Nicolas Sarkozy, Carla Bruni et l’amour du petit peuple, ou comment le clan sarkozyste commence à sérieusement s’inquiéter

Lors de son irruption inattendue dans la sarkozie, Carla Bruni sut très vite s’adapter à l’emploi. Coachée, liftée, lookée, formatée, elle devint rapidement l’un des rouages essentiels de la machine propagandiste du pouvoir, option couverture de magazines vendus aux caisses de supermarchés et séduction du 3e âge (prié d’oublier ses frasques et ses débordements de langage d’antant).

Carla Bruni constituait un objet médiatique simple, adaptable, efficace, et qui permettait à la presse de se sentir bien quand elle parlait d’elle. Mutine, libertine, malicieuse et dentue, elle était par la suite devenu une VFP, une Vraie Femme de Président, chargée de faire changer, une fois de plus, notre président ou au moins l’image que l’on donnerait de lui au bon peuple. Le Carlabrunisme était né : mélange de réaction anti-féministe, de mièvrerie, de culte du mâle présidentiel et d’obscénité sans la moindre limite, il transformait l’ego de madame en machine à décerveler la population. Et cela jusqu’à ce que les représentations du petit pornodrome en viennent à lasser.

Et là, Dadame Bruni fut priée de la mettre un peu en veilleuse si elle voulait bien. Et elle voulut bien. Tant mieux pour nous.

 

Mère Denis, regarde! Dadame Carla lit les mêmes journaux merdiques et les mêmes articles chiés à la chaîne que toi! Elle aime comme toi les séries de fond de tiroir avec des policiers moustachus! Elle est comme toi, tu es comme elle, ne l'oublie pas au moment de mettre ton bulletin dans l'urne!

Mais voilà, en ce mois de février où son « mec », comme elle le disait elle même à l’époque bling-bling (phase sarkozienne n° 1.2, cf. notre chronologie), aborde la phase délicate du « lancement » de sa campagne qui contraint l’UMP à payer désormais la propagande dégoulinante qui se faisait jusque là aux frais de la princesse, eh bien son « mec », justement, a décidé qu’il était le défenseur du peuple. Contre le « système ». Après le bouclier fiscal, la TVA antisociale, les cadeaux aux banques, le gouvernement par la finance pour la finance. Du peuple, assurément. Sans rire.

 

Mais évidemment que cela ne passe pas, pauvres communicants! Évidemment que c’est ridicule! Le pouvoir sarkozyste a toujours pris la population française pour un bataillon de poulets en déficience neuronale, mais là, tout de même, la sarkozie doit s’avouer qu’elle a atteint la limite. Et que personne ne va y croire.

Quitte à jouer le tout pour le tout, quitte à vouloir passer pour le président du peuple tout en s’affairant à l’écraser chaque jour un peu plus, l’UMP s’est donc dit qu’il valait mieux se contenter des apparences. Quitte à raconter qu’on gouverne pour le peuple sans pouvoir en donner la preuve, autant faire semblant et se dire qu’en « faisant peuple », la chose pourrait au moins passer auprès de quelques uns. C’est là que la VFP entre en jeu : Dadame Carla est priée de revenir sur scène, mais en rombière cette fois-ci, avec pour objectif de faire gober à la mère Denis qu’entre elle et Carlita, il n’y a pas tant de différences que ça, votez pour moi (enfin pour lui, mais s’il gagne, je gagne, alors au moins, faites le pour moi).

Et voilà comment le délicieux M. Dassault a ouvert à Carla Bruni les pages de son journal TV Magazine. Dans cette interview « rare » (dixit le plumitif qui l’a rédigée), la VFP démontre une fois de plus qu’elle est comme nous, qu’elle aime le tour de France, qu’elle regarde des séries abrutissantes sur Téléplouk et qu’elle regarde le Tour (ben voyons) :

[Sarko] m’a fait découvrir le Tour de France. Je trouve ce spectacle sublime, et les paysages traversés par les coureurs sont magnifiques. J’avoue y avoir vraiment pris goût…

Mais surtout, elle distille des jugements éclairants destinés à faire sentir au petit peuple qu’elle est quand même intello mais pas trop, bref, qu’elle pense comme lui, mais un tout petit peu mieux que lui (aurait-elle lu la Rhétorique d’Aristote?) avec ses mots simples et ses sentiments rase-bitume:

J’adore aussi Arte… Quelle belle chaîne intéressante !

Sublime, magnifique, intéressant, tout cela valait bien une interview. Le champ sémantique est pauvre, le discours plat comme un trottoir de rue, bref, ne tirons pas sur l’ambulance : la propagande touche le fond. À tel point qu’on en viendrait presque à souffrir pour la VFP. Car il y a fort à parier que Dadame Bruni a du quand même se sentir un peu mal lorsqu’elle s’est prêtée à ce jeu pitoyable. Un bel exemple de dévouement.

 

Carla Bruni, malgré ses millions, peut elle aussi avoir un look pas possible et une tronche à faire peur! Mère Denis, tu es comme elle, elle est comme toi: ne l'oublie pas au moment de mettre ton bulletin dans l'urne!

Tout cela, il y a quelques mois, aurait eu de quoi rendre fou de rage. Mais aujourd’hui, cet étalage grotesque a quand même quelque chose d’extrêmement plaisant.

D’abord parce qu’il montre de façon plus criante qu’à l’habitude que le clan sarkozyste méprise profondément la population, et que cela va bien finir par devenir insupportable à tous, quelle que soit la prochaine métamorphose organisée par les UMPistes.

Mais surtout parce qu’on a là une preuve éclatante que l’UMP panique ferme. Pour que la VFP ait accepté de se rouler dans le ridicule pour la cause, il faut vraiment que les sondages (les vrais, ceux des ex-RG qui ne font plus de travail de politique, bien sûr) soient déplorables. Ce que nous apprend surtout cette interview… c’est que le sortant va perdre.

Parce que très franchement, Carla en pull dégueu avachie sur son canapé, avec un maquillage à la truelle regardant « Plus cheume la life » au lieu de déambuler dans les salons de l’Élysée en donnant des ordres à ses laquais, ce n’est plus du populisme.

C’est une prédiction.

Similar Posts:

  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • Furl
  • Technorati
  • Wikio FR

3 Responses to “Nicolas Sarkozy, Carla Bruni et l’amour du petit peuple, ou comment le clan sarkozyste commence à sérieusement s’inquiéter”

  1. Le Juge Ti writes:

    On y apprend aussi qu’elle apprécie l’Amour est dans le pré. Et là on touche au grandiose : « j’aime le principe de rassembler des gens afin qu’ils puissent trouver l’amour ».

    J’en suis tout ému. J’étais certain que cet étalage des goûts télévisuels de C. B. provoquerait le retour en force du Grand Barnum. On l’en remercierait presque.

  2. barrir writes:

    Salut,
    dans la même veine :
    http://korben.info/sarko-oeuf.html

    Cdt.

  3. môssieu Loyal writes:

    … et attendez, monsieur Barnum, vous avez raté un épisode cocasse : celui de l’érection de la statue de la Plumassière à Nogent pour la modeste somme de 82 000 euros (de toute façon pour ce prix t’as plus rien, dirait Carla) en prétendu hommage aux ouvrières émigrées qui faisaient ce beau métier. Eh bien je vous offre un pot entier de Botox, monsieur Barnum, si vous arrivez à me dire de qui, le sculpteur a choisi de reproduire les traits, sur la statue de la Plumassière !