Rachida Dati et les européennes, ou le courage d’en rire
Vendredi, 24 avril 2009
On a eu plus d’une fois l’occasion de relever ici les nombreux travers de Dame Dati : autotélisme, incompétence et pauvreté conceptuelle, caporalisme, absence d’engagement dans les fonctions qu’elle fait mine d’occuper…
Il est temps aujourd’hui de rééquilibrer la balance, et de reconnaître à Dame Dati une qualité non négligeable : celle d’avoir parfaitement compris les règles du jeu et de les exploiter en toute connaissance de cause.
Partons du petit jeu affligeant auquel elle s’est livrée face aux jeunes (???) de l’UMP. Questions réponses, donc, où notre autotélique ministre s’est passablement embourbée, jusqu’à fournir à Libé son titre du jour par une déclaration de haute tenue précisant sa vision de la machine européenne :
L’Europe s’occupe de ce qu’on lui donne à s’occuper avec les personnes qui peuvent porter ces affaires à s’occuper.
Voilà qui nous ramènerait presque à l’ENM, quelques mois en arrière…
L’enregistrement de la chose vaut la peine qu’on lui consacre quelques instants.
Beaucoup ont ricané face à cette prestation qui n’est pourtant pas plus lamentable que celles dont Dame Dati nous gratifiait à ses débuts. Mais l’encens, désormais, a été remisé au placard, et il est maintenant de bon ton de critiquer celle dont on enregistrait avec vénération les moindres gargouillements gastriques il y a quelques mois. La chute est rude, et la chasse médiatique à nouveau ouverte. S’en plaindra-t-on? Non, il ne faut quand même pas trop en demander. Mais on a malgré tout du mal à applaudir un monde médiatique qui mesure la dureté de ses attaques au statut de ses victimes.
Beaucoup ont évidemment défendu la malheureuse incompétente en opposant les arguments faciles de l’atmosphère, de la détente, de l’absence de sérieux qui marquait la rencontre. Dame Dati elle-même nous explique qu’elle était là pour rigoler… La politique, « c’est aussi rire », apprend-on ainsi. Rire de ces couillons d’électeurs?
Que l’on s’afflige, que l’on apprécie, ou que l’on s’efforce (en vain) de compter à cette occasion le nombre de dents de Dame Dati, il ne faut pas longtemps pour se rendre compte que le fond du problème est tout autre. Que Dame Dati ne sache rien, qu’elle ne parvienne pas à élaborer une phrase correcte et qu’elle dispose en tout et pour tout d’une petite dizaine de concepts esseulés, qui l’ignorait encore?
Non, la nouveauté réside dans la décontraction avec laquelle Dame Dati parvient à assumer son incompétence. On lui a fabriqué des fiches, elle n’y a rien compris: elle le dit, elle en rit. Elle se présente devant les citoyens pour occuper un siège de parlementaire européen, elle ne sait à peu près rien de l’Europe: elle le dit, elle en rit. Elle endosse comme à son habitude un rôle de petite fille charmante et espiègle, ce qui n’a évidemment pas grand chose à voir avec une fonction politique: elle le dit, elle en rit. Elle conçoit la pensée politique comme un exercice mécanique d’apprentissage (douloureux) et de régurgitation (pénible): elle le dit, elle en rit.
Le dire est déjà admirable: Rachida Dati exhibe les ficelles et les faux semblants qui lui ont permis d’arriver là où elle se trouve aujourd’hui. En rire est encore plus savoureux: notre autotélique ministre affirme ainsi la stabilité de sa position. Déclarant qu’elle ne sait rien, riant au nez des électeurs, elle nous fait bien comprendre de quoi il retourne: elle sera élue, quoi qu’il en coûte à l’intelligence collective, quoi qu’il en coûte à la représentation nationale, quoi qu’il en coûte à l’Europe.
On objectera qu’elle se trouvait face à un public complice. Certes, et c’est précisément cette complicité qui l’a poussée à tomber le masque: Rachida Dati se moque de ses mandats, de ceux qui les lui confient, et de ce que tout le monde peut en dire. Rachida Dati rit, se regarde, et rit encore.
