Quelques remarques sur l’obscénité dans la France sarkozyste

changengacepousesqk2Une erreur trop répandue tend à faire croire que l’obscénité n’apparaît que lorsque le sexuel entre en jeu. Ainsi, l’obscénité est-elle souvent associée à la grivoiserie, au rire gras du sous entendu crypto-pornographique, aux « cochonneries »:

Les trois hommes causaient cochonneries, parlaient chacun d’une petite collection d’obscénités, dont ils se régalaient chez eux.

GONCOURT, Journal, 1867, p. 389

C’est là une erreur fondamentale. Car on peut être obscène sans même sous entendre le moindre début d’une allusion sexuelle. Ainsi, les débalages sentimentalo-intimistes de Carla Bruni racontant sa vie de couple sont-ils parfaitement obscènes, sans pour autant contenir la moindre once de grossièreté ou de vicelarditude.

La France sarkozyste, en effet, est obscène d’une autre manière. Elle nous ramène à la définition la plus archaïque de l’obscénité.

L’obscène, avant d’être une évocation lubrique, est simplement ce qui vous force à imaginer ce que vous préféreriez ne pas avoir à imaginer. Rien n’interdit, ensuite, que cette obscénité soit redoublée par une autre, plus grivoise… Une sorte d’obscénité au carré, en somme.

Sénèque le Père (père de Sénèque le vrai Sénèque que tout le monde connaît) critiquait un rhéteur de son temps parce qu’il tenait des propos obscènes dans ses discours. Des propos qui obligeaient les auditeurs à imaginer des choses indignes. Des propos visuels en somme, qui s’immisçaient dans l’imaginaire du public. Ainsi, le rhéteur en question, Julius Bassus avait-il attaqué une femme prostituée de force par ses ravisseurs en lui lançant:

« montre nous ta main tachée par la rouille des piécettes que te donnaient tes clients »

Obscénité, nous dit le critique, que cette phrase qui met sous les yeux du public une scène de bordel parfaitement indigne.

On retrouve là le problème de la propagande sarkozyste et de son obscénité consubstantielle.

sarkobruni

Si les multiples récits de Carla Bruni sont obscènes, c’est précisément pour les raisons mêmes qui faisaient du propos de Bassus une obscénité caractérisée: ils nous forcent à imaginer des choses que nous ne voulons pas nous imaginer, que nous ne voudrions même pas savoir…

En nous infligeant les mièvres images d’un couple aseptisé en goguette pendant la Grande virée du Pornodrome Egyptien, N. Sarkozy est obscène. En nous racontant qu’elle boit du champagne pour calmer sa courante, Carla B. est obscène. En nous racontant qu’elle réveille son mari en jouant de la musique la nuit, Carla B. est obscène

Existe-t-il une limite à cette obscénité tellement en vogue? Justement, on peut penser que non.

Car lorsque la prof de gym personnelle de N. Sarkozy nous explique (dans une interview complaisamment rapportée par The Guardian) qu’elle assiste Notre Président dans l’exécution régulière d’exercices du périnée, nous apprend qu’il a perdu du poids et souligne que ces exercices procurent des avantages qu’on rougirait de citer ici, on peut se demander quelle barrière il reste à lever:

Because according to Nicolas Sarkozy‘s personal trainer, Julie Imperiali, the French president has shed 4kg and shrunk two trouser sizes since she got him working the muscles of his pelvic floor 10 months ago. What’s more, if he is anything like her other clients (who include France’s first lady, Carla Bruni), the innovative exercise regime – based on controlling and strengthening the perineal muscles – will have improved the presidential sex life somewhat, too.

Libre à vous, désormais, d’imaginer N. Sarkozy pratiquer discrètement ses exercices du périnée en plein conseil des ministres (et hop, on contracte quand Hortefeux parle des pauvres, hop, on relâche, l’air de rien, en écoutant Besson chiffrer les expulsions de la semaine). Ou de pleurer sur un dirigeant qui impose à ses citoyens une image de lui-même dont ils préféreraient tout ignorer.

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24 Responses to “Quelques remarques sur l’obscénité dans la France sarkozyste”

  1. La prof de gym writes:

    non mais vous voulez me mettre au chômage ? pendant que le clown, continuerait de péter dans la soie ? en plus de çà, tous les médecins peuvent vous le dire : la gymnastique du périnée c’est bon pour les petits-péteux.

  2. Crapaud froid writes:

    Pourquoi êtes-vous le seul à dénoncer cette obscénité alors que les (autres) journalistes n’y voient rien à redire ?

  3. Lagrenouille writes:

    non mais tu déconnes ou quoi, Crapaud froid ? s’ils n’y voient rien à redire, c’est qu’ils en croquent (ou qu’ils espèrent en croquer un jour).

  4. Hiko Nograf writes:

    bravo aussi à l’auteur de l’article, pour le choix de la photo. Car on a rarement vu quelque chose d’aussi OBSCENE que cette image dont il faut la scruter pour savoir si l’interlocutrice est Cecilia ou Carla : tant l’important est ici la présence de viande féminine (peu importe son identité, à la limite).

