’aide d’un vocabulaire plutôt pauvre, d’une gouaille de café du commerce et d’une syntaxe proche de celle d’un étudiant Erasmus chinois en première année de français-langue étrangère (FLE, pour les ignorants).
Fier d’appartenir au parti d’un président qui a les deux pieds dans le réel et, par conséquent, ne « s’enferme pas dans sa tour de Pise » (qui est en ivoire, comme chacun sait), M. Woerth a parfois un peu de mal à saisir le sens des questions retorses qui lui sont posées par Olivier Duhamel. Mais il sait mettre de l’ironie dans son discours et, en orateur hors pair, donner à sa voix un ton rieur lorsqu’il reconnaît, triomphant, “je suis un peu difficile de comprendre les choses”.
Passons sur les silences gênés de ses interlocuteurs, auxquels il faut reconnaître une élégance véritable (que je ne revendique pas pour ma part), celle qui consiste à ne pas appuyer là où ça fait (trop) mal. Et venons en au coeur de l’interview : la question du pouvoir d’achat, et celle du budget. Read more
sept
10
L’Université d’été du PS a été, la semaine dernière, le théâtre d’une petite révolte au sujet du cumul des mandats.
Le militant trouve que les hiérarques en font un peu trop, et certains, comme de juste, voudraient bien voir le gâteau électoral un peu plus largement partagé. On les comprend, hein…
La question du cumul des mandats est souvent rapportée à une autre, évidemment essentielle: celle de la capacité, pour un élu, à assumer les charges liées à chacun des mandats dont il est investi. L’idée étant qu’au delà d’un certain seuil, il ne peut plus faire correctement son travail d’élu.
Certains disent qu’au delà de quatre mandats, l’élu se moque du monde. D’autres fixent la limite à trois, à deux ou, tout simplement à un mandat unique, en arguant qu’un travail politique bien fait exige une attention de tous les instants.
Mais il est inutile de raisonner abstraitement. Tout dépend de la compétence de l’élu concerné, de sa vitesse de travail, de sa faculté de concentration. La véritable question à poser est la suivante : à partir de combien de mandat l’élu concerné atteint-il son seuil d’incompétence?
Evidemment, si l’on aborde le problème de la sorte, on en vient à constater que, pour certains élus, le cumul des mandats commence… dès le premier. Hélas, c’est un fait, certains ne parviennent même pas à supporter la charge de travail que leur impose l’unique mandat qu’ils détiennent.
C’est le cas de notre malheureuse et autotélique ministre de la Justice, celle qui « s’éclate au Pénal » (qui prend plaisir à durcir la législation?) et qui est enceinte-c’est-génial et organise un plan com autour de sa vie privée qu’elle ne veut pas dévoiler, mais qui a décidément beaucoup de mal à faire le boulot d’élu qui lui incombe au Conseil de Paris.
Cela semble évident: il faut interdire le cumul des mandats!
août
31
Pré-rentrée du Barnum – Le retour de Dati, ou la fête du neurone à la Chancellerie
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Voilà, c’est dit, Dame Dati a fait sa rentrée. Elle l’a du moins préparée au moyen d’un bel article de
propagande publié dans la Pravda où, vous en serez étonnés sans doute, on apprend qu’elle a cédé au nouveau mot d’ordre sarkozyste : elle a… changé. Au point que la Pravda nous parle d’une « nouvelle Rachida ».
À la lecture de l’article, on est à la fois rassuré et inquiet.
Rassuré parce que notre autotélique ministre n’a pas abandonné ce qui faisait le fond de son attachante psychologie. N’ayez nulle inquiétude, elle parle toujours d’elle-même, encore d’elle-même, à l’infini d’elle-même. Et a toujours à la bouche sa merveilleuse ascension et son phormidable parcours, comme autrefois. Et toujours avec un humour de qualité:
Hors de question de « lâcher cette affaire », comme elle le dit à propos de son ministère. Elle qui aime rappeler qu’elle vient de loin, et qu’il faut profiter de chaque seconde qui passe : «Parmi mes copains d’enfance, l’un est devenu un imam salafiste, l’autre est aux Minguettes!», dit-elle en pouffant de rire.
juil
27
Magnifier l’inutile : la petite révolution internet de la com sarkozyste
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Notre gouvernement a compris la leçon : les campagnes de pub hors de prix pour vanter l’action du gouvernement, ça n’est plus trop de saison. Un peu trop gros, et un peu trop cher surtout.
Alors on se rabat sur la com internet, histoire de séduire les internautes, les fameux bloggeurs, et tous les gens qui glandent au bureau (ce qui fait du monde) mais qui ont voté Sarkozy parce qu’ils ne sont pas des fonctionnaires ou des intermittents du spectacle, et qu’ils gagnent leur vie en travaillant très très dur.
Cela donne un certain nombre de gignolades assez salées, dans la veine du site de l’Elysée dont Le Barnum avait déjà parlé. Bien accrocheur, bien vulgaire, bien facile à comprendre. Bien méprisant aussi, selon la posture sarkozyste habituelle, qui consiste à formater sa com pour un public de débiles légers. Read more
juin
5
Rachida Dati mange son chapeau : open season au Barnum
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Ainsi, la grande palinodie a bien eu lieu, et Rachida Dati a fait volte-face. Après avoir défendu la décision du
TGI de Lille concernant l’annulation des fameuses noces, voilà que notre Garde des sceaux impose au parquet de faire appel, en invoquant pauvrement l’émotion suscitée par le jugement. En cela, Rachida Dati reste bien sarkozyste, puisque c’est l’émotion publique et le pathos qui la poussent à agir. Mais cette fidélité aux grands principes du Barnum n’y change rien : Dame Dati a bien mangé son chapeau! Et ça n’a pas dû être simple, car il était très très gros et pas très beau, son chapeau.
Par la même occasion -et c’est, de mon point de vue, le plus grave-, notre autotélique Garde des sceaux a donné tort au Grand Barnum qui était bien persuadé, il y a encore quelques jours, que Dame Dati resterait droite dans ses bottes fuselées. Mais je ne porte que de vrais panamas en paille ; ils sont comestibles, c’est l’avantage.
Erreur de jugement de notre part ? Non : j’avais mal perçu l’atmosphère qui règne dans le Barnum sarkozyste. Dame Dati n’a plus la cote, et certains entendent bien lui faire la peau. Read more