Mais cette fois-ci, c’est de nous…
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No. 1 — avril 24th, 2009 at 13:50
Plus drolatique sur dogmatique :
Entre les flash-forward politiques et militaires des Talibans au Pakistan, la criminologie expliquée par des ex-maîtresses, le souverainisme sous-jacent de Rachida Dati, l’amour philanthrope de Dexia pour ses cadres dirigeants, l’hégémonie des langues régionales au Stade de France : faites votre choix…
La suite ici :
http://souklaye.wordpress.com/2009/04/23/savez-vous-parler-le-morse-230409/
le prototype rachida
Si j’étais directeur de casting institutionnel, connaissant l’avis volatile voire contre-productif de vox populi et la vulgarité consubstantielle des bénévoles humanistes, il faudrait anticiper les modes savamment marquetées et les mœurs faussement transgressives en promotionnant…
… des protagonistes en forme de logo ou de statistiques, correspondant au bruit du folklore et à l’odeur du groupe, le niveau de compétence et l’expérience sont accessoires dans cette affaire si les critères de fantasmes, de représentation puis de personnification sont remplis, ne pas s’inquiéter des dommages putatifs, l’arrière-boutique n’intéresse personne tant que la vitrine est belle.
Ou … des produits voués à l’échec, que la concurrence laisse en jachère car ils ne sont pas conformes au standard de vente, mais leur mise en marché plus symbolique que mercantile permet à la fois d’organiser la panique chez l’outsider et de diversifier son offre thématique, tout en fidélisant des consommateurs sans avoir à les éduquer.
Ou … le naturel national, les fondamentaux patriotiques et le collectif docile, les pratiquants professionnels de l’hymne font de bons VRP républicains, le dirigisme empirique d’un entraîneur ou le volontarisme conditionné d’un sportif séduit les futurs licenciés comme les masochistes en manque d’autorité.
La suite :
http://souklaye.wordpress.com/2009/03/25/le-subjectif-au-conditionnel-si-j’etais-directeur-de-casting-institutionnel/
No. 2 — avril 24th, 2009 at 15:43
Vous connaissez la différence entre un optimiste et un pessimiste?
L’optimiste pense qu’on vit dans le meilleur des mondes.
Le pessimiste pense, qu’hélas, c’est vrai.
No. 3 — avril 24th, 2009 at 16:43
Belle analyse. J’avais hâte de vous lire sur le sujet, cher Grand Barnum !
No. 4 — avril 25th, 2009 at 8:15
J’ai d’abord lu le billet mis en lien sous autotélisme et découvert la question qui termine la 4ième de couverture de son livre : « Ce que je suis peut intéresser, visiblement ? » Tout est là, à mon avis, et c’est bien plus grave que de se moquer de ses électeurs et du mandat qui l’attend. Parce qu’elle croit à son personnage, et s’imagine qu’il lui confère une sorte de compétence universelle. Sous la modeste et rigolote bêtise de sa phrase sur l’Europe, (laquelle s’occupe comme on lui dit de s’occuper avec les personnes qui s’occupent à s’occuper de ses affaires dont elle s’occupe…), elle se croit « élue des dieux » et n’a conscience de rien. En particulier du fait qu’elle réduit la représentation politique à un défilé de mode.
No. 5 — avril 25th, 2009 at 14:34
il y a quelque chose qui m’effraye, Monsieur Barnum, dans la facilité avec laquelle le battage médiatique a pu faire qu’elle se retrouve identifiée à ses origines (maghrebines). Là où elle est, en réalité : le pur produit, de la France-des-éternels-s…
No. 6 — avril 26th, 2009 at 11:04
Comme vous le dites; monsieur Barnum, le monde politique peut pratiquement impunément se moquer de l’électeur. Un scrutin à la proportionnelle, une bonne place sur la liste et la légitimité politique, si revendiquée par nos élus, est au bout de la manoeuvre. Pourquoi se soucier de contribuer au bien commun? Les politiques gèrent le pays comme un entreprise, avec leurs parachutes dorés à eux et avec le succès que l’on voit.Au fait, c’est quoi, la France , pour eux?
No. 7 — avril 27th, 2009 at 9:05
on ne saurait contester au hideux poussah qu’il a le courage de son infâmie, farine : s’exprimant je-ne-sais-plus-où il a clairement exprimé son mépris de la société égalitaire. Et la notion de « bien commun », dont vous parlez, je vous laisse imaginer où ils se la mettent, lui et toute sa clique…
No. 8 — avril 27th, 2009 at 11:28
Les questions du genre : « Au fait, c’est quoi, la France , pour eux? », j’aime pas trop…
No. 9 — avril 28th, 2009 at 12:58
je vous trouve bien sévère envers farine, Crapaud Rouge. « La France » désignait clairement, dans son propos, l’ensemble des habitants. Je n’y ai pas vu un graveleux clin d’oeil à Péguy et autres.