  5. Crapaud froid writes:

    @lagrenouille: « ils en croquent » ??? Sans doute trop bonne poire, j’avais tendance à penser qu’ils étaient seulement soumis à la loi de la concurrence, censée les obliger à parler de ce dont les autres parlent.

  6. Salamandre chaude writes:

    Obscénité au carré,et même puissance 3 : la télévision (un cube?) en arrière-plan, symbole trivial du culte de l’image, avec des sortes de cassettes vidéo qui traînent par terre, ça aussi c’est obscène !
    PS peut-on avoir plus d’infos sur la 1ère photo en noir et blanc ?

  7. Le Juge Ti writes:

    Merci pour cet article brillant, qui complète admirablement un billet que j’avais lu il y a plus d’un an sur le blog de P. Assouline – http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/12/26/souviens-toi-que-tu-es-homme-et-dieu/ . Assouline se faisait l’écho d’une tribune d’un universitaire montpelliérain, lequel universitaire déplorait que Sarko n’ait jamais lu Kantorowicz, Les deux corps du roi. Il concluait : « Le mystère consubstantiel à la fonction ne s’accommode pas d’une transparence qui a la vulgarité naïve de l’étalage. »

  8. LGB writes:

    @ Salamandre chaude

    Merci pour votre commentaire, je n’avais pas pensé au culte de l’image.

    La première photo est celle de Eng et Cheng, les premiers « siamois » de l’histoire: deux hommes « siamois » dans tous les sens du terme, qui posent là avec leurs femmes respectives et leurs enfants. Employés du cirque Barnum qui exhibait leur infirmité…

    On a beaucoup jasé sur la vie sexuelle d’Eng et Cheng et de leurs épouses. Ces ragots nourrissaient leur célébrité et l’affluence du public au cirque. D’où la photo…

  9. LGB writes:

    Pourquoi les médias ne réagissent-ils pas?… Mystère.

    Parce qu’il faut bien parler de ce dont tout le monde parle. Acquiescer à ce que tout le monde tolère. Et participer lentement à l’avilissement général…

    Il faut oublier l’idée que la presse puisse être une force de contestation.

  10. alecto writes:

    Si les médias – qui font partie , nolens volens, de l’ »Establishment » se complaisent dans l’obscénité justement dénoncée par LGB, c’est aussi parce qu’ils y trouvent un intérêt financier: la vie intime des « puissants » est un sujet très « vendeur ».
    D’autre part, la constitution française tend à faire du président de la république une sorte de monarque : le couple régnant a toutes les facilités pour réintroduire la vie de cour que Louis XIV inventa pour tenir les nobles à sa discrétion. Rivalisant pour obtenir de menus privilèges, les plus grands aspiraient à jouer un rôle au coucher du roi…

  11. Salamandre chaude writes:

    Merci pour ces précisions. En effet, cette photo pathétique illustre bien votre propos. L’étymologie du mot ob-scène nous apprend que l’obscénité met sur le devant de la scène ce qui n’est pas montrable, comme on peut le découvrir dans cet article : http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/archive/2007/12/12/obscene.html
    C’est pourquoi obscène a un deuxième sens qui renvoie à la comédie du pouvoir comme le pressentait Voltaire:
    « Pour Voltaire, l’obscénité est le prétexte dont abusent les pouvoirs pour se débarrasser des gêneurs  » (id;)

    @Crapaud froid
    La presse a parlé de l’obscénité de Monsieur S…
    Mais pas, les médias dominants, il est vrai, plutôt ceux qu’on trouve sur le Web :
    http://www.plumedepresse.com/spip.php?breve22

    http://www.betapolitique.fr/Nicolas-Sarkozy-pervers-ou-04810.html

    Cela n’enlève rien à la pertinence du présent article de LGB

  12. Crapaud froid writes:

    @Salamandre chaude (« La presse a parlé de l’obscénité de Monsieur S… Mais pas, les médias dominants, il est vrai, plutôt ceux qu’on trouve sur le Web ») Effectivement. Découvrant depuis quelques mois les sites intéressants et critiques, je ne m’étonne plus du déclin de la presse écrite. Mais pour ça il fallut que je me fasse virer, que je cherche « chômage » sur Google, et que je les découvre peu à peu. Avant, je croyais que les blogs n’étaient que bavardages.

