Un paradoxe sarkozyste: la « fierté d’être français »

boulangerChaque semaine, vient s’abattre sur notre malheureux pays une nouvelle déferlante de haine sarkozyste. Magistrats, chômeurs, cadres non productifs, instituteurs de maternelles, paresseux refusant de travailler le dimanche, enseignants-chercheurs, grutiers, sportifs non performants, étudiants inutiles, lycéens de série ES… Avec une régularité de métronome, Notre Président, l’Homme Qui Peut Tout se Permettre, allonge d’un cran la liste de ses anathèmes, de son dégoût, de son mépris et de ses écoeurements.

S’agit-il encore de l’homme qui, dans son programme présidentiel rutilant, précisait au point n°15 (Fiers d’être français):

C’est finalement sans doute le pire de nos renoncements que d’avoir cessé d’être fiers d’être français. [...] Si je suis élu, je ne cesserai d’affirmer notre fierté d’être français.

À l’entendre, il n’y aurait pourtant pas de quoi être fiers…

Pays de ratés, ramassis bourbeux de minables, de paresseux, d’assistés, d’incompétents, de débiles légers, d’inconscients, de perdants et de crevards: comment voulez-vous qu’elle suscite la fierté, cette  France,  qui reçoit chaque jour son lot mérité de crachats régaliens?

Mais qui sait? Peut-être que Nicolas Sarkozy et le vil peuple ne s’entendent-ils pas sur le sens des mots? Peut-être le lexique est-il en train de pourrir sur pied, comme dans toutes les situations de crise? Peut-être Nicolas Sarkozy ne ressent-il pas la fierté comme le font les gens de peu que nous sommes?

Ou peut-être la fierté d’être français est-elle tout simplement de la connerie en barre?

Pour résoudre cet étonnant mystère, penchons-nous un instant sur cette contradiction entre fierté proclamée et mépris bien réel, en regardant de plus près ce que Nicolas Sarkozy, refondateur éclairé du contrat social, peut bien entendre par « la fierté d’être français ».

Soulignons tout d’abord le caractère étrange d’une fierté appliquée à un état. On peut ressentier une fierté légitime pour ce que l’on fait ou a fait, pour une réussite, une production, un résultat. Bref, pour quelque chose de l’ordre de la praxis.

Mais fier d’être?  À qui accepte d’y réfléchir un instant, « la fierté d’être » revient simplement à « être content de soi », sentiment classique du crétin satisfait et du bourgeois couperosé, celui de Bouvard et Pécuchet ou, plutôt, du pharmacien Homais, sûr de son bon droit, dont le visage « n’exprime rien que la satisfaction de soi-même »…

Offrir à la population subjuguée la perspective d’une autosatisfaction bovine et perpétuelle a sans doute de quoi séduire. Mais quand on réduit l’être à une sorte d’essence nationale mal définie, alors on touche au sublime.

Méditons quelques instants sur l’association subtile d’un sentiment d’individualité (fier d’être) et de fusion dans un groupe (français), en adoptant à chaque fois un état d’esprit et un ton différents:

  • (intense après une victoire sportive) Fier d’être français!
  • (martial après une dégelée en opex) Fier d’être français!
  • (ému après une catastrophe quelconque) Fier d’être français!
  • (enflammé après une déclaration stupide au conseil de l’Europe) Fier d’être français!
  • (satisfait devant une rafle de sans papiers) Fier d’être français!
  • (carlabrunesque après une émission de Drucker) Fière d’être française!
  • (éructant devant le poste où Besson fait l’éloge des balances) Fier d’être français!
  • (reconnaissant après avoir échappé à un alcotest irrémédiablement positif) Fier d’être français!
  • (fascisant en lisant une histoire de la milice et en répondant à un portable au fond d’écran affichant « OAS toujours » comme mon voisin de train dimanche dernier): Fier d’être français!

Soyez fiers de faire partie du groupe dont vous faites partie: le programme sakozyste, ou l’ultime castration de l’autonomie individuelle, et la fierté d’être français comme ultime refuge des démunis affectifs…

Comment comprendre, dans ce cas, le mépris dont Notre Président couvre ce groupe destiné, parce qu’il est français, à être si fier de lui-même?

Simplement parce que, « français », pour Nicolas Sarkozy, est un terme qui désigne une abstraction caporaliste, des individus qui font partie du groupe, adhèrent aux  « valeurs » (?) qu’on a définies pour eux, marchent droit et suivent le chef…

Et certainement pas des individus autonomes ayant le mauvais goût de refuser le brouet spécialement concocté pour eux.