No. 10 — avril 29th, 2009 at 9:52
@môssieu Loyal: quand on commence à se demander : « c’est quoi, la France, pour eux », le nationalisme et sa partition de « l’ensemble des habitants » entre traîtres et patriotes ne sont pas loin. Ce qu’est la France aujourd’hui, l’Histoire le dira plus tard avec le recul qui convient. On est bien d’accord que les politiques manquent de hauteur, mais pour se faire « une certaine idée de la France, façon Charles de Gaulle, c’est une autre paire de manches. C’est pourquoi la question me semble frelatée.
No. 11 — avril 29th, 2009 at 11:04
Vrai que « Dati tombe le masque » avec sa petite phrase, car elle aurait pu faire preuve d’intelligence dans la plaisanterie. Mais j’ai un autre reproche à lui faire : c’est que, d’un côté, elle copine avec des jeunes du XVIième qui votent pour elle, (ce qui oblitère l’autorité que tout personnage politique se devrait de préserver), tandis que de l’autre, dans ses récentes fonctions de ministre de la Justice, elle a sabordé la protection judiciaire des mineurs. Je laisse le lecteur apprécier.
No. 12 — avril 29th, 2009 at 13:02
sauf erreur de ma part, Crapeau Rouge, vous attribuez à farine un peu de vos propres vices. Car enfin : c’est bien beau de critiquer le terme « la France » si c’est pour ensuite nous chanter le grand air de… « l’autorité que tout personnage politique se devrait de préserver » -on peine, à garder son sérieux.
No. 13 — avril 29th, 2009 at 13:06
pour votre gouverne personnelle je vous signale par ailleurs, Crapeau Rouge, que si l’intéressée « a sabordé la protection judiciaire des mineurs » (ceux-là même, que la Ségaude voulait faire encadrer par des militaires) : elle n’a pas mieux assurée celle des majeurs.
No. 14 — avril 29th, 2009 at 16:23
@Luc: « c’est bien beau de critiquer le terme “la France” » ??? Où voyez-vous que j’ai critiqué la France, le mot, ou même l’idée que l’on peut se faire de l’une ou l’autre ??? J’ai critiqué une question, ni plus ni moins, et j’ai dit pourquoi. Répondez à mon pourquoi si cela vous chante, mais n’allez pas broder n’importe quoi.
No. 15 — avril 29th, 2009 at 16:45
ah bon ? vous ne critiquez pas « la France » ? et l’idée qu’on peut se faire de la chose ? Mais alors : vous aggravez votre cas, Crapeau Rouge !
No. 16 — avril 29th, 2009 at 17:11
(suite) j’aimerais pouvoir vous répondre plus précisément, Crapeau Rouge, et m’en voudrais d’être injuste à votre égard, mais je peine à vous suivre dans votre démarche. Car enfin :
1) vous commencez par nous dire que la question « c’est quoi, la France, pour eux », porte parfois en germe le nationalisme etc. Dont acte (même si de mon point de vue, qui est celui de môssieu Loyal, farine ne semble pas suspect de ce côté-là).
2) mais voilà qu’ensuite vous semblez offensé que l’on aît pu un instant vous soupçonner, de faire passer « la France » et tout le tralala au second plan.
Avouez qu’une vache, n’y reconnaîtrait pas son veau, même au Salon de l’Agriculture.
No. 17 — mai 4th, 2009 at 10:16
ce Crapaud Rouge n’est pas le premier, ni sans doute le dernier, qui en toute puérilité oppose au nationalisme un « bon patriotisme », imaginaire…
No. 18 — mai 6th, 2009 at 9:40
c’est juste une aparté, Monsieur Barnum. Hier soir à Nîmes, écroulés morts de rire ils étaient dans la salle, le public. Notre ami le clown triste Tartarin de Nagy-Boxon les a fait poiler avec une réplique, martelée tant qu’il pouvait : « il-nous-faut-des-dé-bats ». A mon avis, il aurait bien réussi dans la politique !