Rachida Dati à l’ENM: derniers hoquets d’une incompétente sur le départ
Lundi, 9 février 2009
Bientôt, très bientôt, s’achèvera l’atterrante saga du Garde des Sceaux le plus incompétent, le plus indécent, le plus pistonné et le moins cortiqué que la cinquième République ait jamais connu. Rachida Dati, fanal du droit français, Everest de la jurisprudence, Mont Blanc de la procédure pénale et nouvel Hegel de la philosophie du droit va nous quitter.
Elle ira expier au parlement européen sa métamorphose en boulet politique désormais trop embarrassant pour le Prince qui, sur un caprice insensé, avait décidé de la placer là où elle se trouve. Elle devra donc se dégoter un autre budget que celui de la Justice française -l’une des plus pauvres d’Europe, soit dit en passant- pour faire exploser derechef ses frais de réception. Il lui faudra s’inventer un autre poste où elle pourra passer ses nerfs sur plus compétent qu’elle, comme elle le faisait régulièrement sur ses -nombreux- directeurs de cabinet. Elle aura à découvrir un autre moyen de faire parler d’elle et de séduire une presse qui, après l’avoir portée aux nues, la vomit désormais…
Il est plusieurs manières de quitter les ors de la République. En catimini. Avec panache. En se faisant regretter. Ou en en rajoutant dans la descente vers les abîmes de l’indigence intellectuelle.
En visite à l’École nationale de la magistrature, à Bordeaux, le 5 février dernier, Dame Dati s’était mis en tête de délivrer un beau discours aux auditeurs de justice fraîchement entrés à l’École.
Las, ce n’est pas toujours facile de faire un beau discours. Il faut bien parler, sans trop bégayer, sans trop lire son texte. Voilà qui est déjà fort délicat. Et puis il faut avoir des choses à dire. C’est encore moins facile, quand on est devenue inutile, et que la presse, même la plus servile, a décidé qu’elle se foutait désormais de la marque de vos strings et des origines de votre accouchement (ce que c’est que d’être has-been). Et puis il faut aussi quelques maximes bien senties. C’est toujours bien les maximes, une petite pensée frappée au coin du bon sens ramassée dans une forme brève et bien balancée…
Dame Dati avait donc décidé d’énoncer une forte maxime. Quelque chose entre Chamfort et La Rochefoucauld. Elle la prépara donc, puis, suivant la ligne de son script d’un doigt crispé, elle réussit péniblement à la hoqueter, en butant sur les mots, devant un public pas vraiment conquis:
L’indépendance n’est pas un dogme. Il ne suffit pas de la proclamer. Elle se mérite par la qualité de son travail. Elle se mérite par la légitimité de ses décisions.
On savait déjà combien la capacité conceptuelle de Dame Dati était étroitement limitée. Mais de là à transformer l’indépendance des juges en cadeau du pouvoir…
Reprenons le fin raisonnement de notre très certainement future intégrée « tour extérieur » au Conseil d’État, et déployons le dans toute son ampleur, more geometrico:
- l’indépendance se mérite.
- ce qui signifie donc, que, d’une manière ou d’une autre, elle est accordée par quelqu’un. Parions que ce quelqu’un est « le pouvoir », soit le gouvernement
- par conséquent, le gouvernement accordera l’indépendance aux juges qui le méritent selon les critères qu’il aura lui-même fixés
- en répondant à des critères fixés par une autorité autre que judiciaire, les juges abandonnent néanmoins toute indépendance
- seuls les juges soumis au pouvoir pourront donc prétendre à l’indépendance
- par conséquent, on n’accordera l’indépendance qu’à ceux qui ne seront pas susceptibles d’en faire usage
Face à ce brillant épichérème, on peut choisir deux interprétations différentes.
La première consiste à considérer que Rachida Dati ne fait là que confirmer son incompétence, et que sa déclaration n’est qu’une preuve nouvelle de sa difficulté à manier plus d’un concept à la fois. Pensez-vous, dogme, indépendance, droit, devoir, mérite, cela fait quand même beaucoup d’idées à mettre bout à bout. Récidive, délinquant, peine plancher, c’est évidemment beaucoup plus facile…
La seconde interprétation est plus sombre. Elle consiste à oublier la disgrâce dont souffre Dame Dati, et à considérer qu’elle est l’interprète de la pensée du pouvoir en place, lequel a déjà maintes fois exprimé son intention de s‘essuyer les pieds sur une Justice transformée en paillasson des puissants. Si cet interprétation est la bonne, nous sommes mûrs pour la dictature.