Similar Posts:

  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • Furl
  • Technorati
  • Wikio FR

18 Responses to “Un paradoxe sarkozyste: la « fierté d’être français »”

  1. Luc writes:

    en optimiste, j’en retiens, que le triste sbire connaît au moins une chanson de Brassens : il s’agit de celle, où il est question des imbéciles QUI SONT FIERS D’ETRE NES QUELQUE PART.

  2. Le Juge Ti writes:

    Salutaire retour sur ce qui fut un thème récurrent de Sarkozy pendant la campagne. Il présentait ce discours comme une marque d’indépendance d’esprit, d’audace intellectuelle. Et il prend la même posture lorsqu’il éructe maintenant son mépris à la face de ses concitoyens (voir par ex. le Canard de cette semaine, à propos des enseignants : « ils sont insupportables, infréquentables, haïssables. C’est bien simple, quand je visite une école, je demande toujours à voir les femmes de ménage et les cantinières et je leur serre la main, car ce sont les seuls gens normaux de l’établissement »).
    Le rapprochement entre les deux n’avait jamais été fait, me semble-t-il, et il est tout à fait éclairant.

  3. Luc writes:

    (@Le Juge Ti) ce sinistre personnage se tire dans les pattes ! Car enfin, sauf erreur majeure de ma part : les femmes de ménage sont loin d’être toujours françaises !!!

  4. Crapaud froid writes:

    Superbe! Dans la forme d’abord, (le lexique « en train de pourrir sur pied »), et dans le fond ensuite, jusqu’à la chute avec cette fierté « caporaliste » enfin débusquée !
    Il va sans dire que cette fierté se paie d’un mépris pour autrui qui va de paire avec le mépris pour le langage. Même quand il n’insulte pas, Sarkozy est insultant en utilisant un langage indigne de sa fonction. D’un autre côté, je me demande qu’il ne serait pas encore plus dangereux s’il était à la hauteur de sa fonction.

  5. Crapaud froid writes:

    Petite citation de Friedrich Nietzsche pour expliquer, peut-être, d’où vient la vulgarité de notre président : « Les hommes d’action roulent comme roule la pierre, conformément à l’absurdité de la mécanique. »

  6. Luc writes:

    on comprend mal comment Crapaud froid peut voir un homme d’action, là où il n’y a qu’un lêche-medef sans grand talent : les poses volontaristes, ou la phraséologie à base de « moi » et de « je », ne sauraient faire illusion.

  7. Crapaud froid writes:

    @Luc: Sarkozy est assurément un « homme d’action » dans la mesure où parler, discourir, décider, se marier, etc. sont d’abord des actions. En parler ainsi n’a rien de flatteur. Beaucoup d’actions chez Sarkozy, mais aucun acte au sens fort et juridique du terme, sinon pour mépriser : passer les banlieues au Karcher, discours de Dakar et du 22 janvier ultra-méprisants. Les discours d’un président sont censés fonder sa politique, mais ceux de Sarkozy et de ses sbires tiennent lieu de politique. C’est dramatique.

  8. Crapaud froid writes:

    Permettez-moi cette longue citation de « de Defensa« :

    « Il y a, résolument de la part de nos dirigeants, une démarche conceptuelle dans leur façon de faire leur politique (et non plus dans le choix de leur politique). Cette démarche conceptuelle concerne la forme et elle est résolument non-conceptuelle sur le fond puisqu’elle s’appuie sur un concept vide, non pas vide par manquement ou par insuffisance mais par sa nature même. (…) Ils ont l’impression de fouler la réalité, un peu comme on emmène un visiteur dans le quartier réservé d’une ville, ou bien au zoo. Cet activisme forcené mais léger comme une bulle (beaucoup de gestes, de paroles, aucune substance) interdit une psychologie forte. Le discours est mou, malléable comme du chewing-gum, dans les bornes de fer du conformisme (démocratie, marché libre, antiracisme, etc). Manquent ces attitudes qui, littéralement, transcendent les foules et soulèvent les peuples : la conviction, l’ardeur de la vision, la transmission dans la parole et l’acte de ce qui fait la force incroyable d’une psychologie, comme on dit, “habitée”. »

  9. Rébus writes:

    Excellent, comme toujours

  10. LGB writes:

    Merci à vous tous pour votre participation de plus en plus active et de plus en plus essentielle à ce blog!