  13. Salamandre chaude writes:

    Navré que vous ayez découvert des blogs intéressants dans de si mauvaises conditions.
    Un moyen simple de suivre de l’information de qualité : enregistrez dans vos sites préférés le portail http://rezo.net/ . Toute la journée, vous aurez accès directement à des informations, des analyses mais aussi de l’art qu’on ne diffuse pas aux 20 heures ou à France Inter… C’est d’ailleurs grâce à rezo.net que je suis tombé sur cette article de LGB. ;-)

    Le meilleur usage d’Internet : « si tu ne sais pas, demande. Si tu sais, partage » (c’est pas de moi, mais j’aime bien)
    Et je vous souhaite de retrouver un bon job…

  14. LGB writes:

    Repris sur Betapolitique

  15. Ysabeau writes:

    Euh, non je préfère ne pas imaginer les exercices.
    Plus ça va plus je me dis que monsieur le président de la république française n’a pas encore vraiment compris ce qu’est sa fonction et qu’il doit la confondre avec les vaines agitations médiatiques des gens de la « jet-set ».

  16. Luc writes:

    mon point de vue Ysabeau est que le pétomane n’a au contraire que trop bien compris ce qu’est sa FONCTION, et que s’il « surjoue » son rôle, avec au besoin quelques provoques un peu grosses (Rolex etc., sans oublier bien sûr le champagne pour soigner la courante de son épouse) le Medef, pendant ce temps, n’a en réalité pas trop à se plaindre de lui, ni de la clique infâme qui l’entoure…

  17. anita writes:

    Cet article nous éclaire sur le fondement de sa politique.
    Je vous en remercie. Vivre en pet a un coût, hélas.

  18. Crapaud froid writes:

    Libé annonce que la 4ième demande de mise en liberté de Coupat est refusée. http://www.liberation.fr/societe/01...
    Je pense qu’il faut faire quelque chose, par exemple exiger du parquet qu’il communique ses prétendus « éléments du dossier » sur la base desquels il prétend se justifier.

  19. Luc writes:

    dans un Etat de droit, Crapaud froid, c’est à ma connaissance TOUT magistrat qui est tenu de se justifier (surtout lorsqu’il prétend, comme ici, priver autrui de sa liberté). Mais les esprits malicieux, espèce très répandue par les temps qui courent, assurent que se justifier ne fait pas partie de la culture d’entreprise de nos magistrats : bien contents qu’ils sont, d’empocher le pognon de la République, mais fondamentalement nostalgiques de l’Ancien Régime. Et si je te le dis, Crapaud froid, c’est que c’est vrai.

  20. Aurélie writes:

    Un nouveau rebondissement dans l’obscénité : elle voudrait un enfant mais n’est pas sûre de pouvoir encore en avoir.
    Et maintenant, ça y est, on peut l’imaginer en train d’examiner religieusement sa glaire cervicale chaque matin…
    Beurk.

  21. Garyogrin writes:

    S’agissant du thème de l’article et de la personne de Nicolas Sarkozy ainsi que de son entourage variable, il m’est venu la formule suivante: « Vulgaire toujours, obscène souvent ».

  22. Lucaniste writes:

    Je suis étonné de votre définition de l’obscénité. La première chose qu’elle m’évoque est que serait obscène toute image de l’ennemi.

    Ainsi, pour bien des votants pour Sarkozy, un monde de gauche est obscène, et ils n’en veulent rien savoir, entendre, voir.

    Seulement eux, bien sûr, et Sarkozy, ne se gênent pas d’étaler les images de qui ne pense pas comme eux. Donc à ce jeu-là l’histoire est plutôt celle du pouvoir d’afficher ses images.

    Comme si la gauche, je m’attriste de ces observations, avait fini par culpabiliser de montrer ses images, intégrant cette définition de l’obscénité que, probablement, les sarkozystes partagent tout à fait.

    Or, et ce n’est pas du tout contredit par vos exemples, il me semble que l’obscénité signifie autre chose (cf. Quignard). Devant, la scène, et derrière : l’obscène.

    Ce n’est pas que visible/caché, encore moins ce qui heurte ou ne heurte pas, mais devant ou derrière un rideau, sur scène ou en coulisses. Et votre définition oublie malheureusement cette structuration de l’espace.

    Peut-être parce que Sarkozy ramène sur scène l’obscène. Mais c’est là un effet théâtral, pour ainsi dire, et ne remet pas en cause l’existence d’un théâtre. Parce que, je le redis, à ce jeu-là, si Sarkozy porte l’obscène sur scène, qui est ce que les non-sarkozystes ne veulent pas voir, à gauche toute scène, entendue justement comme ce que les gens de droite ne veulent pas voir, devient obscène.

    Votre excellent blog aurait je pense gagné à voir les choses ainsi, et cela nous aurait éviter les larmes.

  23. communiqué de presse gratuit writes:

    communiqué de presse gratuit…

    [...]Quelques remarques sur l’obscénité dans la France sarkozyste | Le Grand Barnum[...]…

  24. Nicolas Sarkozy, Carla Bruni et l’amour du petit peuple, ou comment le clan sarkozyste commence à sérieusement s’inquiéter | Le Grand Barnum writes:

    [...] mélange de réaction anti-féministe, de mièvrerie, de culte du mâle présidentiel et d’obscénité sans la moindre limite, il transformait l’ego de madame en machine à décerveler la [...]