Mais soyons honnêtes: la première interprétation, celle de la nullité, et donc de la vacuité politique, reste quand même la plus vraisemblable. Par son inventivité merveilleuse, Dame Dati aura réussi à conforter son Maître dans sa décision de la débarquer.
Vous pouvez partir, maintenant, Dame Dati, et vite : même celui qui vous avait placée là ne vous regrettera pas. Et vos collègues de Strasbourg seront ravis, à leur tour, de commenter vos bourdes.
Similar Posts:
- Rachida Dati et les européennes, ou le courage d’en rire
- Le monologue de Nicolas Sarkozy, ou la faillite de l’état de droit
- Comment Nicolas Sarkozy s’apprête à piétiner l’institution judiciaire
- Pré-rentrée du Barnum – Le retour de Dati, ou la fête du neurone à la Chancellerie
- Les cireurs et le parquet
- L’ego sarkozyste et la justice: la minute lexicale du barnum







No. 1 — février 9th, 2009 at 11:16
« le le plus indécent », chtite erreur de frappe?
ou c pour le hoquetement de « Belle Amie »?
A l’école nationale, ils ont dû bien rire jaune.
Ses paroles c’est l’hopital qui se fout de la charité.
Dernière ordurerie: le fusible chargé d’investiguer en pleine nuit à Metz a reçu 14 000 euros de prime annuelle, soit 20% de son salaire en plus pour avoir fermer sa gueule et encaisser les foudres des médias et de la magistrature
Histoire de laisser encore un peu plus le torchon souillé.
No. 2 — février 9th, 2009 at 11:56
Merci, Emachedé, de m’avoir signalé cette coquille. Mais c pour le hoquet, je ne vois pas…
Merci également pour l’info concernant Metz.
Seul problème: je viens de lire dans l’Obs que Dame Dati pourrait rester en poste jusqu’en juin. Nous n’avons donc sans doute pas encore touché le fond: il lui reste finalement un peu de temps pour parfaire son oeuvre.
Comme le dit mon graffiti préféré: How low can you go ?
No. 3 — février 11th, 2009 at 22:23
Repris sur Betapolitique.
No. 4 — février 12th, 2009 at 5:16
Je dirais même plus Annapurna de l’arrivisme ! elle est prête à tout pour monter… jusqu’où ?
No. 5 — février 12th, 2009 at 8:11
Bonjour,
Tout à fait d’accord, mais le plus grave est: « nous sommes mûrs pour la dictature. »… hélas.
No. 6 — février 12th, 2009 at 10:03
j’ajouterai encore ceci, cochise_fr. Pour ce qui est de la dictature, et/ou de la propagande : il y a quelque chose d’un peu effrayant dans la facilité avec laquelle l’intoxe journalistique a pu faire, que cette sinistre créature se retrouve identifiée à ses « origines ». Là où en réalité elle est le pur produit, de tout ce que l’idéologie de la vieille France peut produire de plus rance.
No. 7 — février 12th, 2009 at 11:45
Bonjour,
« La Lettre de Jaurès » a publié cet excellent article sur l’indépendance de la Justice vue par Mme Dati ex futur Ministre de la « justice » et futur Députée européen. Disgrâce, exil lettre de cachée. Le « monarque » a parlé, il sera bientôt bien seul dans son palais.
« La Lettre de Jaurès »
No. 8 — février 13th, 2009 at 1:15
@ b.mode
Jusqu’où? On espère pas plus haut que là où elle est. Une fois encore, je parie sur le conseil d’Etat…
No. 9 — février 14th, 2009 at 8:48
Elle a du rastignac en elle ! Elle peut encore monter… Pourquoi pas premier sinistre ? puisque cette fonction n’existe plus sous Nicolas 1er! Et elle sait être aux ordres de qui tu sais… ça oui !
No. 10 — avril 26th, 2009 at 10:45
Dame Dati a le destins des courtisan(e)s. Le Prince les fait, le Prince s’en lasse, le Prince les jette.
Au-delà de sa consternante superficialité – elle est loin d’être la seule sur la scène politique – elle est surtout l’incarnation caricaturale de ces créatures sarkozyennes : traîtres et / ou arrivistes, plus dociles et plus jetables que les politiques dotés d’une base électorale.
Le sarkozysme me rappelle par certains côtés le fonctionnement de l’empire ottoman, où tous les hauts fonctionnaires était des esclaves du sultan.