  11. LGB writes:

    @ Crapaud froid

    Sarkozy serait-il plus dangereux s’il était à la hauteur de sa fonction? La question est bien posée, mais je peine à la penser…

    Ses options idéologiques les plus dangereuses, celles qui précisément affectent la forme de son action/discours/agitation, ne sont-elles pas précisément ce qui lui interdit d’être à la hauteur de la fonction? Et être à la hauteur de sa fonction ne lui interdirait-il pas les pires des errements qui sont les siens?

    Bref, on se demande si l’on peut vraiment séparer son incapacité à incarner ce qu’il devrait incarner du danger fondamental qu’il représente…

    Je vais cogiter…

  12. môssieu Loyal writes:

    mon impression, Monsieur Barnum, est que Crapaud froid s’est fourré le doigt dans l’oeil dès le départ. En réalité les concepts sur lesquels s’appuie Sarkozy sont à peu de choses près les mêmes, que ceux de son prédécesseur. S’ils apparaissent flous (etc.) à Crapaud froid c’est simplement qu’ils sont encore un peu moins crédibles, dans la bouche du petit lêche-medef. Mais à la limite, et loin d’être dramatique (?) : c’est là plutôt, rassurant.

  13. Crapaud froid writes:

    Si Sarkozy avait été « à la hauteur de sa fonction », donc de ses ambitions pour lui-même et pour la France, il aurait fait le même boulot que Margaret Thatcher : grosse augmentation de la productivité, et coûts sociaux proportionnels.

    @môssieur Loyal qui écrit : « S’ils [les concepts] apparaissent flous (etc.) à Crapaud froid c’est simplement qu’ils sont encore un peu moins crédibles, dans la bouche du petit lêche-medef. » : la question n’est pas qu’ils m’apparaissent flous, ils SONT flous. J’adhère sans réserve à la citation que j’ai copiée/collée où il est dit : « Le discours est mou, malléable comme du chewing-gum, dans les bornes de fer du conformisme ». Cette phrase, par exemple : « Moi, je vois dans l’évaluation, la récompense de la performance. S’il n’y a pas d’évaluation, il n’y a pas de performance ». L’auteur de http://evaluation.hypotheses.org/354 écrit à ce propos : « Frottons-nous les yeux. Il est impossible de croire que notre Président ait vraiment voulu dire que « l’évaluation » serait « la récompense de la performance », au sens où l’on récompenserait une « performance » par une « évaluation ». Un peu plus loin il constate : « la presque totalité des phrases se caractérise par les mêmes approximations, qui obligent l’auditeur ou le lecteur à les rectifier mentalement les unes après les autres pour donner un sens à ces propos cahotiques ».

  14. môssieu Loyal writes:

    oui bien sûr, Crapaud froid, et je ne peux qu’adhérer à votre constat : nombre de phrases du sarcaud nécessiteraient d’être rectifiées pour devenir intelligibles. Mais pour cela il faudrait d’abord que le public fasse attention à ce que le sarcaud raconte. Etes-vous sûr que ce soit le cas ?

  15. L. Nemeth, fils d'immigré hongrois writes:

    Fierté d’être français ? Trop occupé sans doute, à se faire masser le périnée aux frais du contribuable, ce poussah aura oublié un « détail » : si la France a pu représenter quelque chose pour les hommes (et femmes) libres, c’est bien parce que ce pays était identifié à la Révolution…

  16. COLAS Nicole writes:

    ATTENTION => SAROKO, le nain inculte, a facilité la procédure d’Hospitalisation d’Office
    Ainsi un commissaire et un préfet grâce à des psychiatres complices peuvent vous mettre en HO pour vous faire taire et le temps qu’il veut.
    REAGISSEZ
    POSSEDE DOSSIERS ACCABLANTS POUR QUI VEUT REAGIR
    01 46 21 16 67

  17. LE BEC writes:

    Bonjour à Toutes et Tous !
    Dans son Traité de la Tolérance, Voltaire disait en son temps : « Je suis Humain avant d’être Français ».
    J’ai toujours adhéré à cette affirmation et d’autant plus à l’ère Sarkozy où nos dirigeants politiques bafouent quotidiennement les droits humains les plus élémentaires représentant les valeurs qui ont fait l’identité de la France au fil des âges (respect de l’individu en tout, solidarité, partage, fraternité, liberté INDIVIDUELLE ………..).
    Le retour de bâton n’en sera que plus massif !
    Confiance en l’Avenir et portez-vous bien !
    Ptilou

  18. Riosserpud writes:

    Je propose cet article : http://andromaqueseparfume.unblog.fr/2012/06/03/fiers-detre-francais/